Réconciliation nationale et cohésion sociale: Zéphirin Diabré décline son rôle et les attentes

Ceci est la déclaration liminaire du ministre d’Etat, ministre auprès du Président du Faso, chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, Zéphirin Diabré, à l’occasion de la conférence de presse qu’il a animée hier jeudi 4 mars 2021 à Ouagadougou.

Monsieur le ministre de la Communication et des relations avec le Parlement, Porte-parole du Gouvernement,
Madame la Coordonnatrice du Service d’information du Gouvernement (SIG),
Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse nationale et internationale,
Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

En mon nom et en celui du Ministre en Charge de la Communication, je voudrais me réjouir de votre présence remarquée à cette conférence de presse, qui nous donne l’occasion de faire le point sur la question de la Réconciliation au Burkina Faso.
Le 10 janvier 2021, il a plu à Son Excellence Monsieur le Président du Faso de nommer auprès de lui, un Ministre d’Etat chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale, en ma modeste personne.
Aux termes de l’article 2 du Décret 2021-0023/PRES/PM/SGG-CM du 1er février 2021, le Ministre d’Etat, ministre auprès du Président du Faso, chargé de la Réconciliation nationale et de la Cohésion sociale, assure la mise en œuvre et le suivi de la politique du Gouvernement en matière de réconciliation nationale et de cohésion sociale.
A ce titre, il est chargé:
1- En matière de réconciliation nationale :
-de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi de la stratégie de réconciliation nationale, de concert avec les autres acteurs,
-de la contribution à la prise en compte des expressions plurielles de la formulation et de la mise en œuvre des politiques publiques de développement.
2- En matière de cohésion sociale:
– De la conception et de l’élaboration d’une politique nationale de cohésion sociale, et de supervision de la mise en œuvre des stratégies et plans d’action y relatifs,
– De la formulation, de la mise en œuvre et du suivi de la stratégie nationale de prévention de l’extrémisme violent,
– De l’identification et de la promotion des valeurs communes et du vivre-ensemble au Burkina Faso.

Mesdames et Messieurs les journalistes,

La question de la réconciliation nationale qui est devenue de nos jours une grande priorité du Président KABORE tire sa justification dans un passé lointain de l’histoire du pays, mais aussi dans une actualité récente marquée par des crimes, de violations de Droits, de conflits divers , de ressentimets d’injustice et de frustations qui ont opposé des burkinabé à d’autres burkinabé ou à l’Etat ;
Le concept de réconciliation en ce qui concerne notre pays doit se comprendre en ayant à l’esprit cette très grande diversité de problèmes qui en crée le besoin. C’est la singularité de notre situation, quand on la compare à celle d’autrespays qui ont des problèmes de réconciliation :

On peut, en schématisant regrouper ces problèmes en 5 catégories:

Premièrement, Il y a les problèmes d’ordre politique : ils sont liés à la conquête du pouvoir ou à sa gestion et ont engendré des crimes de sang, des atteintes à l’intégrité physique, des destructions de biens d’autrui. Sont issus de cette situation, les dossiers emblématiques (Thomas SANKARA, Norbert ZONGO) et les dossiers des crimes autour des différents coups d’Etat que notre pays a vécus, des épisodes sanglants sous le CNR ou le Front populaire, de l’insurrection populaires de 2014 et du coup d’Etat de 2015, entre autres. Dans cette catégorie, le HCRUN a reçu 145 dossiers de crimes de sang, 106 cas d’atteinte à l’intégrité physique. Les destructions des biens des citoyens pendant l’insurrection sont à reverser dans cette catégorie. Ces épisodes politiques ont aussi engendré des situations d’exil politique, dont celui de deux anciens chefs d’Etat.
A propos de cette première catégorie, on peut parler de Réconciliation Socio Politique

3. Il y a les différents conflits communautaires moins visibles en apparence mais plus perfides, qui ont endeuillé et continuent d’endueuiller le pays et de dresser des burkinabé contre d’autres burkinabé. sociale.
Une lecture transversale des dynamiques conflictuelles de nature communautaire au Burkina Faso permet de distinguer neuf types de conflits :
– les conflits liés au statut de la terre et de la concurrence des normes ; les conflits liés l’exploitation agricole et pastorale;
– les conflits de leadership ou de légitimité;
– les conflits liés à l’exploitation des ressources minières ;
– les tensions communautaires liées à la spéculation immobilière ;
– les conflits relatifs aux lignages et aux hiérarchies sociales ;
– les conflits d’ordre religieux;
– les conflits d’ordre identitaire;
– la politisation des appartenances communautaires.
Une enquête de Ministère de la justice et des droits humains en 2018 dénombrait: 1321 conflits agro pastoraux, 169 conflits de chefferie coutumière, 1671 conflits fonciers, 33 conflits inter ou intra religieux; 41 conflits exploitants miniers/population; 67 conflits politiques locaux.· Ces conflits communautaires posent de graves problèmes de réconciliation qui, s’ils ne sont pas résolus, vont continuer à miner notre cohésion à la base, donc à détruire les fondements de notre nation par le bas.

