Représentant résidant de l’UNFPA au Burkina Faso, Auguste Kpognon: « La pandémie de Covid-19 a rendu plus compliquée la coordination des réseaux de soutien social et de protection de fille à risque »

A l’instar du monde entier, le Burkina Faso commémore chaque 6 février la journée internationale de la tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. La journée est célébrée cette année sous le thème : « Le temps de l’inaction mondiale est révolu : Unir, financer, agir pour mettre fin aux mutilations génitales féminines ». Le Représentant résidant de Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), au Burkina Faso, Auguste Kpognon, donne dans cette interview accordée à Sidwaya, des explications sur le sens de cette journée.

Sidwaya (S) : Le 6 février est commémorée la journée internationale de la tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Quel sens donnez-vous à cette date ? 

 Représentant Résident de la UNFPA, Auguste Kpognon (A.K.) : le 6 février, la journée de commémoration Tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF) est une opportunité, de parler de l’importance des droits fondamentaux des femmes et en particulier des filles en ce qui concerne les MGF qui sont considérées comme des pratiques traditionnelles néfastes à la santé de ces femmes et filles. Cette journée est l’occasion pour les pouvoirs publics ainsi que les organisations de la société civile (OSC) d’organiser les activités de sensibilisations et de mobiliser des ressources pour l’éradication de cette pratique. En ce qui concerne l’UNFPA, c’est l’opportunité de mettre en avant un de nos résultats transformateurs qui est zéro pratique néfaste d’ici à 2030. Il est important qu’avec le gouvernement burkinabé, nous soyons en mesure d’accélérer toutes les interventions qui nous permettront de mettre fin à cette pratique.

(S.) : Quel regard portez-vous sur la situation des mutilations génitales féminines au Burkina Faso ?

(A.K.) :  L’excision est une pratique ancienne ancrée dans les traditions et les coutumes dans plusieurs pays de la sous-région et particulièrement dans la zone sahélienne. Elle   se perpétue de génération en génération. Fort heureusement, on peut noter des progrès notables en terme d’engagement des plus hautes autorités de l’Etat, notamment le chef de l’Etat, la Première Dame, le président de l’Assemblée nationale et la ministre en charge de la Femme. On peut aussi noter une baisse de la prévalence liée à l’excision des enfants âgées de 0 à 14 ans qui passe de 13 % en 2010 à 11 % en 2015. On peut aussi noter le nombre de village au Burkina Faso ayant publiquement déclaré l’abandon des mutilations génitales féminines qui est passé de 754 en 2017 à 4102 en 2020. Au niveau de la législation nationale, il y a la mise en application d’une loi contre les mutilations génitales féminines qui réprime les auteurs et les complices. Il y a l’existence d’un système d’offre de services qui est aussi bien psycho-social que médical et juridique qui permettra aux victimes de pouvoir surmonter ce traumatisme psychologique et physique.

(S) : Quelles sont les difficultés qui entravent l’atteinte de l’objectif « tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines au Burkina » ?

(A.K.) :  C’est une pratique ancienne ancrée dans la société. Il y a une résistance de certaines sociétés au changement. Et cela demande beaucoup de patience, de sensibilisation. Ce sont des efforts qui peuvent paraitre minimes dans le temps mais il y a une réelle avancée. Nos difficultés, c’est la baisse de l’âge de l’excision. Il y a des enfants de 0 à 5 ans qui sont excisées dans la clandestinité. Il y a aussi la problématique transfrontalière. Récemment le Burkina a connu des problèmes d’ordre sécuritaire et donc l’inaccessibilité de certaines zones dans le pays rend les efforts de sensibilisation plus compliqués. Malheureusement, l’avènement de la pandémie de Covid-19 a rendu plus compliquée   la coordination des réseaux de soutien social et de protection de filles à risque. Il faut que l’on trouve des stratégies alternatives dans ce contexte de Covid-19 nous permettant de pouvoir aller de l’avant.

(S) : Quelles sont vos espérances pour l’atteinte de l’objectif tolérance Zéro ?

 

(A.K.) : C’est un grand optimisme parce que tout simplement, pour le Burkina Faso, nous avons la chance d’avoir la plus haute autorité de l’Etat, en l’occurrence son Excellence Monsieur Roch Marc Christian Kabore qui a été sacré champion de l’Union Africaine pour la promotion de l’élimination des mutilations génitales féminines. Grace à son travail et à son leadership, nous avons pu noter des avancées notables non seulement au niveau du Burkina Faso, mais à travers tout le continent africain. On peut aussi noter que le pays dispose d’un environnement tout à fait propice à l’élimination des MGF à tous les niveaux conformément aux normes relatives aux droits humains. Et enfin, l’engagement communautaire est très important et demeure notre fer de lance aux activités de sensibilisations et de suivi des interventions. La société civile et les partenaires techniques et financiers soutiennent les activités depuis des années et continueront à soutenir ces activités jusqu’à l’éradication de cette pratique néfaste.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

 

 

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