Nul n’est censé ignorer la loi de bon aloi !

La police a saisi les poulets de mon voisin avant-hier soir. Malgré ses supplications et lamentations, sa grappe de volaille a été emportée manu militari par la force publique. Il pourrait entrer en possession de son poulailler mais il devrait payer une contravention pour avoir outrepassé la loi. Et la loi, c’est la règle que l’on s’est dictée et à laquelle chacun, sans exception, est tenue de se conformer. Tant pis donc pour mon voisin qui ne devait pas s’aventurer dans la rue pour vendre ses gallinacées.

Tant pis pour lui qui a oublié, négligé ou osé défier la loi et la voie de l’autorité pour vendre ses poulets de la pauvreté. Nul n’est censé ignoré la loi ! La rue, ce n’est pas fait pour vendre, mais pour circuler ; c’est dangereux pour les usagers de la route. On ne peut pas transformer nos belles avenues en poulaillers ambulants aux odeurs de fiente. Vous ne verrez jamais ça en France ! On ne peut pas continuer à vivre en ville comme si on était en brousse.

Ouagadougou, c’est la capitale et combien de fois faudra-t-il répéter aux uns et aux autres que la grande ville n’est pas faite pour les petites gens ! Vivre à Ouagadougou, c’est comme jouer dans un championnat ; et n’est pas champion qui veut mais qui peut. ! Etre citoyen, c’est avoir les moyens de vivre en ville sans être un boulet pour les autres. Désormais, allez vendre vos poulets au marché, parce que le marché est fait pour cela. Rien ne sert de s’apitoyer sur le sort de ses hors-la-loi. Ils méritent la sanction infligée. Il y a des lois dans ce pays et en plus, le pays est gouverné.

Nul ne peut remettre en cause cette opération musclée quand bien même elle suscite l’émoi et la désolation. Parce que la loi est dure, mais c’est quand même la loi. Mais à bien regarder autour de nous, pendant que les vendeurs de poulets sont des persona non grata, la lutte contre la divagation des animaux est devenue une ritournelle insonore et aphone. Des porcs aux bœufs en passant par les moutons, Ouagadougou est en passe de légaliser ce qui est déjà interdit. Comme dirait l’élève cancre : « ce qui est barré n’est pas barré » ! Aujourd’hui d’impénitents citoyens nantis se font attribuer ou s’arrogent maladroitement le droit d’occuper des réserves sans être inquiétés.

L’insoucieux et odieux boucher ira trimballer des carcasses de bœuf du lieu d’abattage à son commerce dans la poussière, les deux pieds parfois déposés sur la viande. Des citoyens auront ces morceaux de viande dans leur plat et remercieront le ciel d’être un « Ouagavillois » bien nourris et épanouis. On fera de la lutte contre la débauche son cheval de bataille, mais c’est devant les lycées et contre le mur des édifices de la République que clients et prostituées discutent le prix de la « marchandise ». Pendant que les poulets de mon pauvre voisin croupissent en fourrière, d’impénitents « gourous », donneurs de leçons, décomptent et font le compte des caisses de leurs maisons closes sans payer un kopeck aux impôts.

Le même Burkinabè s’accaparera des parcelles à perte de vue, pendant que le citoyen lambda peinera à se tailler le moindre lopin de terre, juste pour abriter sa dignité. Chaque année des rapports pleins de torts se bousculent solennellement devant les caméras mais c’est dans l’intimité des tiroirs que leur requiem est célébré. Chaque jour, des lièvres gras sont levés par la presse, mais personne ne se presse pour les attraper dans la prairie de la savane. Il y a même eu des enquêtes parlementaires aux résultats qui se passent de commentaires, mais dont la mise en œuvre des sanctions et recommandations sont renvoyées aux calendes grecques, sine die.

Ne parlons pas de ce qui n’est pas bon à dire ou à entendre. Pour toutes ces irrégularités et illégalités, il n’y a certainement pas de loi à invoquer ; …

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