On peut parler ici de Réconciliations Communautaires (au pluriel)

Troisemement, La situation de terrorisme que vit notre pays draine un lot de problèmes qui créent des besoins de réconciliation. Des citoyens burkinabés ont pris des armes contre leurs frères dans leurs communautés, et contre la nation entière. Les rapports communautaires séculaires ont été brisé par des affrontements périlleux entre groupes socio-ethniques. Rentrent dans ce cadre, les massacres de Yirgou et de Barsalgo entre autres. La situation de terreur a engendré le stigmatisation et le repli communautaire. Elle a entrainé une communautarisation de la sécurité et s’est traduite parfois par des conflits entre groupes d’auto défense. Elle a enfin semé la méfiance vis-à-vis des FOS dont l’action est parfois critiquée par certaines communautés qui les accuse d’exactions.

On peut parler ici de Réconciliation Sécuritaire. Certains de ces aspects ramènent à des réconciliations communautaires

Quatrièmement, des conflits sont nés dans les rapports entre l’Etat et ses administrés.
La gestion des carrières individuelles ou lamise en œuvre de certaines réformes , ont engendré de frustrations et des mécontentements chez des individus ou de groupes d’individus. Sur les 5600 dossiers reversés au HCRUN, plus de 4800 dossiers concernent ce volet de la réconciliation et portent sur : des brisements de carrières, des refus d’avantages dus, des licenciements abusifs individuels et collectifs, des règlements judiciaires non soldés. Etc…
Le reversement au HCRUN de ce qui s’apparente parfois à des contentieux administratifs démontre bien que les autorités de l’époque, ont souhaité que leur règlement scelle définitivement les retrouvailles entre la nation et ceux de ses fils qui ont été administrativement brimés.

On peut parler ici de Réconciliation Administrative
Enfin cinquièmement, le ressenti de la gouvernance globale de l’Etat notamment dans ses dimensions de gestion du développement et d’administration de la justice, pose problème dans notre pays.
Des groupes sociologiques et des territoires posent la question de l’équité dans ces domaines (équilibre, équité entre régions, entre catégories de populations).
Se pose ici la question de réconciliation entre l’Etat et les citoyens.
Comme vous le voyez, la liste des problèmes qui appelle à la réconciliation est donc très longue et très variée.
Contrairement donc à la situation de certains pays, le Burkina n’a pas un problème de réconciliation, mais plusieurs problèmes de réconciliation qui touchent tous les aspects de notre vie en commun.
C’est une question transversale ! C’est la résolution de tous ces problèmes qui contribuera à raffermir notre cohésion sociale.
Une première prise de conscience de la situation avait conduit à la mise sur pied d’un Collège de Sages, en 1999 présidé par Mgr Anselme Sanon, à qui je tiens à rendre ici l’hommage que nous lui devons, lui et son équipe. Sous la houlette de collège des Sages, une journée de pardon a été organisée le 30 Mars 2001.
Deux décennies plus tard, au lendemain de l’insurrection populaire des 30 et 31 Octobre, le régime de la Transition, faisant le constat de la persistance et de l’exacerbation des problèmes, a mis sur pied une Commission de Réconciliation nationale et des Réformes, présidée par Mgr Paul Ouédraogo qu’il me plait de saluer ici avec déférence, pour l’excellent travail que lui et son équipe ont accompli.
La CRNR a entre autres refait le recensement des crimes et problèmes appelant à la réconciliation dans notre pays depuis 1960, et les a transmis au HCRUN créé à la suite de ses propositions.
La décision du Présidant du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, de nommer un Ministre d’Etat chargé de la Réconciliation ouvre donc la voie à la 3eme tentative de régler définitivement ce problème, afin que le Burkina Faso reparte sur de nouvelles bases.
En s’attelant à la tâche, le gouvernement est pleinement conscient, que pour que la démarche soit couronnée de succès, il faut qu’elle respecte un certain nombre de principes et de méthodes :
– Nous sommes guidés par la vision holistique et transversale de la Réconciliation. Comme dit plus haut, ce sont plusieurs réconciliations qui vont se superposer et s’enchevêtrer, pour donner la réconciliation nationale. Et c’est le lieu pour moi de redire ici de la manière la plus forte possible, que la question de la Réconciliation au Burkina Faso ne se limite pas uniquement à sa dimension politique, mais s’étend à tous les aspects que j’ai décrits plus haut. Privilégier la dimension politique par la recherche de sensationnel ou par calcul ce serait faire une grave erreur.
– Deuxièmement, le processus doit être participatif. C’estt pour cela que dès ma nomination, j’ai entamé une série de concertations ciblées avec des individus ou des association leaders d’opinion et actives sur ou averties de la question. Il s’agit, de manière non exhaustive de la Chefferie coutumière, des autorités religieuses, des associations de victimes, des OSC, des partenaires au développement engagés sur la question etc.. Après cette conférence de presse, je rencontrerai les anciens chefs d’Etat tandis que d’autres rencontres se profilent à l’horizon immédiat avec les partis politiques et les syndicats. Ces concertations, qui seront, du reste, permanentes, visent à:
– Présenter le contenu de la mission
– Réaffirmer la détermination du gouvernement
– Recueillir les avis et les conseils des uns et des autres
– Demander l’implication des uns et des autres.
Troisièmement, nous concevons la réconciliation comme un processus, non un acte unique. Ce processus sera ponctué d’un acte très solennel comme le Forum National de réconciliation, mais il va de soit que pour nous une réconciliation ne se résume pas à un forum. C’est une démarche dans le temps.
Quatrièmement, rien ne sera fait qui puisse apparaître comme une prime à l’impunité. Pour _cela, le sort des victimes, leurs souhaits et leurs propositions seront primordiaux à nos yeux. Rien ne sera fait ou décidé
qui n’ait leur assentiment. Et rien ne sera fait qui soit contre leurs intérêts.
Cinquièmement, le triptyque Vérité Justice Réconciliation demeure la boussole, même si elle n’est pas envisagée de manière formelle. Chacune de ces trois composantes peut prendre plusieurs formes en fonction des situations et en fonction des souhaits des parties.
Enfin, les mécanismes de réconciliation seront conçus de manière contingente et endogène, c’est-à-dire en fonction des réalités locales et du type de problème à résoudre, car ce qui est applicable dans une partie de notre territoire ou dans une situation donnée, ne l’est pas forcément dans d’autres parties du territoire ou pour d’autres type de situations.
Une fois achevées les rencontres ciblées, et pendant qu’elles continuent, les étapes suivantes sont envisagées simultanément:

