Santé de la reproduction: le monde doit commencer à écouter les femmes

Les femmes ont toujours exprimé leurs attentes concernant leurs services de santé : pendant et après la pandémie de COVID-19, le monde doit commencer à les écouter

Auteurs : Mme Helen Clark, Présidente du Conseil du Partenariat pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant (PMNCH), ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande ; Professeure Margaret Kobia PhD, MGH, Secrétaire de cabinet, Ministère des services publics et du genre, Gouvernement du Kenya ; Mme Preeti Sudan, Secrétaire à la santé à la protection familiale, Gouvernement de l’Inde ; et Dre Nadine Flora Gasman Zylbermann, Présidente, National Women’s Institute, Gouvernement du Mexique.

En à peine six mois, la pandémie de COVID-19 s’est propagée dans le monde entier, mettant à rude épreuve la résilience des systèmes de santé, y compris ceux les plus avancés, et provoquant des chocs massifs sur les économies nationales. Elle a également exacerbé les inégalités systématiques et structurelles sur le plan racial, ethnique et liées au genre, partout dans le monde.

Alors que la pandémie frappait le monde et que les pays s’efforçaient de trouver de meilleurs moyens de lutter contre la mortalité et la morbidité directement imputable au virus, de nombreux autres services de soins de santé primaires ont été gravement perturbés, notamment dans le domaine essentiel de la santé sexuelle, reproductive, maternelle, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent, ainsi que les soins de santé mentale.

Si les femmes en âge de procréer, les enfants et les adolescents ont une probabilité plus réduite de mourir de la COVID-19, le virus et les mesures prises pour maîtriser sa propagation peuvent toutefois aggraver et accentuer de nombreuses inégalités auxquelles elles sont confrontées dans leur vie quotidienne.

Des ressources financières limitées et l’interruption des chaînes d’approvisionnement, auxquelles s’ajoutent des restrictions sociales limitant les déplacements et la fermeture de dispensaires, entravent l’accès aux services et mettent en péril les gains durement acquis en matière de santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent. Selon les estimations, certains pays pourraient connaître une augmentation de 30 % de la mortalité maternelle, tandis qu’au niveau mondial, sur une période de six mois, 47 millions de femmes et d’adolescentes pourraient perdre l’accès à la contraception, ce qui entraînerait sept millions de grossesses non désirées.

 

Tandis que le monde aborde la prochaine phase de la pandémie et examine les dures leçons tirées, il convient de veiller en priorité à ce que la santé et les droits des femmes, des enfants et des adolescents ne soient pas négligés, comme ils l’ont si souvent été à la suite d’autres flambées épidémiques majeures.

L’un des principaux enseignements à tirer, dans le cadre d’une reconstruction plus efficace des systèmes de santé, consiste à prendre en compte la voix des femmes et des filles, souvent ne sont pas entendues. Les femmes et les filles doivent être au cœur de la riposte et des processus de décisions en matière de relèvement.

C’est un concept simple, mais profond : demander aux utilisateurs des services de santé ce dont ils ont le plus besoin, puis veiller à ce que leurs réponses contribuent à l’élaboration des politiques, aux investissements et à la responsabilisation.

Nous prenons acte des conclusions de la campagne intitulée : What Women Want: Demands for Quality Healthcare from Women and Girls (Ce que veulent les femmes : exigences des femmes et des filles en matière de soins de santé de qualité) ; dans le cadre de laquelle on a demandé aux femmes et aux filles quelles étaient leurs priorités en matière de services de santé maternelle et reproductive. En 2018-2019, plus de 350 partenaires ont interrogé les femmes et les filles de 114 pays sur leurs priorités dans ces domaines. Plus de 1,2 million de personnes ont donné leur avis, soit la plus vaste enquête de ce type jamais réalisée.

Leurs réponses étaient souvent inattendues, remettant en cause les idées reçues et apportant un éclairage nouveau sur les réalités de leur vie quotidienne. Leurs principales exigences étaient les suivantes : des soins respectueux et dignes ; un approvisionnement en eau et un système d’assainissement et des mesures d’hygiène ; des médicaments et des fournitures, notamment un approvisionnement en sang ; un plus grand nombre de sages-femmes et un meilleur soutien à celles-ci ; et des établissements de santé à proximité.

Dans le contexte actuel de la pandémie de COVID-19, l’accès des femmes et des filles aux services et aux fournitures essentiels est perturbé, car les ressources déjà limitées consacrées à la santé sexuelle, reproductive, maternelle, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent sont réorientées vers les activités de riposte à la pandémie.

Les sages-femmes, qui s’occupent principalement des femmes et des filles au sein des communautés, n’ont d’autre choix que de rester à la maison ou de mettre leur santé et leur sécurité en danger. Elles comptent parmi les catégories les moins prioritaires en matière de fourniture d’équipements de protection individuelle et travaillent souvent dans des endroits dépourvus d’accès à l’eau courante pour des raisons d’hygiène ou d’autres mesures préventives.

En raison des couvre-feux ou des restrictions de déplacements, certaines femmes et jeunes filles enceintes peuvent se voir interdire l’accès ou être victimes de harcèlement, parfois même de la part des services sociaux ou des organismes chargés de faire appliquer la loi, lorsqu’elles se rendent dans des centres de santé éloignés pour accoucher en toute sécurité. Lorsqu’elles y parviennent, elles sont alors souvent exposées au risque que leurs droits fondamentaux à des soins maternels respectueux soient bafoués, notamment en raison de césariennes forcées, du refus de la présence d’un accompagnement pendant l’accouchement et d’une séparation injustifiée de leur nouveau-né.

L’ensemble de ces préoccupations, et d’autres, sont mises en évidence dans les exigences en matière de politiques formulées dans un appel à l’action pour lutter contre la COVID-19, qui a été élaboré par le Partenariat pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant, une alliance de plus de 1 100 organisations de 192 pays du monde entier.

Cette semaine, le Partenariat, en collaboration avec le groupe CORE, organisera un sommet intitulé : Lives in the Balance : a COVID-19 Summit on Women’s, Children’s and Adolescents’ Health and Wellbeing. Ce sommet réunira des dirigeants mondiaux dans le cadre d’un forum interactif en ligne de deux jours qui portera sur les moyens de protéger et de faire progresser la santé de la femme, de l’enfant et de l’adolescent pendant les phases de riposte et du relèvement dans le contexte de la COVID-19, et de maintenir leurs besoins au premier plan alors que les systèmes de santé et le tissu social des sociétés seront reconstruits après la pandémie.

En tant que femmes dirigeantes, nous félicitons les femmes et les filles qui ont courageusement exprimé leurs besoins. Nous reconnaissons combien il est important de mettre en place des mécanismes transparents et fonctionnels au sein desquels les besoins exprimés par les femmes et les filles sont entendus et où elles sont impliquées sur un pied d’égalité dans les processus d’élaboration des politiques, notamment dans le cadre de la riposte à la COVID-19 et bien au-delà.

En écoutant les femmes et en les laissant montrer la voie à suivre, nous renforcerons les systèmes de santé et nous nous remettrons sur la bonne voie, en vue d’atteindre des cibles essentielles en matière de santé mondiale. Il s’agit notamment de réduire la mortalité maternelle et de mettre fin aux décès évitables de nouveau-nés et d’enfants âgés de moins de cinq ans. Nous devons également veiller à respecter nos engagements pris dans le cadre du programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement, en accélérant nos progrès vers la réalisation de la couverture sanitaire universelle.

Les femmes et les jeunes nous disent depuis des années ce dont ils ont besoin. Nous devons désormais les écouter.

 

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