L’impact économique du terrorisme dans les pays du G5 Sahel a fait l’objet d’une étude dont les résultats d’étape ont été présentés au cours d’un panel le lundi 13 mai 2019, à Ouagadougou.

En sus de nombreuses pertes en vie qu’il engendre au quotidien dans les pays du G5 Sahel, le terrorisme a des effets ravageurs sur les économies des pays de la région. Pour mieux appréhender l’impact économique de l’hydre terroriste dans le Sahel et y apporter des solutions de résilience endogènes, des chercheurs des pays de la zone (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) ont mené une recherche sur le sujet. Les résultats partiels de cette étude, toujours en cours, ont été présentés au public ouagalais lors d’un panel, animé par lesdits chercheurs, le lundi 13 mai 2019, à l’espace Thomas-Sankara, de l’institut FREE Afrik, coordonnateur de l’étude.

Selon les auteurs de la recherche, la quasi-totalité des secteurs d’activités économiques souffrent de la nouvelle guerre imposée par les terroristes. Au Burkina Faso, le manque à gagner dans le secteur de l’hôtellerie et du tourisme de la ville de Ouagadougou se chiffre à 3,9 milliards F CFA entre 2016 et 2017, a indiqué Dr Yarri Kamara de Free Afrik. Le tourisme mauritanien qui venait d’éclore a aussi été étouffé par les premières attaques terroristes, a fait savoir Hamed Moussa du centre 4S.

Concernant l’industrie minière, la production n’a pas encore enregistré de perte mais pourrait l’être les années à venir. La prospection qui permet de créer les mines de demain est fortement handicapée par les attaques terroristes récurrentes, a fait savoir le directeur exécutif de Free Afrik, Dr Ra-Sablga. Quant à la production minière artisanale, elle a connu une forte baisse, même s’il est difficile de l’attribuer à l’insécurité ou à la fraude. Autre impact, il y a le surcoût lié à la sécurisation des mines à travers le recrutement de nouveaux agents de sécurité, l’acquisition d’équipements et d’infrastructures sécuritaires. Les sociétés minières peinent également à trouver de ressources humaines qualifiées venant d’autres pays, a-t-il ajouté.

Dans les autres pays, le secteur agricole est fortement ébranlé. Au Niger, l’arrêt de la pêche et de la culture du poivron, dans la région de Diffa, imposée par le gouvernement, dans l’objectif de couper l’approvisionnement alimentaire aux marchands de la mort, a fait perdre plus de 35 milliards F CFA à la région, a confié Dr. Ahamadou Maichanou de l’université de Tahoua du Niger.

Risque d’insécurité alimentaire

Au Tchad, le secteur de l’élevage, qui représente 15 à 20 % du PIB, a pris un grand coup, les routes pastorales étant occupées par des bandes terroristes, a indiqué Dr Aristide Mabali.

Au regard des menaces, le risque d’une insécurité alimentaire n’est pas loin. Par ailleurs, les secteurs de la microfinance et bancaire, qui sont alimentés par ces différents secteurs d’activités, «voient rouge», engendrant une sorte de «désert
financier».

Les budgets des Etats du G5 Sahel ont également connu une réorientation vers les dépenses de sécurité. Au Tchad par exemple, les dépenses sécuritaires sont passées de 1% à 8% du PIB, entre 2005 à 2015. La situation est plus complexe pour le Mali qui vit une récession économique  depuis 2012, a souligné Dr Boubacar Bougoudogo. Pour faire face aux effets pervers du terrorisme, les chercheurs ont invité les Etats à mettre l’accent sur le développement local, à renforcer la résilience socioéconomique des localités d’accueil des populations déplacées. Ils préconisent que la commande publique soit prioritairement orientée vers les producteurs locaux. Quant au secteur privé, les chercheurs lui recommandent de s’organiser pour occuper le vide laissé par les investisseurs privés étrangers.
L’étude a été financée par l’ONG américaine, Center for international private enterprise (CIPE)

 Mahamadi SEBOGO
Msebogo@yahoo.fr

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