Sécurité nationale : quelle approche pour plus d’efficience ?

Les incessantes attaques terroristes auxquelles le Burkina Faso est confronté depuis 2015 ont amené le pays à se doter d’une politique de sécurité nationale dont l’élaboration a été inclusive. Ce document vient combler un grand vide juridique. Il faut maintenant réunir les conditions nécessaires de son opérationnalisation. Le temps presse. Les terroristes doivent être boutés hors du pays. Les fils et filles du Burkina Faso, réconciliés et animés d’une même fibre patriotique, doivent œuvrer résolument pour un avenir radieux du pays.

« Faire du Burkina Faso à l’horizon 2050, une nation paisible, stable, unie et prospère, qui garantit une protection optimale de ses intérêts fondamentaux, assure la sécurité de ses institutions et promeut la sécurité humaine de ses citoyens ». Telle est la vision de la politique de sécurité nationale. La matérialisation de cette vision repose sur 03 conditions : un État stable qui assume pleinement ses obligations régaliennes, une sécurité humaine satisfaisante pour les générations présentes et futures, une protection optimale des intérêts fondamentaux de la Nation.

La sécurité nationale prend en compte d’une part l’ensemble des menaces militaires et non militaires, des risques susceptibles d’affecter la vie de la nation, notamment en ce qui concerne la sécurité humaine, l’intégrité du territoire, la sécurité et la permanence des institutions, d’autre part la détermination des réponses que les pouvoirs publics doivent apporter à travers des stratégies cohérentes et holistiques. Comme cela transparait, la mise en œuvre de la sécurité nationale doit être gouvernée par les principes de cohérence, de coordination, de coopération, de redevabilité, de complémentarité, de légalité, d’inclusion et du respect du genre.

La sécurité nationale est en effet un savant dosage entre domaines régaliens et domaines concourants. Par domaines régaliens, il faut entendre tous ceux qui relèvent de la souveraineté de l’État et qui sont essentiels à sa survie. Il en est ainsi de la Défense, de la Sécurité Intérieure, de l’administration du territoire, de la diplomatie, de la justice, de la gouvernance politique et de la gouvernance économique. Les domaines concourants recouvrent quant à eux, la sécurité humaine, la culture, la santé, l’environnement, l’éducation nationale et la recherche et tous les autres secteurs de développement.

Des réponses structurelles et durables aux défis actuels et futurs

Les défis auxquels le Burkina Faso est confronté sont immenses dans chacun de ces secteurs. Il faut donc des réponses structurelles et durables. Il convient en ce sens de mettre en place un cadre normatif de la sécurité nationale. Ce corpus de textes législatifs et règlementaires pourra contenir des dispositions relatives à l’organisation générale de la Défense, à l’organisation générale de la Sécurité intérieure, à la règlementation générale du renseignement, à l’organisation de la cybersécurité, aux stratégies sectorielles et spécifiques de la sécurité nationale.

Toujours sur le plan de la structuration, il faut songer à mettre en place des organes de gouvernance de la sécurité nationale qui pourront comporter des organes centraux et des organes d’aide à la décision. Au regard de leurs missions et de leur action sur le terrain, l’Agence nationale de renseignements, le Centre national d’études stratégiques, le Centre national pour la coordination du mécanisme d’alerte précoce et de réponse, le Centre national de planification, de prévention et de gestion des crises pourraient figurer parmi ces organes d’aide à la décision.

En plus des structures dont le rôle n’est plus à démontrer chaque citoyen doit faire sienne les valeurs républicaines de primauté du droit, de tolérance, d’ouverture au monde et de rejet de la violence. Face aux défis transverses que sont les catastrophes naturelles, les épidémies, les cybermenaces et, bien entendu, le terrorisme, le concept de sécurité nationale apparaît ainsi d’une grande utilité. Il permet tout d’abord de marquer qu’il ne s’agit pas seulement pour la nation de gérer les risques et menaces militaires traditionnelles relevant de la seule défense nationale. La sécurité de la nation n’est plus la seule affaire des FDS. Elle relève d’une nécessité plus globale qui doit mobiliser l’ensemble des forces de l’État, bien au-delà des ministères de la Défense et de la Sécurité. Chaque Burkinabè doit s’en convaincre et agir comme véritable sentinelle pour la sécurité individuelle et collective.

Jérémie Yisso BATIONO
Enseignant Chercheur
Ouagadougou

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