2014-2019. Cela fait cinq ans que l’insurrection populaire a mis fin au régime de Blaise Compaoré, exilé depuis lors en Côte d’Ivoire. Ce soulèvement, en rappel, était consécutif à une volonté du gouvernement d’alors, de modifier la clause limitative des mandats présidentiels inscrite dans le très médiatique article 37 de la Constitution, pour permettre à l’incontournable facilitateur d’alors de rempiler, s’il le souhaitait. Aujourd’hui, que reste-t-il de l’esprit de cette «révolte» qui a mobilisé au-delà des chapelles politiques et idéologiques, des Burkinabè de tous âges ? Les attentes des citoyens sont-elles comblées ? La question mérite d’être posée au regard des fortes aspirations pour une meilleure gouvernance. Si pour certains, les journées des 30 et 31 octobre 2014 consacrent l’insurrection comme mode d’expression de la souveraineté du peuple, d’autres fondaient l’espoir qu’elles constituent le point de départ d’une gouvernance vertueuse basée sur une justice impartiale, la transparence, l’équité et le règlement des dossiers de crimes économiques et de sang qui ont émaillé la vie publique les 27 dernières années. Cinq ans après, les appréciations sont mitigées entre ceux qui dénoncent la persistance d’une certaine mal-gouvernance, le favoritisme et l’impunité et ceux pour qui, le pays a réussi à maintenir le cap malgré les attaques terroristes quasi quotidiennes.
En effet, les dirigeants actuels ont hérité d’une situation très complexe qui n’a pas favorisé un déroulement normal de l’ambitieux Plan national de développement économique et social (PNDES). Depuis 2014, le pays semble s’être installé, pour le meilleur et pour le pire, dans une insurrection permanente se manifestant par la défiance de l’autorité, l’incivisme sous de multiples formes, des revendications sociales tous azimuts et parfois surréalistes. Alors que le contexte sécuritaire sans précédent commandait plus d’unité autour des défis de la nation. Et c’est à croire que l’unanimité qui a prévalu face aux velléités de modification constitutionnelle n’est plus une réalité face à la menace terroriste. Que faire quand on vient trouver sur sa table, des accords conclus et des lois votées à la suite des revendications syndicales, alors que les ressources du pays sont limitées? Dans ces conditions, les partenaires sociaux doivent faire preuve d’indulgence et de patience, quand bien même leurs revendications sont fondées. C’est dire donc que le salut du Burkina Faso viendra de cette indispensable compréhension mutuelle entre gouvernants et gouvernés.
Dans tous les cas, il n’y a pas lieu de regretter l’insurrection qui a permis de sauver la démocratie burkinabè, en mettant fin à un projet impopulaire. D’ailleurs, en dépit des griefs formulés contre l’Etat, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau de bain. Il y a des motifs de satisfaction à plusieurs niveaux. La justice burkinabè, un des éléments fondamentaux de l’état de droit, n’a jamais été aussi indépendante que ces dernières années. Une indépendance qui s’affirme et se consolide continuellement grâce à une volonté politique manifeste. Dans bien d’autres domaines comme celui des infrastructures, de la liberté d’expression…, l’on peut se réjouir également des progrès enregistrés. L’essentiel, c’est de poursuivre main dans la main le combat pour un mieux-être. C’est en substance le message lancé par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, à ses concitoyens, lors de la célébration du cinquième anniversaire de l’insurrection populaire.
En tout état de cause, la donne doit impérativement changer si le Burkina Faso veut continuer à avancer sur le chemin du développement. Il faut que l’autorité de l’Etat se rétablisse progressivement, avec tact certes, mais avec une conscience collective plus accrue.
Osons croire que la célébration du cinquième anniversaire de l’insurrection sera la base d’un nouveau départ.

Par Mahamadi TIEGNA

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