Cinéma sénégalais : Les acteurs face au défi de l’industrialisation

Le DG de la société de production CINEKAP, Oumar Sall : « Aujourd’hui, nous travaillons à faire compren-dre que le cinéma est une industrie ».

Le Sénégal connaît un boom de la production cinématographique. Malgré cela, l’industrie cinématographique peine à atteindre sa vitesse de croisière. Les acteurs sont donc dans une dynamique d’accélération du processus d’industrialisation du secteur.

Oumar Sall est producteur et Directeur général (DG) de CINEKAP, une société de production audio-visuelle et cinémato-graphique au Sénégal. Il a produit les deux films (Tey et Félicité) d’Alain Gomis qui ont remporté l’Etalon de Yennega respectivement en 2013 et 2017. Au-delà de ces deux récompenses, d’autres films, fruits de CINEKAP, ont été primés dans plusieurs festivals dans le monde. Oumar Sall reconnaît que le Sénégal a une forte référence cinématographique.

« Cependant, à l’image de tous les pays d’Afrique, il y a un retard d’industrialisation en ce qui concerne le cinéma. On n’arrive pas à avoir jusqu’à maintenant l’ensemble des pans d’une industrie. Mais notre génération de producteurs, travaille à ce que la production devienne une culture auprès des auteurs-créateurs. Dans une cinématographie qui se respecte, les sociétés de production représentent un maillon à part entière de son industrialisation », lance-t-il.

De son avis, jusqu’à présent, le FESPACO n’arrive pas à mettre en valeur l’ensemble de la chaîne d’un film. Seuls les réalisateurs sont mis avant et cette erreur doit être corrigée. Il faut aussi travailler, a-t-il poursuivi, à ce qu’il y ait moins de déperdition des valeurs ajoutées du cinéma africain.

« Une gigantesque cinémathèque éparpillée »

De nombreux films, produits par CINEKAP, ont été primés dans plusieurs festivals dont le FESPACO avec deux Etalons Yennenga.

Cela s’explique par le fait que, précise le DG de CINEKAP, beaucoup de films africains sont produits par des Européens. « Les réalisateurs sont bien payés mais les droits des films leur échappent. Ce qui fait que l’exploitation du film n’est jamais en Afrique mais se trouve dans le Nord, le patrimoine également. L’Afrique devient comme une gigantesque cinéma-thèque éparpillée dans les quatre coins du monde et nos Etats devraient aussi mettre les moyens pour le développement de la production », interpelle-t-il. Selon Mada Ndiaye, productrice et réalisatrice, le secteur de la production au pays de la Teranga est en pleine ébullition notamment dans le domaine des séries.

Cependant, relève-t-elle, le manque de moyens fait que le secteur décolle difficilement. « Nous avons quelques structures complètes qui possèdent des instruments nécessaires pour de bonnes productions et il faut travailler à en développer plus dans notre pays », suggère Mada Ndiaye. Bien qu’elle reconnaisse l’effort de l’Etat sénégalais pour booster le secteur, la productrice estime que des efforts doivent être faits davantage dans le financement. Acteur de cinéma depuis 1993, Ibrahim Mbaye Ché pense qu’après 50 ans, l’Afrique est en train de professionnaliser son cinéma.

Pour ce qui est du métier d’acteur, en particulier, M. Mbaye pense que ceux qui s’y donnent avec ardeur et amour, sont valorisés. Si l’un ou l’autre des acteurs (réalisateur, producteur, comédien, …), se rabaisse, cela va se refléter sur le produit. « Puisque nous avons réussi à avoir un festival unique qui réunit tous les acteurs du cinéma africain, j’en appelle au FESPACO pour que nous réussissions à avoir une certaine maîtrise des différents métiers du cinéma. Aujourd’hui, nous devons nous structurer », fait remarquer Ibrahim Mbaye Ché. Il déplore ce qu’il appelle le phénomène inverse développé par certains comédiens africains qui supplient des réalisateurs pour des jeux d’acteurs même sans cachet.

De la nécessité des coopérations

En tout état de cause, il invite les acteurs de la cinématographie du continent à développer

Selon la productrice et réalisatrice, Mada Ndiaye, le manque de moyens fait que le secteur de la production décolle difficilement.

des coopérations et collaborations afin de produire des films africains qui seront à la hauteur. Dans la même lancée, Oumar Sall renchérit en relevant que le cinéma est une industrie et doit être conséquemment financée. Mais, il doit avoir également des mécanismes de coopération dans la production, souligne-t-il. « Beaucoup de pays n’ont pas encore de coopération dans ce sens.

Mais au Sénégal, je pense que nous sommes en avance avec la signature de plusieurs accords de coopération dans le domaine cinémato-graphique notamment avec le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire », confie-t-il. Aussi, le DG de CINEKAP propose que l’Afrique parle d’une même voix face aux géants du numérique pour qu’ils puissent financer le 7e art africain.

Pour lui, le secteur de la distribution et de la diffusion n’existe pratiquement pas, alors que les salles de cinéma constituent un maillon important dans la chaîne. « Les festivals également sont importants parce qu’ils permettent de mettre en lumière ce qu’un pays fait et constituent des cadres d’échanges et de réflexions sur une destinée commune du cinéma africain », mentionne M. Sall. Sans oublier la formation qui permettra d’avoir un capital humain à la hauteur des ambitions, ajoute-t-il.

C’est pourquoi, il estime que le FESPACO devrait s’atteler à organiser des rencontres avec les acteurs et les dirigeants des organisations sous régionales et africaines, comme l’UEMOA, la CEDEAO, l’UA, afin qu’ils comprennent la nécessité d’allouer des ressources financières au cinéma. Car, pour lui, « financer sa culture est une question de souveraineté nationale ».

Joseph HARO

josephharo4@gmail.com

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

Envoyés spéciaux à Dakar (Sénégal)

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