a) Sur le plan stratégique
Nous nous attelons à la mise en place progressive des Instruments de pilotage il s’agit de :
La Stratégie nationale de réconciliation ( à écrire)
La Stratégie nationale de cohésion sociale (déjà amorcée)
La Stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent (déjà amorcée). Le nouveau Pacte républicain (à écrire)
Sur le plan des actions à entreprendre et les résultats attendus, les initiatives suivantes sont prévues parfois de manière simultanée dans les 12 mois à venir:
– continuer à travailler à créer un large consensus national sur la nécessité de la réconciliation et la vision et la démarche du gouvernement
– faire le bilan de l’action du HCRUN pour établir les avancées et les dossiers en souffrance et décider des voies et moyens d’accélérer leur traitement:
– organiser des concertations décentralisées (soit régionales, soit provinciales, soit communales soit le tout à la fois) pour continuer le recensement des problèmes et le recensement des différents types de solution et se donner les moyens d’imaginer les infrastructures de réconciliation
– gérer la question des réfugiés politiques
– imaginer et déployer les différentes infrastructures de réconciliation enrichie par la participation de tous les acteurs et les expériences pilotes existantes
– initier la prise en charge des différentes catégories de réconciliation attendues et obtenir quelques résultats tangibles qui peuvent convaincre de la volonté du gouvernement
– créer un . climat motivant pour toutes les victimes en traitant avec diligence les dossiers de réparations en souffrance ou la mise en œuvre concrètes des décisions arrêtées ·
– faire des avancées décisives sur les dossiers et les questions emblématiques
– Organiser un forum national
– Compléter l’infrastructure de réconciliation avec la mise en œuvre des propositions et recommandations qui seront issues du forum.
Ces différentes actions et d’autres aspects figureront dans une feuille de route officielle qui sera soumise bientôt à l’examen du CM.

Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse nationale et internationale,
Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Ces différents éléments que je viens de livrer, attestent à eux seuls de l’ampleur de la tâche qui est devant nous.
Note démarche est à son stade initial et s’organise pas à pas suivant les instructions de Son Excellence M. le Président du Faso et de Son Excellence Monsieur le Premier ministre.

Pour réussir ce grand pari national, aucune contribution ne sera de trop. Notre pays est résolu à panser ses plaies et à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. Pour cela, il lui faut l’adhésion sincère de tous.

Ouagadougou, le jeudi 4 mars 2021

 

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