Le Ghana à l’épreuve de son label démocratique

Les Ghanéens se sont rendus aux urnes, le lundi 7 décembre 2020 pour l’élection de leurs 275 députés et de leur président. Plus de 17 millions d’électeurs étaient attendus aux urnes pour accomplir leur droit civique. Globalement, le scrutin s’est déroulé sans incidents majeurs dans ce pays anglophone de l’Afrique de l’Ouest qui se hisse, au fil des années comme un exemple de démocratie, salué de tous. Ce scrutin qui intervient juste après la mort de Jerry Rawlings, en novembre dernier, met aux prises 12 candidats pour la conquête de la magistrature suprême.

A y voir de près, le duel est « serré » entre le président sortant, Nana Akufo-Addo et son prédécesseur, John Dramani Mahama. Ces deux challengers, respectivement porte-étendard du New patriotic party (NPP), défendu par Nana Akufo-Addo et du National democratic congress (NDC), dominent la vie politique au Ghana, depuis près de trois décennies. D’ailleurs, il s’agit du troisième affrontement entre les deux rivaux : John Mahama l’avait emporté en 2012 et Nana Akufo-Addo en 2016.

Alors que l’heure est à l’attente des résultats provisoires, le peuple ghanéen peut, d’ores et déjà, se réjouir d’avoir relevé le défi d’une campagne et d’une élection apaisées, confortant ainsi l’image du pays sur l’échiquier international. Ce, d’autant plus qu’en Afrique de l’Ouest, les crises post-électorales sont légion, avec à la clé, des pertes en vies humaines. Mais, le pays de Kwamé N’krumah saura-t-il rééditer l’exploit de ce label démocratique ? La question mérite bien d’être posée si l’on sait qu’au lendemain des élections, les deux candidats ont commencé à revendiquer chacun la victoire.

La commission électorale qui avait promis de proclamer les résultats sous 24h se mêle les pinceaux, faisant monter la tension dans le pays. On ose donc espérer que le pays va rééditer son exploit si on s’en tient à l’histoire du pays. En effet, les violences électorales sont quasi rares au Ghana et les résultats des urnes, peu contestés depuis l’instauration de sa démocratie, en 1992. Depuis cette date, le pays a déjà connu sept élections transparentes et trois alternances pacifiques. C’est donc à juste titre qu’en la matière, le Ghana soit considéré comme un exemple en Afrique de l’Ouest et serait, selon le classement 2019 de l’Economist intelligence unit, le 6e pays le plus démocratique du continent.

Autant dire que l’alternance démocratique, une chimère dans bien d’Etats africains, peut devenir une marque de fabrique dans ce pays au grand bonheur de ses concitoyens qui n’ont, de toute évidence, besoin que de la quiétude et de la paix pour mener à bien leurs activités. Et dans la mesure où tout dirigeant aspire au bien-être de ses compatriotes, l’exemple ghanéen ne devrait pas, en principe, manquer d’inspirer nombre de pays de la sous-région, qui ont mal à leur gouvernance démocratique avec des implications négatives dans la gestion des questions et des processus électoraux.

Les cas du Mali, de la Guinée Conakry et, tous récemment, de la Côte d’Ivoire illustrent, si besoin en est encore, le long chemin à faire par beaucoup de pays du continent où la notion de démocratie semble à géométrie variable pour bien des dirigeants.
Espérons qu’après les élections apaisées que le Burkina Faso vient de réussir, l’exemple du Ghana serve à irradier l’idéal démocratique dans l’espace ouest-africaine afin de permettre d’avoir des socles solides, nécessaires pour impulser son développement économique. Car, c’est à l’aune de ces acquis démocratiques qu’un Etat peut implémenter, ad vitam aeternam, une gouvernance vertueuse, gage de son développement socioéconomique.

Soumaïla BONKOUNGOU

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