Libye : le défi de la pacification

Plongée dans une crise sans précédent depuis la révolution de 2011 qui s’est soldée par la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Lybie peine à se relever. La guerre entre le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale et le maréchal Khalifa Haftar est suffisamment illustrative du malaise profond que le pays traverse, depuis une décennie. Mais avec l’élection, le 5 février dernier à Genève, de Abdel Hamid Dbeibah, comme Premier ministre par intérim, sous l’égide de l’ONU à l’issue du Forum de dialogue politique, c’est un soleil nouveau qui se lève sur le pays. « Un espoir vers la réconciliation ? », est-on tenté de s’interroger de prime abord, au regard du consensus qui a prévalu à son élection. Pour l’instant, il n’est pas exagéré de dire qu’à cette étape de la résolution de la crise, c’est une nouvelle phase de transition qui s’ouvre pour le pays, mais à tout point de vue, avec des défis colossaux pour le nouveau promu et pour le peuple libyen tout entier.

De ces challenges, se dressent inévitablement entre autres la pacification totale du pays, le lancement du processus de réconciliation et l’organisation des élections inclusives susceptibles afin de ramener la Libye dans le concert des nations. Bien avant, le nouveau Premier ministre intérimaire devrait, par ailleurs, affirmer rapidement sa légitimité auprès d’une multitude d’acteurs politiques et aussi obtenir la confiance du Parlement. Et tout cela, dans un contexte marqué par l’ingérence démesurée de puissances étrangères. En analysant donc les contours du conflit et sans verser dans un pessimisme béat, on est en droit de se poser mille et une questions sur les capacités de Abdel Hamid Dbeibah à réussir un tel pari.

Malgré sa bonne foi, la tâche du nouveau chef de l’exécutif libyen ne sera pas sans écueils, si les parties prenantes de la crise et la communauté internationale ne jouent pas franc jeu. Comment parvenir à ramener sur la table de discussion l’homme fort de Misrata, en l’occurrence le maréchal Khalifa Haftar qui, en dépit du cessez-le- feu, campe toujours sur sa position en dédaignant le pouvoir en place à Tripoli ? Ou encore, le nouveau Premier ministre saura-t-il se soustraire de l’emprise de certaines puissances afin de mieux implémenter sa gouvernance avec le gouvernement qui sera mis en place? Rien n’est sûr. Le moins que l’on puisse dire est que sortir la Libye de ce bourbier, qui n’a que trop duré, commande fondamentalement une volonté manifeste de l’ensemble des acteurs impliqués dans le conflit. Ces derniers, pour peu qu’ils veuillent la stabilité du pays, devront faire table rase des intérêts égoïstes et ne privilégier que l’intérêt du peuple libyen. Dans cette dynamique, les déclarations d’intentions inutiles et autres velléités sécessionnistes devront être bannies d’où qu’elles viennent.

Car, à mesure que le conflit perdure, les risques d’enlisement sont inévitables et sa résolution se révèlera plus complexe. Ce, au grand dam des Libyens qui n’ont que trop souffert, sans oublier les conséquences certaines de ce conflit sur la stabilité du reste du continent. Pour le moment, espérons que l’élection de Abdel Hamid Dbeibah comme Premier ministre intérimaire et son conseil présidentiel dont la désignation a été saluée par nombre d’observateurs puissent réussir à unifier, ad vitam aeternam le pays afin de le conduire vers un processus démocratique accepté de tous.

Soumaïla BONKOUNGOU

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