Libye : une salvatrice décision

Le Conseil de sécurité des Nations unies a exigé, vendredi dernier, le retrait, dans de plus brefs délais, de toutes les forces étrangères et des mercenaires qui interviennent dans la crise libyenne. La décision de l’instance onusienne intervient après que ceux-ci ont été sommés de quitter le pays, avant le 23 janvier 2021. A l’évidence, l’ambition est de donner plus de chance aux initiatives de résolution tous azimuts engagés, sous l’égide de la communauté internationale, à l’effet de résoudre le conflit.
Faut-il le rappeler, le pays est empêtré profondément dans une crise politico-militaire, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, l’empêchant de se défaire des vieux démons et de redorer son blason sur l’échiquier international.
Cette décision de l’ONU de sonner le glas du « joug » des forces étrangères dans ce «bourbier » est, pour le moins, un signe des plus encourageant traduisant sa volonté manifeste de mettre un terme au supplice du peuple libyen. Car, si la guéguerre, sans merci, à laquelle se livre les camps rivaux, avec d’un côté le Gouvernement d’union nationale (GNA) et de l’autre, la troupe du Maréchal Khalifa Haftar perdure, c’est en partie lié à certaines puissances étrangères. Lesquelles forces, vertement, ont pris faits et causes pour l’une ou l’autre des parties belligérantes. Ces deux autorités qui s’y disputent, jusqu’à présent, le pouvoir sont soutenus respectivement, à la connaissance de tous, par la Turquie, et la Russie, les Emirats Arabes Unis.
En effet, environ 20 000 militaires et mercenaires étrangers se trouveraient, encore fin 2020, en Libye et aucun mouvement de retrait n’a été constaté. Et ce, en violation flagrante de l’embargo onusien de 2011. Mais, sans pessimisme aucun, on est en droit de se demander si cette résolution de l’ONU parviendra-t-elle à atteindre les objectifs escomptés ? Rien n’est moins sûr !
La raison est que pareille décision « salvatrice » n’est pas le plus souvent suivie de plan d’actions ni même de fermeté susceptible de faciliter sa mise en œuvre. Les exemples, pour ces cas de figures, sont légion. Espérons, néanmoins, que cette fois ci, elle ne soit pas une initiative de trop sans véritablement de réels enjeux sur la pacification durable du pays. Disons-le, le conflit n’a que trop duré. Ses conséquences sur l’économie et sur la stabilité dans cette partie du continent sont incontestables, à tout point de vue. La situation a, en effet, connu un enlisement et le précipice affreux. Pour nombre d’observateurs, l’ingérence extérieure demeure l’une des causes de l’enlisement du conflit, tout en étant optimiste sur d’éventuelles possibilités d’un règlement pacifique.
Les parties prenantes dans cette guerre doivent donc saisir cette opportunité et mettre fin à cette ingérence militaire étrangère en rapatriant toutes les forces étrangères qui combattent à leurs côtés. Ce, pour peu qu’ils veuillent la stabilité du pays pour le bonheur des populations. Ce retrait des troupes étrangères, une fois acté aura, inévitablement l’avantage certain de rétablir la confiance entre les groupes armés dont les motivations sont souvent méconnues. Bien plus, ce retrait devrait surtout donner libre champ au Premier ministre intérimaire, Abdel Hamid Dbeibah, de mener à bien sa mission dans le sens de la réunification du pays, de la réconciliation nationale et de l’organisation d’élections inclusives prévues fin décembre 2021. Et les Nations unies devront se donner tous les moyens pour faire respecter la décision. Les pays mis en cause devront, dans ce sens, savoir raison garder en respectant, ad litteram, les termes de la résolution onusienne par le retrait de leurs contingents. Auquel cas, la crise pourrait davantage se complexifier et s’internationaliser au grand dam du peuple libyen qui n’a que trop souffert de ce merdier.

Soumaïla BONKOUNGOU

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