Dans le cadre du projet Target Malaria qui se déroule au Burkina Faso, il a été procédé au premier lâcher de moustiques OGM, le 1er juillet dans le village de Bana, village situé à quelques kilomètres de Bobo-Dioulasso. Sidwaya a rencontré Wendyeghabnoma Kaboré. Il est Juriste-agroécologiste de formation et entrepreneur agricole de profession. Il donne son opinion sur cette question.

Sidwaya (S.) : Les responsables du projet Target Malaria ont lâché 6400 moustiques génétiquement modifiés pour une première phase dans le village de Bana. Quelle appréciation faites-vous ?

Wendyeghabnoma Kaboré (W.K.) : J’encourage les recherches à caractère scientifique. Mais en ce qui me concerne, je ne partage pas le même avis que les responsables du projet Target Malaria, qui ont lâché des moustiques OGM dont on ignore encore les conséquences à long terme. Je me préparais pour exploiter ma ferme à Bana ces vacances. A ma grande surprise, c’est ce village qui a été choisi pour la première phase du lâchage des moustiques. J’ai purement et simplement abandonné ma ferme, car je ne voudrais pas faire partie des premiers cobayes.

S. : Mais pour les pro moustiques OGM, les méthodes traditionnelles de lutte contre le paludisme (moustiquaires et pulvérisation intra domiciliaire) s’avèrent désormais inefficace face à la résistance des moustiques. D’où cette option des moustiques OGM…

W. K. : Je partage le même avis que les pro moustiques OGM sur le fait que les méthodes traditionnelles de lutte contre le paludisme s’avèrent inefficaces face à la résistance des moustiques, mais je ne suis pas cette option. Nul n’ignore que lesdites méthodes traditionnelles sont inefficaces. Par exemple, les médicaments (quinine, ACT, Malarone…) entraînent des résistances et des effets secondaires importants. Ils ne peuvent pas être pris en continue. Leur accessibilité est difficile, leur prix élevé, et des faux médicaments sont en circulation. Quant aux moustiquaires imbibées d’insecticides (ITN), les moustiques sont devenus rapidement résistants à l’insecticide utilisé (les pyrethroïdes) qui peuvent aussi entraîner des problèmes de santé. A la place des moustiques OGM, j’allais proposer l’utilisation de la tisane de l’Artemisia (la variété Annua d’origine chinoise et celle Afra d’origine africaine) qui est une plante qui guérit le paludisme. On peut prendre ladite tisane à titre préventif comme à titre curatif et associer les autres méthodes de lutte contre le paludisme. L’Artemisia fait partie des astéracées qui sont utilisées depuis des siècles en Chine et en Afrique. Il existe plus de 200 principes actifs dont phytostérols, flavonoïdes, huiles essentielles, artémisinine (dans l’Annua), arginine, galium… Il n’a aucune toxicité, aucun effet secondaire noté à ce jour et aucune résistance apparue malgré des siècles d’utilisation. Les preuves de leur (Artemisia Annua et Afra) efficacité ne sont plus à démontrer. A titre illustratif, en fin 2015, Jérôme Munyangi, Michel Idumbo, Lucile Cornet-Vernet et Pierre Lutgen ont réalisé un essai clinique randomisé double aveugle pour vérifier l’efficacité de l’Artemisia annua et afra contre les ACT sur 1000 patients au Maniema en RDC. Les résultats étaient concluants car ceux qui étaient sous Artemisia ont enregistré un taux de guérison parasitaire de 99,5% contre 79,5% pour les ACT.

S. : En dépit de tout cela, les autorités a tout de même autorisé le lâchage. Est-ce que vous êtes déçus de cette décision ?

W. K. : Je ne voudrais pas me prononcer sur nos gouvernants. Tout dépend de ce que les responsables du projet Target leur ont donné comme éléments convaincants. Etant donné que nos gouvernants cherchent des solutions idoines pour lutter contre le paludisme, ils sont ouverts à toute proposition ou méthodes pouvant éradiquer cette maladie infectieuse qu’est le paludisme. Mais ils doivent se comporter en bon père de famille. Ne pas prendre pour argent comptant tout ce qui vient d’ailleurs. La société civile a mené des luttes certes pour contrer la décision du lâchage des moustiques OGM, mais je trouve qu’elle aurait dû maintenir sa position de façon ferme pour faire fléchir ladite décision. Mais hélas !

S. : Quelle garantie de sécurité l’Etat devrait donner aux populations avant toute lâchée ?

W. K. : Parler de garantie me paraît un peu difficile. Je pense qu’il fallait dire la vérité aux populations, surtout à la base. Ce que je vais dire vous paraîtra peut-être absurde, mais il y a des personnes du troisième âge vivant dans les villages, n’ayant pas fait l’école, mais maîtrisant les enjeux de l’écosystème. Il fallait échanger avec toutes ces personnes.

S. : Doit-on craindre pour des conséquences à l’avenir ?

W. K. : Sincèrement, j’ai peur des conséquences futures. Il y aura forcément un déséquilibre de l’écosystème, et les humains en souffriront. Peut-être que cela n’arrivera pas maintenant, mais qui sait dans dix, cinquante ans, voire plus ? J’aimerais qu’on retienne ceci : quand on pose un acte aujourd’hui, il faudra penser aux générations à venir. Ne condamnons pas les générations futures.

Entretien réalisé par Gaspard BAYALA

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