Journée nationale du paysan : la sécurisation du foncier préoccupe les producteurs

L’acte fort de la 22e Journée nationale du paysan (JNP), tenue le 24 avril 2021 à Manga, a été les échanges directs entre le président du Faso et les producteurs. Les débats ont tourné autour des défis sécuritaire et sanitaire, le financement de l’agriculture et de l’élevage, la gestion des ressources forestières, hydrauliques, foncières, etc.

Le ministre en charge de l’agriculture, Salifou Ouédraogo, a promis que son département poursuivra les activités d’appui-conseil aux producteurs.

Les échanges directs entre les producteurs et le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, lors de la 22e Journée nationale du paysan (JNP) ont duré près de 5 heures d’horloge. Les préoccupations des 400 délégués venus des 45 provinces du pays, le samedi 24 avril 2021 à Manga, ont porté essentiellement sur les questions foncière, sécuritaire, financière et la préservation des ressources forestières et fauniques. Dès l’entame, les acteurs ont fait le point des recommandations issues des différents ateliers sectoriels ; Agriculture, Elevage, Environnement et Eau et des foras régionaux, tenus du 13 au 16 avril 2021.

En ce qui concerne le secteur de l’élevage, le monde rural recommande d’allouer au moins 30% des 10% du budget du secteur agricole conformément aux engagements de Malabo, de poursuivre les actions de soutien et de relèvement des entreprises en 2020, c’est-à-dire la gratuité de la vaccination, l’appui à l’alimentation des animaux, l’octroi de noyaux reproducteurs aux éleveurs et investir davantage dans la protection et la reconstitution du cheptel dans les zones d’accueil des personnes déplacées internes pour améliorer leurs conditions de vie et celle des populations hôtes.

A propos du secteur de l’agriculture, les acteurs ont suggéré d’allouer au moins 30 milliards F CFA d’ici à 2023 au Fonds de développement agricole (FDA), de prioriser les acteurs professionnels agrosylvopastoraux dans l’exécution des marchés institutionnels, à savoir la cantine scolaire, la santé, la justice, la défense, la SONAGESS… et reconnaître la Centrale d’achat des intrants et matériel
agricole (CAIMA) comme Association d’utilité publique et lui accorder des garanties pour un crédit documentaire d’au moins 50 milliards F CFA.

Concernant le secteur de l’environnement, les recommandations portent sur l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme de réhabilitation des espaces de conservation, la prise de mesures compensatrices au profit des acteurs de la faune et des acteurs de production, de transformation et de commercialisation des produits forestiers ligneux et non ligneux et la prise en compte des semences forestières améliorées et intrants de production dans la mise à disposition des intrants aux producteurs à prix subventionnés.

Une préoccupation majeure

Pour ce qui est du secteur de l’eau, il a été proposé de sécuriser les infrastructures stratégiques de mobilisation et de distribution d’eau existantes et en cours de réalisation et d’assurer la protection des cours et retenues d’eau contre la pollution, l’ensablement et
les pratiques néfastes. Réagissant aux aspects financiers, notamment la dotation du FDA et la CAIMA, le ministre en charge de l’économie et des finances, Lassané Kaboré, s’est voulu clair sur les contraintes budgétaires auxquelles fait face le gouvernement. « Compte tenu des contraintes sécuritaire et sanitaire, nous ne pouvons pas trouver de l’argent tout de suite et maintenant pour doter le FDA et la CAIMA.

Mais nous allons travailler progressivement à accroître les budgets de ces différentes structures », a-t-il expliqué. Abondant dans le même sens, le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, a précisé que les recettes du pays ont été réduits de plus de 300 milliards F CFA. Même s’il a reconnu que l’agriculture est une priorité pour le gouvernement, il a fait savoir que la question sécuritaire reste préoccupante. Tout compte fait, il a promis de mettre tout en œuvre pour continuer à doter les producteurs de matériel et des semences de qualité et en quantité pour faciliter leur travail. Le président de la Confédération paysanne du Faso, Bassiaka Dao, comme bon nombre de producteurs, a plaidé pour la sécurisation foncière en milieu rural puisque de son point de vue, le foncier est une bombe à retardement. Il a affirmé sans ambages que les promoteurs immobiliers sont en train de dépecer le Burkina Faso comme un mouton de Tabaski. Mais le ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Ville, Me Bénéwendé Stanislas Sankara, invité par le président du Faso, a apporté des éclairages sur la question. A l’entendre, il y a certes de l’incivisme foncier, mais le diagnostic opéré sur la question permet de conclure que le sujet est maîtrisé. «La maîtrise vient du fait que nous connaissons les causes du problème liées à la gestion du foncier. À titre d’exemple, 16 autres lois sont dérivées de la loi-mère qui est la Réforme agraire et foncière (RAF) de 2008. C’est la principale source de dérives dans le foncier. Ayons le courage de faire marche-arrière pour permettre à l’Etat de retrouver sa plénitude dans la gestion de la terre, garant de toutes les autres activités humaines », a-t-il argué.

