Décès de Béchir Ben Yamed : Une plume s’est brisée !

Béchir Ben Yahmed (BBY), le fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique est mort, hier lundi 3 mai à 93 ans à Paris, des suites du coronavirus. BBY, cette signature, bien d’Africains l’ont connue dans les années des partis uniques, où l’information « contradictoire » ne pouvait se lire que dans cet hebdomadaire panafricain, qui avait choisi la capitale française pour établir son siège. Béchir Ben Yamed, qui dans les années des indépendances, avait eu le nez creux pour porter sur les fonts baptismaux un hebdomadaire dirigé par un africain pour l’Afrique, restera au gouvernail de sa création jusque dans les années 2000.

Ce 3 mai, alors que le monde faisait le point de la liberté de la presse, lui, il a tiré sa révérence, comme s’il invitait les journalistes désormais à ne pas l’oublier, quand ils dresseront chaque année à cette date, le classement des pays en rapport avec la liberté de presse et particulièrement, les Africains à faire le bilan sur sa contribution à l’émergence de la presse dans nos pays. BBY, on l’aimait ou pas selon qu’on se voulait « progressiste » ou « modéré».

D’ailleurs, par après, « les progressistes» qui ne partageaient pas sa ligne avaient pu faire émerger un concurrent, Afrique-Asie, pour dire leur part de vérité. Jeune Afrique a connu des mutations, puisqu’au départ, en 1956, il lançait l’hebdomadaire L’Action, puis, en 1960 Afrique Action qui en 1961 allait devenir Jeune Afrique. Par ces différents titres, il est aisé de comprendre le combat de celui qui a préféré le journalisme à un poste ministériel. En effet, Fondé pour accompagner le mouvement d’émancipation des peuples qui, à l’orée des années 1960, accèdent à l’indépendance, Jeune Afrique a pris une part active dans tous les combats qui ont depuis rythmé l’histoire du continent : contre les partis uniques et pour la démocratisation, dans les années 1970-1980, pour l’indépendance économique, dans les années 1990-2000 et pour l’inclusion de l’Afrique dans la mondialisation, dans les années 2000-2020.

La mort de ce Tunisien qui a connu la quasi-totalité des présidents africains des années 1960 jusqu’à récemment, se voyaient le privilège de les recevoir. Il les a tous interviewés, a toujours su éviter les collusions. Il y avait avec lui, les relations personnelles, qui interféraient rarement dans le business. En cela, le journal avait eu souvent l’intelligence de proposer des publi-reportages afin de pouvoir poser un regard « positif » dans la gouvernance scrabbleuse de nos princes. Très futé, BBY a eu l’intelligence de préparer sa « succession » si bien que même éloigné de son canard, ses fils avaient depuis pu le suppléer en s’accaparant son carnet d’adresses et en maintenant leurs entrées dans les palais présidentiels. Jeune Afrique a gardé sa ligne, mais avait perdu de ses « scoop » avec l’ère du multipartisme en Afrique.

Hier ce que le journal avait comme info primeure se retrouvait dans les colonnes des journaux sur le continent. Il fallait donc redoubler d’ingéniosité pour survivre. L’a-t-il réussi ? Oui ! Les successeurs pourront-ils le maintenir ? La lutte sera âpre. La presse libre, en tous les cas, pleure un précurseur, la jeune génération de journalistes, un homme dont elle ne sait pas forcément grand-chose, mais au moins, qu’il a été le patron de jeune Afrique. Lui-même comme pour se découvrir davantage disait en 2010, pour reprendre une des rubriques de Jeune Afrique, qu’il confiait le journal à la postérité et révélait qu’il a créé sa
« chose » avec moins de dix mille francs, en 1960, dans les années d’indépendance. C’est bien une plume qui s’est brisée, sans que l’encre ne sèche.

 Jean-Philippe TOUGOUMA

 

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