Editorial : L’édition de la maturité

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a donné le clap de départ de la 26e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) samedi dernier au stade Joseph-Issoufou-Konombo. Le lancement de l’édition 2019, marquant le jubilé d’or de cette aventure humaine, a été marqué par une mise en scène exceptionnelle du spectacle son, lumière et danse concocté spécialement par le comité d’organisation pour l’occasion.

Ouagadougou, la capitale du cinéma africain n’a jamais aussi bien porté son nom qu’a l’occasion de ce cinquantenaire du FESPACO où la ville s’est parée de ses plus beaux atours et aux couleurs des pays du continent. Dans un climat sécuritaire de défiance permanente, la Terre des hommes, fidèle a son légendaire attachement à la patrie, a réussi ce qui, dès le grand spectacle d’ouverture officielle, promettait une édition de la maturité. Maturité car, malgré les contingences diverses, le FESPACO est aujourd’hui, la voix du cinéma africain dans le monde.

En témoigne la grande mobilisation de milliers de festivaliers du continent et du reste du monde autour du cinéma africain et de sa diaspora dans un contexte de surenchère sécuritaire et de rapport accablant. Depuis le début des attaques terroristes en janvier 2016, le pays a d’ailleurs appris à vivre avec, en maintenant, sur son sol, au prix d’énormes sacrifices des évènements culturels et sportifs d’envergure internationale tels que le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) en 2018, le Tour du Faso, la Semaine nationale de la culture (SNC), les Récréatrales.

A ce titre, c’est donc un hommage mérité que le pays a rendu à l’œuvre pionnière des devanciers et de toutes les générations qui s’évertuent à perpétuer “les mémoires et l’avenir des cinémas africains”, au moment où le pays-hôte compte ses amis. «Le Burkina Faso a toujours été présent à l’heure des grands rendez-vous, indépendamment du contexte sécuritaire difficile. Nous remercions tous ceux qui ont fait le déplacement de Ouagadougou,  car cela est un témoignage de solidarité envers le peuple burkinabè », a rappelé le chef de l’Etat burkinabè.

Cinquante ans après sa création, le Burkina Faso et les ambassadeurs de la biennale ont pu la sortir de l’Afrique de l’Ouest par l’esprit panafricaniste que la cérémonie inaugurale du cinquantenaire a magnifié à la perfection. Résultat, le FESPACO tient la route et fait la fierté des hommes et des femmes pour qui il est devenu à la fois un carrefour incontournable de rencontres des professionnels du septième art, et de communion d’un public de plus en plus connaisseur. Cinquante ans de succès, de réflexion, de doute aussi qui, quelque part, fait vivre.

Il faut certainement faire de ce cinquantenaire du plus prestigieux festival africain du cinéma, à la fois, un souvenir, un présent et un avenir. Il faut donc revisiter le passé, saluer l’engagement des précurseurs, s’arrêter aussi sur ceux qui devaient être là, mais qui ont répondu tôt, quel que soit leur âge, à l’appel divin. Ils sont nombreux ces personnages. Ils nous ont laissé un festival de grande portée qui nous oblige à ne pas faillir.

Il faut aussi faire de ce festival, un présent, entendu comme un cadeau qui se prend avec toute sa symbolique en se rappelant avec Frantz Fanon, que « nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Alors, le FESPACO d’aujourd’hui, comme celui d’hier appartient à ces nombreux bambins qui viendront, suivront des films sans comprendre grand-chose, comme nous aussi hier avec cette responsabilité humaine qui fera voyager le festival dans la nuit des temps aussi loin, loin que possible pour l’éternité.

Mahamadi TIEGNA

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