Il y a des fois où face au mur, on murmure sa peine sans le moindre écho. Très souvent, c’est entre deux feux que les alertes à la détresse s’estompent entre les flammes du désespoir. On a beau crié et vociféré à perdre haleine, seul le silence répond avec retentissement. Malgré le monde qui t’entoure, la vie devient un vaste désert quand tu perds le plus cher des êtres de la terre. Nul n’est fier d’enterrer son fils en s’appuyant sur une canne au crépuscule d’une vie absente. Personne ne peut sécher les larmes de l’amour vrai et de l’amitié sincère. On vit ensemble un ou deux jours et on se quitte pour toujours, sans plus jamais se revoir sur le trottoir des passants. Oui, nous sommes tous des passants d’une vie empruntée que l’on rendra tôt ou tard. Certains la rendront avec des intérêts et des honneurs, d’autres la dilapideront avec des regrets et des remords. Oui, nous sommes tous des étrangers sur une terre inconnue entre les barreaux d’un destin implacable. Ce monde est une grosse bouteille au bouchon hermétiquement fermé, serré à double tour, sans aucune possibilité d’échapper à la tragédie. Quand on naît un jour, il faut s’attendre à mourir un jour, qu’on le veuille ou non.

Personne ne sera épargné ; aucun corps ne survivra à l’heure fatidique du jour le plus noir. Comme c’est tristement sublime de ne savoir quand, où, comment elle s’abattra sur nous ! Comme c’est mystérieux de la côtoyer au jour le jour sans vraiment connaître le jour. Finalement, nous avons tous un agenda caché déjà coché mais à notre insu, sans notre aval, sans notre avis. Nous avons tous une horloge qui tourne en nous sans le moindre cliquetis. Finalement, nous sommes égaux en droit mais c’est la mort qui nivèle nos destins et nous révèle tous véritablement égaux. Même le plus puissant des hommes de la terre entrera dans une tombe les pieds joints, raide et inanimé. Même le plus riche des hommes de la terre fera l’expérience douloureuse de la mort six pied sous terre, dans le noir et dans la chaleur ; dans la solitude et l’isolement. Du président au clochard sans pain, chacun y passera avec humilité et en tenue de vérité. Tant pis pour le costume porté à titre posthume ; tant pis pour les dorures du cercueil ; les encens les plus fins sont inodores dans la tombe. Les hommes les plus craints pourrissement toujours sous terre.

Que celui qui ne mourra pas lève le petit doigt et crie à l’immortel. Que celui qui ne gémira pas sur un grabat se regarde devant sa glace et contemple le tas de poussière qu’il est sans savoir. Il y en a même qui n’auront pas de sépulture digne de ce nom, parce que destinés à raser les murs du néant. Alors, quel est ce téméraire centenaire qui sait quand viendra le jour et se vante de battre le record des scores contre la mort ? Qui de ces ignares homo sapiens croient plus en la science qu’à leur propre conscience au point d’oublier la fin qui approche ? Certains de ceux qui construisent leur dernière demeure avant d’y loger sont surpris d’être au bout du rouleau en plein vol ou en pleine traversée. Ironie du sort ? Cruauté du destin ? Il n’y a pas de protocole, point de préséance ; aucune bienséance, point de bienveillance !

Il suffit de bien contempler le plus beaux des cercueils pour se rendre compte que nous ne sommes qu’un recueil d’écueils. Il suffit de jeter un regard sur le visage mat et insipide de l’intrépide et éternel dormeur, pour se rendre compte que tout le monde est « n’importe qui ». Que celui qui se sent suffisamment fort s’y oppose et en ressort indemne ! Loin du tapis rouge et des salons feutrés, les termites se délecteront de l’intouchable corps sans garde du corps. Loin des trésors engrangés, du patrimoine acquis et conquis, une dépouille nauséabonde se putréfie. Fini, les parfums les plus fins et chers. Fini, les rutilantes bolides qui filaient à vive allure sans cure ; aux pas de caméléon, ils passeront inaperçus sans sirène ni fanfare. Même sur fond de tapage, aucun honneur ne peut se targuer d’être l’antidote du pire.

Où sont passés les hommes forts de cette planète peu nette et sans tête ? A qui appartient cette tombe de luxe sans vie ? Quelle différence y a-t-il entre celles carrelées et peintes en blanc et celles anonyme sans éclat ni beauté particulière ? Que dire de celles construites en duplex et à niveau, bardées de fioritures inutiles, pendant que l’essentiel n’est plus que terre et poussière ? Y a-t-il une différence intrinsèque entre la mort qui frappe le riche et celle qui soulage le pauvre ? « Ce qui compte, ce ne sont pas les années qu’il y a eu dans la vie. C’est la vie qu’il y a eu dans les années », disait Abraham Lincoln.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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