Bruno. S. Dipama, cadre du MPP : « Le président Kaboré a de fortes chances d’être réélu »

Pour Bruno.S.Dipama, le gouvernement gère tant bien que mal la crise sanitaire du covid-19

Membre du bureau politique national du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), Bruno. S. Dipama, suit avec intérêt l’évolution de l’actualité nationale et internationale. Dans cet entretien, il se prononce sur la gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19, l’insécurité et les élections présidentielle et législatives de novembre 2020.

Sidwaya (S) : Quelle appréciation faites-vous de la gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19 au Burkina ?

Bruno. S. Dipama (BSD) : Depuis le 9 mars 2020 avec les premiers cas confirmés, le Burkina doit faire face à la crise sanitaire causée par la pandémie du Covid-19. C’est une situation inhabituelle pour notre pays qui doit gérer cette maladie avec toutes ses conséquences. Il y a eu des tâtonnements, des insuffisances, des manquements mais il n’est pas tard pour se ressaisir et mieux faire. Il faut surtout de la transparente dans la gestion des dons en nature et en espèces reçus dans le cadre de la riposte contre le coronavirus.

S : Des failles ont été notées dans la communication gouvernementale avec parfois des informations contradictoires. Comment vous percevez cela ?

BSD : Il est bien vrai que de par la nature et l’ampleur de cette crise sanitaire, bon nombre de gouvernements à travers le monde peinent à trouver une bonne stratégie de communication. Au Burkina Faso, il est impératif pour l’exécutif de bien communiquer, pour donner des informations cohérentes et fiables, gage de confiance entre lui et les populations.

S : La polémique sur le décès de la députée Marie Rose Compaoré enfle. Ses proches sont convaincus qu’elle n’est pas morte du coronavirus, alors que les autorités disent le contraire. Que vous inspire cette situation ?

BSD : Je voudrais d’abord rendre hommage à cette dame pour qui j’ai eu beaucoup d’admiration. Nous avons travaillé en très bonne intelligence sur beaucoup de dossiers, quand j’étais directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale. Elle était d’une grande valeur avec des qualités intrinsèques appréciées de tous. J’ai été peiné par sa disparition et plaise à Dieu que ses proches puissent trouver consolation. S’agissant de la polémique, c’est vraiment triste. Vivement qu’elle cesse et que les circonstances et les causes exactes du décès de Marie Rose Compaoré/Konditamdé soient connues. C’est la meilleure façon d’honorer sa mémoire. Du reste, la Représentation nationale a initié une mission d’information qui va contribuer à apporter encore plus de lumière.

S : Parmi les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le covid-19, figure le port obligatoire du masque qui n’est pas respecté par certains citoyens. Faut-il contraindre les populations à en porter?

BSD : Il sera difficile d’attraper chaque citoyen et lui enfiler un masque. Par contre, on peut sensibiliser intensivement les populations pour qu’elles comprennent que cette mesure n’a qu’un seul objectif, nous amener à nous protéger et à protéger les autres. Le gouvernement a décrété le port obligatoire des masques, et il faut prendre des mesures pour les rendre disponibles pour chaque Burkinabé.

Des brigades chargées de contrôler le port du masque sont prévues, avec un rôle avant tout un rôle pédagogique. En plus du port du masque, il est important pour nous de respecter et de faire respecter scrupuleusement les consignes sanitaires et les gestes barrières.

S : Certains citoyens ne croient pas à l’existence de la maladie au Burkina. Que leur répondez-vous ?

BSD : Certains d’entre nous pensent que la maladie est une fiction, mais ils se trompent. C’est une réalité. C’est une maladie qui tue. Si vous n’avez pas souffert du coronavirus, vous pouvez penser que c’est une invention. Mais je crois que nous devons être des citoyens responsables, pour préserver nos vies et celles des autres.

S : Après la levée de certaines mesures restrictives, on constate une tendance à la hausse des chiffres du covid-19 au Faso. Doit-on craindre le pire ?

BSD : La levée de certaines mesures restrictives ne signifie pas que la maladie n’existe pas ou bien qu’elle est derrière nous. Bien au contraire, c’est maintenant qu’il faut redoubler de prudence et de vigilance pour éviter une deuxième vague de contamination. Voyez-vous ailleurs, les mesures de déconfinement se font au compte-goutte et de façon progressive.

Du reste, les mesures, telle la quarantaine, ont été suspendues dans notre pays. Tout porte à croire que le gouvernement se réserve le droit de ramener certaines mesures pour contrer la propagation du virus, si les tendances n’étaient pas satisfaisantes.

D’autres pays comme le Ghana et le Sénégal, ont connu une flambée des contaminations, après l’assouplissement des mesures de restriction. Nous devons œuvrer pour ne pas vivre pareil scénario au Burkina. Il est de la responsabilité de chaque citoyen de travailler à briser la chaine de contamination

S: La crise sanitaire, humanitaire et sécuritaire a des conséquences fâcheuses sur la marche du pays. Redoutez-vous un report des élections présidentielle et législatives prévues le 22 novembre prochain ?

