Une visite historique

De mémoire d’homme, l’Inde a rarement manifesté autant d’intérêt pour les pays d’Afrique de l’Ouest. En effet, le président du pays de Mahatma Gandhi, Ram Nath Kovind, a entamé le dimanche 28 juillet, une visite d’une semaine qui le conduira successivement au Bénin, en Gambie et en Guinée, trois pays jamais visités par un haut dignitaire indien. Rien que pour cela, beaucoup se posent des questions sur l’objectif réel de ce périple. Mais il n’y a aucun doute, ce geste montre à souhait que New Delhi cherche à se rapprocher davantage d’une Afrique occidentale et francophone avec laquelle les Indiens ont des relations très limitées.
Cependant, en Inde, le président ne détenant pas un grand pouvoir politique, cette tournée a plutôt une connotation économique. Les relations commerciales que les trois pays inscrits dans l’agenda de la visite entretiennent avec l’Inde ne sont pas assez développées et l’heure semble venue de passer à une vitesse supérieure. Il convient donc de mentionner que leur choix est loin d’être aléatoire. Environ 1 250 Indiens vivent au Bénin et plus de 230 sociétés indiennes y opèrent dans le textile, la noix de cajou, le riz et le bois. D’ailleurs, pour exprimer ses intentions économiques, le dirigeant indien a atterri chez Patrice Talon, première étape de sa visite, avec plusieurs chefs d’entreprise et des accords de coopération sont annoncés. L’un d’eux porte sur la garantie des crédits à l’exportation et un autre sur l’exemption de visa, certainement pour faciliter les transactions commerciales.
Principalement, l’Inde pourrait s’intéresser à la bauxite guinéenne, l’un de ses produits-phares d’exportation et à d’autres produits miniers. En retour, la Guinée peut espérer élargir sa base d’importation du riz indien. La Gambie n’a pas grand-chose à offrir en termes d’exportation mais elle peut être utile en ravitaillement en noix de cajou. A travers ce premier pas donc, l’Inde déclare la concurrence à ses devanciers sur le marché ouest-africain. Une bataille qui sera certainement rude quand l’on sait que la République populaire de Chine a aussi annoncé les couleurs dans cette partie de l’Afrique. En tous les cas, cette «rivalité» ne peut que faire l’affaire des Africains qui auront au moins le choix de leurs partenaires, en fonction des propositions qui leur seront faites. Il faut seulement savoir prendre la bonne option en tenant surtout compte de l’intérêt des populations et non de ceux d’une poignée de puissantes personnes.
Déjà au Bénin, la guerre des clans a commencé. La visite de Ram Nath Kovind est en train de prendre une tournure purement politique. Dans l’après-midi d’hier lundi, le «visiteur» devait prononcer un discours à l’Assemblée nationale. Et dans un courrier publié dans la presse, l’ancien président Nicéphore Soglo demandait à l’orateur de rappeler aux 83 députés du camp Talon «les valeurs démocratiques qu’incarne le pays de Gandhi et de Nehru», allusion au vote du 28 avril, toujours contestée. Quant au chef de la diplomatie béninoise, Aurélien Agbenonci, il estime que ce sont les choix du président Talon qui ont rendu possible cette visite.

D. ZONGO

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