Homme de lettres et politique, Bernard Binlin Dadié a été l’un des précurseurs du mouvement de sauvegarde et de transmission du patrimoine culturel africain.

Chantre de l’anticolonialisme, journaliste, militant politique, l’écrivain Bernard Dadié est décédé le samedi 9 mars 2019 à l’âge de 103 ans. Figure de proue de la littérature ivoirienne, il est l’auteur de plusieurs dizaines d’œuvres dont Climbié, Le Pagne noir et Monsieur Thôgô-Gnini.

Le monde littéraire africain et ivoirien en particulier vient de perdre l’un de ses dignes représentants. Poète, nouvelliste, romancier, conteur, dramaturge, homme politique, Bernard Dadié a, en effet, tiré sa révérence, le samedi 9 mars 2019 à l’âge de 103 ans.

Considéré comme le “Père de la littérature ivoirienne”, il est l’auteur d’une vingtaine de livres dont les plus connus sont, entre autres, Afrique debout ! (1950), Légendes africaines (1954), Le Pagne noir (1955) Climbié (1956), La Ronde des jours (1956), Un Nègre à Paris (1959), Monsieur Thôgô-Gnini (1970), Béatrice du Congo (1970) Les Jambes du fils de Dieu (1980), Carnet de prison (1981), etc. Né en 1916 à Assinie, dans le Sud-Est de la Côte d’Ivoire, Bernard Binlin Dadié débute ses études à Grand-Bassam avant de les poursuivre, de 1928 à 1930, à l’Ecole normale William-Ponty de Gorée, au Sénégal.

A cette époque, William-Ponty représentait le creuset des élites noires de l’Afrique française destinées à l’enseignement. Son diplôme d’instituteur en poche, le jeune Bernard n’a pas d’autre perspective que l’enseignement. Mais, de 1937 à 1947, il est bibliothécaire-archiviste à l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) de Dakar, (ancêtre de l’Institut fondamental d’Afrique noire, ndlr). En 1946, il rejoint le comité directeur du Rassemblement démocratique africain (RDA), créé sous l’impulsion de Félix Houphouët-Boigny et de Mamadou Konaté. Chargé de la presse et de la propagande, il s’engage alors dans un journalisme militant pour dénoncer les injustices du système colonial.

Membre du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI), il est arrêté en 1949, puis en 1952. A l’accession de son pays à l’indépendance, il devient successivement chef de cabinet au ministère de l’Education nationale, directeur des services de l’information, directeur des beaux-arts et des traditions populaires, et directeur des affaires culturelles. De 1977 à 1986, il est ministre de la Culture de Félix Houphouët-Boigny, tout en se définissant de façon particulière: «Ni houphouétiste ni antihouphouétiste, mais RDA». Militant politique reconnu, Bernard Dadié excelle surtout dans l’écriture, notamment à travers ses chroniques, inspirées de ses séjours à Paris, New York et Rome (Un Nègre à Paris, 1959; Patron de New York, 1964; La Ville où nul ne meurt, 1968).

Ses œuvres sont plus engagées politiquement et s’emploient à dénoncer l’injustice du colonialisme. C’est le cas de Carnet de prison, publié en 1981. Il y relate son expérience carcérale à une époque où, pour l’administration française, les militants du RDA sont de dangereux communistes. En somme, le choc subi par l’Afrique dans sa rencontre avec l’Occident et la revalorisation de la culture africaine seront au centre du “combat culturel” de Bernard Dadié.

L’homme ne perdra rien de sa combativité, en dépit de son âge avancé. Président du Congrès national de résistance pour la démocratie (CNRD), un aréopage de personnalités où il côtoie notamment l’ex-première Dame, Simone Gbagbo, il défendra, au début de la crise ivoirienne (2011), la souveraineté de la Côte d’Ivoire et dénoncera le diktat de la France, accusée de vouloir renverser Laurent Gbagbo, le chef de l’Etat d’alors. Jusqu’à ses derniers instants, Bernard Binlin Dadié aura, en un siècle d’existence, donné de lui-même l’image d’un patriote convaincu et d’un écrivain engagé.

Aubin W. NANA

Sources: Africultures, Jeuneafrique.com, Wikipédia

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