Tchad : un pas vers l’essentiel

Le Conseil militaire de transition (CMT) au Tchad vient de former un gouvernement de 40 ministres et secrétaires d’Etat. Une décision qui surprend à tout le moins quand l’on sait que la situation s’était crispée la semaine dernière avec la répression violente des citoyens qui manifestaient contre la prise du pouvoir par les militaires. L’on se souvient qu’une dizaine de manifestants ont perdu la vie. La formation de gouvernement est le signe que les négociations initiées de part et d’autre pour concilier les positions des acteurs de la scène publique tchadienne depuis la mort du Maréchal-président Idriss Déby Itno le 19 avril 2021, commencent à porter fruit. Dans la composition du gouvernement, l’on remarque la présence de certains opposants ou de leurs représentants.

C’est dire que les lignes sont en train de bouger pour préparer le terrain à un éventuel dialogue inclusif. L’on peut dire que les acteurs politiques ont pris la mesure de la situation et ont fait l’option de mettre en avant la stabilité du Tchad. La réaction de l’opposant historique Saleh Kebzabo donne le ton que l’heure est à la décrispation.
« Je suis satisfait par la formation du gouvernement, non pas parce que mon parti est représenté mais parce que la machine va enfin être mise en route pour qu’on aille à l’essentiel. De mon point de vue, il ne faut plus parler d’opposition, de majorité […] Le plus important est de préparer le Tchad à un dialogue national inclusif », a-t-il déclaré sur les antennes de RFI. Voilà un propos qui a de quoi rassurer le CMT et l’encourager dans sa volonté d’instaurer un dialogue avec l’ensemble des composantes sociales autour du grand corps malade qu’est le Tchad.

Il était important pour la classe politique de se faire une raison face à la menace de la stabilité du pays. Devant une rébellion qui veut à tout prix s’emparer du pouvoir, il était hasardeux de continuer à contester la légalité du CMT. Le minimum de consensus qui a permis la formation de ce gouvernement doit être le socle à partir duquel le peuple tchadien dans sa composante plurielle devrait apprendre à se parler afin de tracer les sillons d’un nouveau destin pour le pays. Il appartient au CMT et au gouvernement de s’engager résolument sur cette voie qui va amener les Tchadiens à dialoguer et à se regarder en frères et non en ennemis. C’est l’occasion ou jamais pour les leaders politiques, de la société civile, religieux et coutumiers de s’élever au-dessus de leurs contradictions pour mieux panser les maux qui minent le pays depuis belle lurette.
D’ailleurs, le ministère d’Etat à la Réconciliation et au dialogue qui vient d’être créé dans le nouveau gouvernement devra jouer pleinement ce rôle de rassemblement du peuple tchadien.

Tout le monde a intérêt que ce dialogue inclusif national ait lieu pour évacuer les frustrations contenues depuis des années. C’est ce passage cathartique qui pourra, un tant soit peu, apaiser les cœurs et dégager le chemin vers des lendemains faits de quiétude et de stabilité. Il y va de la survie du Tchad que ses filles et fils aient le courage de s’asseoir ensemble pour déciller le brouillard des incertitudes. En se parlant en toute franchise, l’on a bon espoir que les élections qui se dérouleront à l’issue de la transition seront transparentes, inclusives et acceptées de tous. Avec la formation du gouvernement, tout n’est pas réglé, mais un pas essentiel a été franchi. Il reste à faire preuve de bonne volonté et d’un sens élevé de patriotisme pour qu’advienne un Tchad nouveau réconcilié avec lui-même.

Karim BADOLO

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