Burundi : les dés pipés d’avance

Le triple scrutin législatif, communal et présidentiel qui se tient le 20 mai prochain au Burundi, est déjà plié d’avance au regard de ce qui est en train de se passer sur le terrain. Tout semble être fait pour que le parti au pouvoir sorte victorieux des urnes. Agacé par cette mascarade en cours, le principal opposant du Conseil national des libertés (CNL), Agathon Rwasa, a tiré sur la sonnette d’alarme à propos de nombreuses irrégularités orchestrées par la commission électorale. Dans une lettre envoyée au président de la CENI, il dénonce, entre autres, la non- publication officielle des listes d’électeurs définitives, une distribution partisane des cartes d’électeurs et des bureaux des centres de vote constitués presque exclusivement de membres du parti au pouvoir.

Frustré et contraint de renoncer à un énième mandat à la tête du pays, l’actuel chef de l’Etat, Pierre Nkurunziza, fait feu de tout bois pour que le candidat de son parti, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), le général Évariste Ndayishimiyé, remporte la présidentielle sans difficulté. Obnubilé par son appétit gargantuesque du pouvoir, le président sortant foule aux pieds les règles du jeu démocratique pour que son camp conserve à tout prix le pouvoir. Le triple scrutin du 20 mai sera forcément entaché d’irrégularités au regard des nombreux griefs reprochés à la CENI. En plus, le rendez-vous électoral se passera à huis clos d’autant plus qu’aucun observateur étranger ne sera accepté sur le territoire burundais. Une porte ouverte à la manipulation à souhait des résultats qui sortiront des urnes. Les opposants qui participent à ces élections sont réduits à de simples « faire-valoir démocratique au régime ». Tout se joue dans une sorte de mépris total du peuple qui est juste considéré comme un bétail électoral. Les Burundais sortiront le jour du scrutin pour prendre d’assaut les bureaux de vote, juste pour valider une parodie électorale au grand plaisir d’un chef et son clan.

Arrivé au pouvoir en 2005 après un passé dans le maquis, Pierre Nkurunziza a violé l’article 96 de la Constitution du Burundi afin de s’offrir un troisième mandat à la tête du pays en 2015. Une réélection qui a créé une grave crise politique qui a valu la mise en quarantaine du Burundi par de nombreux partenaires, avec à la clé de nombreux opposants assassinés et d’autres contraints à l’exil. Se considérant comme une sorte de messie envoyé pour sauver le peuple burundais, Pierre Nkurunziza ne s’imagine pas une autre vie en dehors du cercle du pouvoir.

Le pays étant asphyxié par son isolement, il a compris qu’un quatrième mandat serait plus désastreux et a fait profil bas en mettant sur selle le général Ndayishimiyé, fidèle parmi les fidèles. Avec lui au pouvoir, il ne craint pas d’être inquiété pas la justice après son départ du palais présidentiel. C’est pourquoi, tout est fait pour que le scrutin du 20 n’échappe en aucun cas à son parti. Tout cela au grand dam des vrais enjeux de développement, les intérêts bassement égoïstes d’un homme et son clan important plus que tout. Convaincu que le Burundi n’a d’avenir qu’à travers le prisme de son égocentrisme étriqué, Nkurunziza est prêt à tout pour que, même après son départ du pouvoir, son ombre tutélaire continue de planer sur le pays à travers ses partisans. Tout cela au nom d’une pseudo-démocratie. Jusqu’à quand des peuples africains continueront d’être les otages de dictateurs déguisés en démocrates ?

Karim BADOLO

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