«J’ai le devoir et la mission de créer tous les espaces possibles et de tout faire pour que, par un biais ou un autre, nous parvenions à un apaisement. Le nombre de morts dans le Sahel devient exponentiel. Je crois qu’il est temps que certaines voies soient explorées- (…) Nous ne sommes pas des gens butés, bloqués ou obtus ». C’est en ces termes que le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), a mis fin à ce qui ressemblait beaucoup plus à des rumeurs, en marge du 33e sommet de l’Union africaine, le 10 février à Addis-Abeba en Ethiopie. « La solution, c’est la négociation », a-t-on coutume de dire quand un différend oppose deux ou plusieurs parties. Dans la violente crise sécuritaire aux relents sécessionnistes qui endeuille le Mali depuis plusieurs années, le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) semble avoir opté pour la voie du dialogue. Cette piste de l’ouverture de discussions avec les terroristes était l’une des recommandations du dialogue national ayant pris fin en décembre dernier.
L’information a d’abord
« fuité » avec le haut représentant du chef de l’Etat pour le Centre, Dioncounda Traoré, qui annonçait, fin janvier, avoir envoyé des émissaires aux leaders du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), Iyad Ag Ghaly et de la Katiba du Macina, Amadou Koufa, deux des groupes terroristes actifs au Mali. Même si de nombreux observateurs émettent des doutes sur l’aboutissement de ce dialogue, il convient de reconnaître que la réponse militaire aux attaques terroristes a montré ses limites au Mali. Dans plusieurs autres pays comme l’Algérie, cette piste a donné des résultats probants et le pays de Modibo Keïta n’aurait pas tort de l’explorer. Toutefois, dans un contexte sahélien où la gangrène terroriste ronge plusieurs Etats à la fois, est-il judicieux pour le Mali de négocier seul ? En effet, si tant est que le dialogue avec les groupes terroristes est une alternative crédible dans la pacification du Sahel, ne serait-il pas plus efficace d’y aller « ensemble » pour mutualiser les efforts comme, c’est le cas avec la force conjointe du G5 Sahel ? Sinon, la signature d’un accord entre Bamako du type « Ne me touche pas et je t’épargne », risque de faire d’une partie du Mali une base arrière pour les hommes armés qui écument la zone des trois frontières. Il reste à savoir si l’option de la négociation a été envisagée par Ouagadougou, Niamey, Nouakchott et Ndjaména parce qu’à plusieurs reprises, certaines de ces capitales ont estimé qu’il n’était pas question de négocier avec des terroristes. Le terrain commandant la manœuvre, il ne faut néanmoins pas occulter la possibilité que dans un secret absolu, certaines de ces capitales puissent prendre contact avec ces chefs terroristes pour « trouver un terrain d’entente » en vue d’épargner à leurs populations et Forces de défense et de sécurité (FDS), les affres des attaques meurtrières, devenues quasi-quotidiennes. Dans ce cas, l’officialisation du dialogue que le Mali a entamée avec Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa n’est qu’un devoir de redevabilité dont se serait acquitté Bamako vis-à-vis des Maliens. En tous les cas, si les négociations peuvent pacifier l’ex-Soudan français, il n’y a pas de mal à s’en priver. Les prochains mois nous en diront
davantage.

Jean-Marie TOE

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