Covid-19: Des masques en Fasodanfani pour stopper la pandémie

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Césarine Massom est une jeune entrepreneure burkinabè, promotrice de Ange Confection. Face à la propagation de la pandémie du COVID-19 au Burkina Faso, l’idée lui est venue de confectionner des masques à base de pagne tissé (Fasodanfani), vendus à « prix social ». Ce samedi 4 avril 2020, Sidwaya est allé à sa rencontre.

Face à la propagation de la maladie à coronavirus au Burkina Faso, des jeunes burkinabè n’ont cessé de libérer leur génie créateur pour imaginer des alternatives locales pour contribuer à stopper ce virus qui entend tutoyer un monde « hyper » mondialisé, « méga » sophistiqué. Césarine Massom, une jeune entrepreneure, est de ceux qui mettent leur imagination au service de la bonne cause. A la tête de Ange Confection, spécialisée dans le tissage, la confection d’habits et d’accessoires de mode et d’ameublement à base du pagne traditionnel, elle s’est lancée, depuis une semaine, dans la confection des masques à base de Fasodanfani.

Ce samedi 4 avril 2020, il est 11 heures 30 minutes, à Dassasgho, un quartier à l’Est de Ouagadougou. Même à l’ombre la canicule rappelle qu’elle est de retour, et de plus belle. Installée sous le hall de la maison familiale, devant sa machine à coudre, les yeux rivés sur l’aiguille de son outil, les pieds pédalant sans cesse, Césarine à l’air d’être talonnée par le temps qui file minute après minute. Elle est concentrée à donner forme à des masques, à partir de morceaux de pagnes tissés, préalablement coupés sur mesure.

Elle n’a pas de temps à perdre, elle a une commande de 300 masques à livrer, et elle ne veut pas rater le rendez-vous. Ainsi, depuis une semaine, elle est soumise à un rythme de travail soutenu. Elle bosse nuit et jour, pour satisfaire sa clientèle qui ne cesse de croître, jour après jour. Les clients de Ange Confection viennent de divers horizons et de toutes les couches sociales. « La demande est assez forte. Je reçois toute sorte de clients : des associations, des entreprises, des particuliers, nationaux comme expatriés. Les gens prennent soit pour  leur usage personnel, soit pour distribuer dans les quartiers, les services ou dans la rue », confie-t-elle.

« Que chacun mette du sien »

Mais d’où est venue l’idée de se lancer dans la fabrication des masques à base de Fasodanfani. Toute est parti du constat du manque des masques, aussi bien au plan national qu’international. « J’ai remarqué que les gens avaient des difficultés à trouver des masques », ajoute la conceptrice des masques en Fasodanfani. Entrepreneure dans l’âme, le but de la trouvaille n’est pourtant pas de faire de l’argent, surtout en ces temps de morosité économique.

« L’objectif est de contribuer à lutter contre la propagation de la maladie. Aujourd’hui, il y a un ralentissement de l’activité économique. La vie devient de plus en plus chère.  Pour que les choses reprennent, il faudrait que chacun mette du sien pour endiguer cette pandémie », préconise Césarine Massom. Elle en veut pour preuve de cet engagement, le prix unitaire de son produit qui est de 150 FCFA. « Il s’agit d’un prix social car on n’a pas tenu compte de tous les coûts de production des masques, notamment le pagne tissé, les accessoires, le temps de confection. L’objectif ici est de permettre à tout le monde de pouvoir s’en procurer pour se protéger et lutter contre cette pandémie qui sévit dans notre pays », argumente-t-elle. Pour la patronne de Ange Confection, cela lui donne également l’occasion de contribuer à valoriser le pagne tissé burkinabè. Et de montrer qu’à partir des ressources locales, on peut imaginer une réponse endogène appropriée à un phénomène mondial, soutient-elle.

Soutenir l’innovation

Mais qu’en est-il de la qualité de ces masques à base de pagne traditionnel ? Mademoiselle Massom, indique qu’elle y est pensée et y attache une attention particulière. « Sur conseils des techniciens de la santé, je fais de la DHN (désinfection de haut niveau). Ainsi, après confection, les masques sont mis en sachets et passés à la vapeur avant d’être livrés sur le marché », explique-t-elle.  Et d’ajouter que le masque en Fasodanfani est réutilisable à l’issue de la durée normale d’utilisation qui est de deux heures. Il suffit de le laver, le faire sécher et de le passer à la vapeur.

Aux autorités, elle demande d’apporter un soutien conséquent à toutes initiatives locales portées par les jeunes, qui regorgent d’énormes talents. Car, avec un tel accompagnement pour la modernisation et la production à grande échelle, le Burkina Faso pourrait réduire considérablement ses importations de masques. Ce qui apportera une plus-value à l’économie nationale, se convainc celle qui baigne dans l’univers du pagne traditionnel depuis sa tendre enfance.

Elle doit par ailleurs sa passion pour les métiers du pagne tissé à sa génitrice. « Moi et le pagne tissé, c’est une question d’héritage. Je suis née trouver ma mère dans le tissage », révèle-t-elle. Fidèle à son amour pour ce métier, après une maitrise en économie à l’université de Koudougou et un master 2 en audit-comptabilité à l’université Ouaga 2, Césarine Massom va ranger ses parchemins universitaires pour se consacrer à ce qu’elle « aime de plus ». C’est ainsi qu’elle va créer Ange Confection en 2015. Son rêve, c’est de mettre en place un centre de formation dédié aux métiers du Fasodanfani, pour ainsi apporter sa petite pierre à la lutte contre le chômage, notamment des jeunes filles.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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