Quel audit ?

«Avant l’élection, je vais demander un audit international du fichier. Tant que ce n’est pas fait, il n’y aura pas d’élection ». Ainsi parlait le Chef de file de l’opposition politique (CFOP) et président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), Zéphirin Diabré, à l’issue d’une tournée de sensibilisation à l’enrôlement des électeurs dans la perspective des élections de novembre prochain. La proposition de “Zeph” de revisiter le fichier électoral serait justifiée, si elle visait à prévenir des crises post-électorales que notre pays n’a jamais connues. Mais, là où il y a de quoi s’interroger, c’est lorsque le patron de l’opposition met en doute les compétences nationales au profit de la communauté internationale, dont la définition et le rôle de cette dernière restent encore controversés et même difficiles à cerner, dans l’audit du fichier électoral. Cela, dans un contexte post-insurrectionnel, où des voix s’élèvent souvent, à tort ou à raison, pour dénoncer la contribution de cette même communauté internationale aux processus électoraux en Afrique en général et particulièrement au Burkina. Que dire déjà du rôle que jouent les représentants de l’opposition au sein de la Commission nationale électorale indépendante (CENI) pour garantir la transparence du processus électoral? A la décharge de Zéphirin Diabré, il faut le dire, ce pays est assez coutumier des regards extérieurs sur les élections sous nos cieux. En effet, de nombreuses demandes d’expertise internationale ont été référées à des experts nationaux, travaillant parfois pour le compte des demandeurs. A l’orée des soixante ans de souveraineté de nos Etats, le mal de l’Africain semble résider dans son manque de confiance en soi, et la tendance à se référer à la communauté internationale qui, bien souvent, n’a que des intérêts. Sommes-nous toujours dans ce registre où, pour un oui ou pour un non, il faut certifier nos échecs ou nos réussites par la présence des autres ? On l’a vu avec le G5 Sahel. En dépit d’une collaboration normale entre les armées africaines et françaises qui produit des résultats satisfaisants, certains en sont encore à se demander si nos soldats ne sont pas capables de libérer nos pays de l’hydre terroriste sans la présence d’une force étrangère. On l’a aussi récemment vu dans le long processus sur le Franc CFA, dont la poussée d’une jeunesse africaine, jalouse de sa souveraineté, a amené la France à entériner officiellement la fin de cette monnaie, le 20 mai dernier. Alors, quand un démocrate patriote demande encore la présence d’une supposée communauté internationale dans la révision du fichier électoral, nombre de ses compatriotes perdent espoir de voir la valorisation d’une expertise locale qui s’exporte. Au-delà de la sollicitation de la communauté internationale, émerge une question de confiance entre acteurs de la vie politique nationale. Du reste, le chef de file de l’opposition le laisse transparaître à travers ses propos: « Nous soupçonnons que le MPP a commandé d’autres machines pour donner des cartes parallèles pour pouvoir gonfler le nombre de personnes qui vont aller voter». Imaginons que cette hypothèse soit confirmée. Il eut fallu alors, sans tergiverser, user de tous les recours légaux pour élucider la question. Les Burkinabè, toutes tendances confondues, aimeraient savoir, preuves à l’appui, comment est-ce possible de traficoter un fichier informatique obtenu de longue lutte. Ils aimeraient surtout que les hommes politiques quittent la sphère des dénonciations, pour apporter la preuve matérielle de ces « fraudes » qui se préparent. Si tel est vraiment le cas, tous les démocrates qui connaissent l’enjeu d’une élection, doivent œuvrer à changer la donne. Le consensus premier sera de le faire sans la communauté internationale. L’histoire politique de notre pays est jalonnée de moments forts, où les Voltaïques d’hier et les Burkinabè d’aujourd’hui, n’ont jamais cédé à l’intrusion d’autrui dans leurs affaires intérieures. Alors, si audit il devrait y avoir, ce qui est dans l’intérêt des acteurs, qu’il se fasse sans a priori.

Par Mahamadi TIEGNA

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