La tambouille algérienne

L’ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, vainqueur de l’élection présidentielle algérienne du 12 décembre 2019, succédera à Abdelaziz Bouteflika, contraint à la démission en avril 2019 par un mouvement populaire inédit de contestation. Selon les résultats définitifs proclamés le lundi 16 décembre 2019 à Alger par le Conseil constitutionnel, Tebboune arrive en tête avec 58,13% devant l’islamiste Abdelkader Bengrina qui a recueilli 17,37% des voix. Ali Benflis, un autre ancien Premier ministre de Bouteflika, complète le trio avec 10,55% des suffrages. On peut cependant se demander comment le nouveau président algérien va gouverner le pays, vu qu’au lendemain de sa victoire, le « Hirak »,  le mouvement contestataire, est redescendu dans la rue pour protester contre la tenue du scrutin. Une marée humaine s’est déployée dans le centre d’Alger aux cris de « vos élections ne nous concernent pas et votre président ne nous gouvernera pas ». Les marcheurs voient en l’élection de Tebboune, ex-fidèle du chef de l’Etat déchu, Bouteflika, une manœuvre du système pour se maintenir au pouvoir. Très déterminés, les protestataires ont refusé la main tendue par le nouveau chef de l’Etat lors de la première conférence de presse après son élection, préférant plutôt appeler les Algériens qui hésitent encore à rejoindre le mouvement à le faire. Pendant ce temps, du côté du pouvoir, l’on met les bouchées doubles pour la passation des charges entre Abdelmadjid Tebboune dont la victoire vient d’être validée par les sages du Conseil constitutionnel et Abdelkader Bensalah, qui assure les fonctions de chef de l’Etat par intérim depuis le 9 avril 2019. Le climat qui prévaut actuellement dans la capitale algérienne ne présage pas des lendemains meilleurs. En effet, après le refus de la perche tendue par le président aux marcheurs, certains observateurs qui suivent l’évolution de la situation en Algérie, craignent une éventuelle répression des manifestants qui s’opposent à toute idée de dialogue. Le chef d’Etat et vice-ministre de la défense, le général Gaïd Salah et ses hommes, tels qu’on les connaît, ne vont pas hésiter à opposer la force aux manifestants pour permettre à la cérémonie de prestation de serment de se tenir comme le veut la Constitution algérienne (une semaine après la validation des résultats). Le gal Gaïd Salah qui avait pesé de tout son poids pour faire partir le chef de l’Etat grabataire Bouteklika, reste sans conteste, l’homme fort de l’Algérie. Si les frondeurs ont boudé le scrutin parce que c’est leur droit, ils n’auront pas la liberté d’organiser éternellement des manifestations troubles dans le pays. Après la tenue de l’élection, c’est un devoir pour les forces de défense et de sécurité de prendre les dispositions pour faire respecter la loi. Au regard de cette situation très préoccupante, le « Hirak » et le pouvoir gagneraient à faire prévaloir l’esprit de dialogue afin de permettre au pays, un retour à l’ordre constitutionnel normal et relancer les chantiers du développement. Car les marches à répétition qui agitent le pays depuis la chute du régime Bouteflika, ont plongé l’Algérie dans une crise économique marquée par le ralentissement des affaires et le départ de nombreux investisseurs. Il appartient donc aux deux camps de faire des concessions pour espérer trouver un terrain d’entente et sauver l’essentiel. Sinon, rendre le pays ingouvernable ne sera pas profitable ni aux manifestants ni au régime en place. Après des règnes sans partage de chefs d’Etat qui ont dirigé d’une main de fer l’Algérie, il est temps pour le peuple algérien de tourner les pages sombres de son histoire et envisager l’avenir avec plus de sérénité !

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromin@yahoo.fr

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