La sécurité, une condition sine qua non

Me Sankara a, dans le même ordre d’idées, confié qu’un comité interministériel impliquant huit départements a été mis en place, le 19 avril dernier, pour faire des propositions de mesures conservatoires.
Aussi a-t-il rappelé que to

Le président de la CPF, Bassiaka Dao, a souhaité que l’Etat confère à sa structure le statut d’association d’utilité publique.

utes les opérations de traitement des dossiers de promotion immobilière sont suspendues depuis le 9 février 2021 jusqu’à nouvel ordre. « Même si cela va amener des grincements de dents, nous allons prendre toutes les dispositions utiles pour régler cette question du foncier », a renchéri le président du Faso.
Outre ces préoccupations, les paysans ont souhaité que le gouvernement travaille à améliorer la sécurité dans les aires protégées et pastorales, les zones de production et espaces de conservation. Ils veulent, par ailleurs, la réalisation d’unités de transformation, de comptoirs d’achat des fruits et légumes dans les zones en déficit, une meilleure répartition des projets et programmes dans le secteur agro-sylvo-pastoral, la disponibilisation des intrants à coûts réduits. Sur le volet sécuritaire, le ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Moumina Chériff Sy, a rassuré que des unités de protection des aires protégées seront déployées afin de permettre aux producteurs de pratiquer leurs activités en toute quiétude. Mieux, il a annoncé que dans la région de l’Est, le gouvernement installera bientôt un régiment d’infanterie commando pour renforcer le dispositif sécuritaire déjà déployé. Toutefois, il a fait comprendre à l’ensemble des participants que le terrorisme est une affaire de tout le monde.

A ce titre, il a souligné que les populations doivent accepter de collaborer franchement avec les Forces de défense et de sécurité. « Les terroristes qui occupent certaines forêts, écument certains villages et hameaux de cultures sont parfois connus de certains habitants de ces localités. Ils se ravitaillent en carburant et en vivres aux yeux de ces mêmes populations. Mais, personne ne pipe mot ou ne dénonce ces types de comportements aux FDS. Comment on fait ? », a lancé à l’assistance le ministre Sy pour insister sur la nécessité de coopérer avec les forces de défense et de sécurité.

Pour la question en lien avec la répartition des projets et programmes dans le secteur agro sylvo pastoral soulevée par les producteurs du Centre-Sud, le ministre de l’Agriculture, des Aménagements hydroagricoles et de la Mécanisation, Salifou Ouédraogo, a cité des initiatives majeures lancées par son département et d’autres en cours de mise en œuvre. Il s’agit de l’initiative ‘’Modèle d’exploitation agricole innovante, résiliente et performante’’ et son extension aux bas-fonds, l’Initiative cantine scolaire et l’opération une commune, un tracteur, l’initiative ‘’Produire un million de tonnes de riz paddy d’ici à 2021’’. Il a précisé que grâce à la Banque mondiale et d’autres partenaires techniques et financiers, de grands projets de plus de 50 milliards F CFA profiteront à tous les acteurs du monde rural.

La résilience, l’une des solutions pour continuer à produire

Une autre problématique, pas des moindres qui est revenue maintes fois lors des échanges est l’accès à l’eau. A ce niveau, le ministre de l’Eau et de l’Assainissement, Ousmane Nacro, invité par le président du Faso, a donné des éléments de réponses sur l’ensemble des actions menées par son département pour renforcer les infrastructures de conservation de l’eau. A titre d’exemple, dans la région du Centre-Nord, il a soutenu que les travaux de réhabilitation du lac Bam sont en cours avec un taux d’exécution de plus de 50%. Les études de faisabilité du lac Dem sont disponibles et les travaux sont prévus pour être réalisés sur la période 2021-2025, foi du ministre Nacro. Pour ce qui est de la région du Centre-Ouest, Ousmane Nacro a annoncé le démarrage en 2022 des travaux de construction du barrage de Niangdo dans la commune de Poa. Dans le Plateau central, il a révélé que trois barrages ont été réalisés dans les villages de Kouldisgou, Taba et Pougma dans le Ganzourgou. Répondant à une préoccupation d’un producteur de Niou, le ministre a informé que le marché du barrage de la commune de Niou a été résilié pour cause de défaillance de l’entreprise. Par contre, Ousmane Nacro a assuré du démarrage des travaux de réhabilitation des barrages de Nagréongo et d’Absouya pour renforcer la capacité du barrage de Ziga.

A la fin des échanges, Roch Marc Christian Kaboré a dit toute sa satisfaction de cette journée, au regard de la qualité des documents de synthèse des travaux et des interventions.
Pour lui, le thème de cette édition de la JNP : « Impacts socio-économiques des crises sécuritaire et sanitaire sur les secteurs productifs du monde rural : quelles stratégies de résilience ? », appelle à trouver des stratégies pour s’adapter à la situation et aux circonstances afin de continuer à investir dans des secteurs porteurs au bonheur des populations. En attendant, il a instruit les ministres en charge du développement rural à prendre les dispositions nécessaires pour une mise en œuvre effective
des différentes recommandations.

 Gaspard BAYALA

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