Le Pardon

Sous l’arbre à palabre les barbes se croisaient à l’ombre des feuillages du sage
Entre les langues fourchues des imberbes, le verbe acerbe écumait de rage
Loin du regard des profanes, la vérité sortait des vannes des âges, sans dommage
Il y avait de la mesure dans la suture des maux, chaque mot s’abritait sous un adage
La rancœur habitait encore les cœurs, les pleurs arrosaient les fleurs de la rancune
La colère des uns était noire de couleur, la douleur des autres était brune d’infortune
Sur le visage larmoyant des victimes, la souffrance était intime et pleine d’amertume
Les coupables baissaient la tête en fuyant du regard la vérité implacable qui consume
Le linge sale se lave en famille, peu importe le faix, il n’y a point d’âme sans méfait
On ne jette pas la pierre à sa termitière, on ne piétine pas sa fourmilière, nul n’est parfait
Rien ne sert de maudire et bannir pour punir, rien ne sert de honnir pour sévir, on peut faillir Nul ne vaut dix, personne n’a dix sur dix, nous ne sommes que novices et vices à polir.

Le repentir libère du martyre qui torture, le pardon apaise les cœurs qui geignent
On ne châtie pas celui qui se prosterne, on ne flagelle pas le supplicié qui saigne
Parce que le pardon moissonne le bien, la vengeance se désaltère à la source du mal
Parce que la réconciliation unit la Nation et la passion sans compassion est animale
Le pardon est un don de bon ton quand le bourreau accepte de prendre la vérité au bond
Le pardon est un pont qui se traverse à deux si la victime et le coupable ont le même tronc
Le pardon ne s’écrit pas, il ne se crie pas, il ne se fait pas prier, il se prie à cœur ouvert
Le pardon abandonne, il ne se bourdonne pas, il ne se claironne pas, il est sincère et à découvert

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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