BSD : La situation du Burkina, que ce soit sur le plan sécuritaire, sanitaire ou humanitaire, n’est pas pire que celle que d’autres pays ont connue. On a organisé des élections pendant la crise d’Ebola dans certains pays. Tout récemment, au Mali voisin, des élections ont été tenues dans un contexte sécuritaire et sanitaire difficile.

Le scénario d’un report des élections n’est pas à l’ordre du jour. Du reste, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a affirmé que techniquement, il est possible d’organiser le double scrutin. Il faut peut-être revoir les modalités et prendre des mesures supplémentaires pour l’organisation des élections à l’intérieur du pays, mais aussi la question du vote des Burkinabè de l’étranger dans un contexte de coronavirus.

S : Quelles sont les chances du MPP à ces futures élections selon vous ?

BSD : Pour la présidentielle, le candidat du MPP est celui qui a plus de chance d’être réélu. Le parti a un candidat connu, reconnu et accepté par tous au sein de sa famille politique, alors que d’autres ont du mal à s’imposer dans leurs propres familles politiques. Mieux, le candidat, Roch Marc Christian Kabore, bénéficie de nombreux soutiens de partis politiques regroupés au sein de l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP) et même au-delà.

Il est celui qui depuis 2015 a reçu l’onction du peuple pour la mise en œuvre son programme. Et dans des domaines comme l’éducation, la formation professionnelle, l’agriculture, la santé et surtout les infrastructures, le Burkina Faso n’a jamais connu autant de réalisations. Les statistiques et les informations sont disponibles et peuvent être vérifiées.

C’est vrai que ses détracteurs mettent en avant la question sécuritaire avec son corolaire de drame humanitaire, mais cela fait partie de l’ordre normal des mutations des sociétés et des nations. Pour qu’une nation soit grande, elle doit passer par des épreuves et le Burkina va certainement va surmonter ces épreuves pour être respecté de tous.

En plus, le péril sécuritaire vient rappeler à chaque Burkinabé que la paix, la sécurité la stabilité ne sont jamais définitivement acquises et qu’au quotidien, il doit travailler à les préserver et à les consolider. La concorde et l’unité en sont les fondements.

Concernant les législatives, il appartiendra au MPP de savoir composer des listes gagnantes au niveau de chaque province s’il veut disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale. La direction du parti en est consciente et fera ce qu’il faut pour une victoire éclatante.

S : Un renouvellement de la classe politique est-il nécessaire à votre avis?

BSD : C’est dans l’ordre normal des choses. A partir d’un certain âge, on doit être à un niveau stratégique, d’orientation et de conseil et laisser l’opérationnel aux plus jeunes. Pas besoin d’être en compétition avec ses enfants, ses petits-enfants …

Si cette vision est partagée, nous allons réaliser un mixte générationnel qui va permettre à notre pays d’aller de l’avant. Les jeunes doivent comprendre que les vieux ne sont pas à chasser, mais ceux auprès desquels ils doivent apprendre.

Pour être pilote, il faut d’abord être copilote et totaliser un nombre d’heures de vols, avant que les manettes de l’aéronef ne te soient confiées. Tout jeune qui veut aller loin doit reconnaitre et honorer le capital d’expérience et la sagesse des ainés. N’oublions pas que les vieux d’aujourd’hui étaient les jeunes d’hier et les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain.

S : Le mixte générationnel que vous prônez est-il une réalité au MPP ?

BSD : C’est vrai que dans tout groupe social, il y a l’éternelle question de conflit de générations. Je ne sais pas si des ainés ont des problèmes avec les jeunes. Je sais qu’il y a beaucoup d’ainés au MPP qui tiennent les jeunes par la main, les forment et les font grandir chaque jour. Le président Kaboré lui-même a fait confiance à des jeunes qu’il a nommés au gouvernement ou ailleurs.

S : La situation sécuritaire à l’Est est très préoccupante, tout comme au Centre-Nord et au Sahel, alors qu’il y a eu les opérations militaires Otapuanu et Ndofou. Que faut-il faire pour changer la donne sur le terrain ?

BSD : Le péril sécuritaire est une réalité, mais nous ne devons pas nous décourager. Nous faisons face à une guerre asymétrique qui nous était inconnue, mais nos braves soldats ont trouvé leurs marques et quel que soit la durée, la victoire est certaine. Je renouvelle mon soutien indéfectible à nos valeureuses forces de défense et de sécurité (FDS) pour le travail abattu bien de fois au péril de leurs vies, pour préserver l’intégrité territoriale de notre pays et garantir à chaque Burkinabé la paix.

Entretien réalisé par
Kader Patrick KARANTAO

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