Des milliers de jeunes Burkinabè ont déferlé dans les rues de la Guinée cette semaine, contraints de quitter le pays de Sékou Touré pour des faits d’orpaillage artisanal dans la région administrative de Siguiri. L’affaire fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les réseaux sociaux en ont fait leurs choux gras en poussant le débat au-delà du seuil de la courtoisie. Entre passion, vérité et confusion, chacun y va de ses émotions. La Guinée à travers un communiqué officiel du gouvernement a en substance évoqué des raisons environnementales pour suspendre les activités d’orpaillage et déguerpir les occupants des lieux. Pour les autorités, l’orpaillage artisanal pollue les terres et les cours d’eau, et menace la quiétude des populations.
En plus, c’est une activité illégale condamnée par la loi, selon le discours officiel.
Au Burkina comme en Guinée, l’opinion publique résonne de façon dissonante. Entre ceux qui déplorent l’orpaillage artisanal et ceux qui soutiennent les orpailleurs, évitons d’entrer dans les échauffourées de la diatribe. Ce que nous devons tous déplorer dans cette affaire, c’est que les autorités guinéennes ont quelque peu manqué de tact. A entendre le ministre burkinabè de la Sécurité, Mahamadou Sana, le Burkina Faso n’a pas été informé officiellement de l’opération. En effet, une bonne concertation entre autorités des deux pays pouvait contribuer à adoucir la crise et à trouver des voies salutaires de rapatriement de nos compatriotes. Pour des pays dont les défis sont les mêmes, il suffisait d’un peu de courtoisie et de fraternité pour juguler les dérapages et rester raisonnable. Hélas, il y eu trop de potasse dans la sauce !
Cette crise couvait depuis un moment et les signes annonciateurs avaient pulvérisé les réseaux sociaux avec une vidéo incendiaire d’un jeune orpailleur dont les propos ne sont pas dignes d’effleurer les lignes de cette chronique. Depuis lors, le bouc émissaire était tout trouvé et nos compatriotes marchaient sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller le sentiment de rejet qui mijotait dans le cœur de certains Guinéens. Finalement, ce que certains Burkinabè craignaient arriva. Des Africains sont chassés par d’autres Africains sur des terres d’Afrique pour des raisons qui échappent à la raison. Une approche diplomatique de bonne intention ou une visite de travail entre Guinéens et Burkinabè pouvait éviter ce spectacle déshonorant entre frères ; une invitation de haut niveau entre autorités chargée des questions minière, de santé ou de sécurité pouvait donner une issue humaine à la crise ; une lettre officielle ou un coup de fil fraternel entre présidents des deux pays pouvait atténuer l’onde de choc de ce boucan.
Et je puis mettre ma plume au feu et affirmer sans ambages que si c’était des orpailleurs guinéens au Burkina, le camarade Président, le capitaine Ibrahim Traoré allait trouver une issue révolutionnaire qui tiennent compte de nos modes de résolution de crise à l’africaine. Pour les Guinéens, c’est juste une mesure d’interdiction de l’orpaillage artisanal, ce n’est donc pas une chasse à l’homme intègre, mais entre nous, qu’est-ce que cela pourrait réellement signifier pour un chercheur d’or quand sa mine est fermée et occupée par les Forces de défense et de sécurité ? Qu’est-ce à dire quand le gouvernement guinéen met en garde toute personne qui tenterait de « protéger des individus ou des entreprises impliqués dans ces activités illégales ? ».
Depuis que l’information est tombée, des Burkinabè se sont mobilisés pour aller à la rescousse. Le ministre burkinabè de la Sécurité et son homologue de la Solidarité, notamment, se sont rendus au Mali pour examiner la situation et organiser le retour des orpailleurs burkinabè au bercail. Des compagnies de transports ont dépêcher des cars pour convoyer les infortunés au Faso et environ 200 cars ont démarré à Ouagadougou pour apporter leur contribution au sursaut national de solidarité. Des compatriotes de la diaspora ont également mis la main à la poche pour accompagner les opérations de prise en charge des orpailleurs. L’élan de solidarité a été spontané ici comme en Guinée. Et ce que l’on peut retenir, c’est que la crise sécuritaire dans notre pays a forgé en chaque Burkinabè digne de ce nom, le sentiment d’appartenance à une même couvée.
En attendant, la réaction du camarade capitaine Ibrahim Traoré, une chose est sûre, le Burkina Faso transformera cette situation en opportunité, ces milliers de jeunes orpailleurs pourraient faire partie d’un plan de développement dont le nom de guerre pourrait être : Les VDP de l’eldorado ! Mais cette crise ne doit pas nous amener à céder à la tentation de la réciprocité en nous en prenant à des citoyens guinéens au Burkina. Cependant, nous devons nous poser un certain nombre de questionnements essentiels : « qui a envoyé des mineurs dans les mines en Guinée ? Y’a-t-il un réseau qui en profite et qui en sont les sponsors ? Il y a de quoi se les poser pour que cela n’arrive plus. Parce qu’être Burkinabè, c’est plus que de l’or !
Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr



