Pour le SG du secrétariat exécutif national du MBF, Halhassane Sinaré, les Burkinabè doivent taire leurs divergences pour mieux lutter contre le terrorisme.

Porté sur les fonts baptismaux en mars dernier, le Mouvement pour un Burkina du Futur (MBF) a officiellement lancé ses activités, le samedi 28 septembre 2019. Dans cette interview, le secrétaire général du jeune parti, Halhassane Sinaré, évoque les ambitions du nouveau-né, tout en récusant les « rumeurs » qui attribuent la paternité du parti aux députés « frondeurs » de l’Union pour le progrès et le changement (UPC).

Sidwaya (S) : Pourquoi le Mouvement pour un Burkina du Futur (MBF), reconnu officiellement en janvier 2019, n’a lancé ses activités qu’en fin septembre ?

Halhassane Sinaré (H.S.) : Le MBF a effectivement été reconnu le 8 mars 2019. Mais notre démarche consistait à consolider nos bases en mettant les structures en place dans les régions avant de faire le lancement sur le plan national. Et cela, pour être sûr que ceux qui sont avec nous sont nos militants. Le lancement des activités, quoiqu’un effet de mode, vise à rassurer les populations et nos militants de notre existence officielle.

S : Quelle est votre représentativité sur le territoire national ?

H.S. : Sur le plan national, nous sommes déjà représentés dans une trentaine de provinces. Mais nous continuons à nous implanter dans la mesure du possible, à couvrir le territoire national. Parce qu’étant un jeune parti, il faut avoir des ambitions mesurées.

S : Dans quel bord politique se trouve le MBF et quelle idéologie défend-il ?

H.S. : Le MBF a entrepris des démarches pour rejoindre l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP). Nous sommes dans la grande mouvance idéologique des partis progressistes. Mais en réalité, nous sommes plus proches de la social-démocratie.

S : Quelle est l’offre politique du MBF aux Burkinabè ?

H.S. : Nous sommes en phase d’élaboration de notre programme qui présentera notre offre politique aux Burkinabè. D’ores et déjà, notre démarche est de défendre la jeunesse et surtout les femmes, parce que cette frange de la société est le fer de lance du pays. C’est une préoccupation transversale qui nécessite une solution holistique, endogène puis exogène, parce que toutes les politiques dans les pays francophones, parlent de promotion de l’éducation des filles dans des plans de développement, le tout piloté par l’extérieur. Nous devons travailler avec nos propres moyens d’abord comme l’a fait Sankara. L’exemple du Faso dan fani est un modèle de développement endogène, parce qu’il est devenu un élément de la culture burkinabè. Aujourd’hui, face au terrorisme, il faut que nous développions des solutions endogènes pour le combattre. Nous avons une compétence intellectuelle, à travers des universitaires et chercheurs qui doivent travailler à trouver des solutions pour nos populations. Et ces solutions passent par la réforme de l’éducation. On ne peut pas bourrer les élèves du CP1 jusqu’en 3e de connaissances plus ou moins inutiles, alors que notre propre histoire est méconnue. Il faut proposer des solutions qui puissent arranger davantage les femmes, car une femme éduquée est un plus pour le pays.

S : Depuis quelques mois, des rumeurs attribuent la paternité du parti aux députés « frondeurs » de l’UPC. Cette information est-elle fondée ?

H.S. : On peut tout dire. Les députés de l’UPC ne sont pas dans la trentaine de provinces où nous sommes représentés. Nous avons une base plus élargie que ce que certains pensent. C’est un parti politique ouvert. Si nous avons des militants d’un parti ou d’un autre qui viennent nous rejoindre, cela va consolider toujours notre électorat. Notre parti est ouvert à tous, y compris les députés de l’UPC que vous appelez frondeurs.

S : La présidentielle de 2020 c’est pour bientôt. Le MBF compte-t-il présenter un candidat ?

H.S. : Au regard de notre appartenance prochaine à l’APMP, nous allons soutenir la candidature de l’actuel chef de l’Etat à la prochaine élection présidentielle. Nous sommes un jeune parti avec des ambitions réalistes. Il faut que nous mesurions nos forces sur le terrain avant d’envisager le sommet de l’Etat.

S : Le Burkina Faso subit depuis trois ans, des attaques terroristes. Quelles solutions le MBF propose-t-il pour juguler la menace ?

H.S. : Le problème se pose au niveau intellectuel. Nous devons sortir hors de Ouagadougou qui ne reflète pas la réalité du Burkina parce que sur le terrain, il y a des images qui témoignent de la souffrance des vaillantes populations, de telle sorte qu’on se demande si nous sommes dans le même pays au regard de certaines revendications exagérées. Avec les évènements de Yirgou, il y avait des prémices d’exode des populations, alors que ces zones sont dans un rayon de 100 km de la capitale ; ce qui veut dire que Ouagadougou n’est pas à l’abri. Nous devons vraiment faire une pause sur certaines revendications afin de combattre l’ennemi commun.

S : La réconciliation nationale est appelée par les Burkinabè de toutes leurs forces. Quel scénario serait l’idéal selon votre parti ?

H.S. : Je suis au service administratif du secrétariat du Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN). Au Burkina, chacun a sa définition de la réconciliation nationale. Chacun tire la couverture en fonction de sa posture. Aujourd’hui, il y a un pas qui est fait avec le dialogue politique qui avait été organisé par le chef de l’Etat. C’est une avancée ; mais cela n’est pas suffisant, vu l’évolution du contexte sécuritaire national. Il faut l’élargir au-delà des politiques. Nos populations vivent en parfaite harmonie. Mais en réalité, ce sont les politiques qui exacerbent la crise communautaire. Nous avons des comportements jusqu’aux-boutistes ou maximalistes et chacun doit céder une portion de son égo afin qu’on puisse aller de l’avant. Sans cette réconciliation nationale, tout le monde sait qu’il n’y a pas d’avenir. Le Burkina a testé tous les systèmes, bons comme mauvais.
Nous avons commencé par des coups d’Etat, avant de revenir à la démocratie, ensuite un coup d’Etat, la démocratie, l’insurrection, la Transition, un coup d’Etat et de nouveau, la démocratie.

Interview réalisée par
Jean-Marie TOE

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