Privilégier la stabilité du Maghreb

Le torchon brûle entre le Maroc et l’Algérie depuis la fin du mois d’août dernier. L’Algérie a annoncé en mi-août la rupture des relations diplomatiques avec son voisin, accusant celui-ci « d’actions hostiles » à son égard. En effet, Alger voit la main du royaume chérifien derrière les incendies meurtriers qui ont ravagé une de ses régions, la Kabylie, au début du mois d’août, ayant fait plus de 90 morts. Si ces incidents ont été l’argument- phare avancé par l’Algérie pour geler ses relations avec son voisin, il n’en demeure pas moins que les vraies raisons de leur désamour sont à rechercher ailleurs. Le Maroc n’a jamais cautionné le soutien de l’Algérie aux indépendantistes du Front polisario depuis le départ de l’Espagne, l’ancienne puissance coloniale, en 1975.

Le royaume, qui contrôle près de 80% de ce vaste territoire, riche en phosphates et avec de fortes ressources maritimes, propose un plan d’autonomie mais sous sa souveraineté. Une proposition rejetée par le Front polisario, le mouvement séparatiste de la zone qui a proclamé la République arabe sahraouie démocratique en 1976. Depuis lors, les indépendantistes continuent de réclamer, avec le soutien de l’Algérie, la tenue d’un référendum prévu par l’ONU au moment de la signature d’un cessez-le-feu entre les belligérants en 1991. Toutes les tentatives de règlement du conflit ont échoué et le Maroc considère l’Algérie comme un adversaire dans ce dossier. Autre dissension entre les deux pays de l’Afrique du Nord, la question des séparatistes de la Kabylie. Rabat est soupçonné par Alger de soutenir le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). Il en veut pour preuve les positions de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU au cours d’une réunion du mouvement des non-alignés en juillet à New York. Le diplomate marocain avait laissé entendre que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination».

A cette brouille diplomatique, s’ajoutent les révélations liées au scandale Pegasus, le logiciel d’espionnage d’une société israélienne mis au service de divers Etats. Selon certaines sources, des numéros de téléphone de certains hauts responsables politiques et militaires algériens ont été recensés comme cibles potentielles. Dans cette affaire, l’Algérie pointe du doigt son voisin marocain et promet l’élucider à travers une enquête. Outre cette polémique, Alger ne voit pas d’un bon œil la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. De son côté, le Maroc voit en mal le rapprochement entre l’Algérie et l’Iran. Toutes ces tensions ont certainement conduit à dégrader les relations entre les deux pays. Face à une telle situation, près de 250 personnes, membres de la société civile ou de simples citoyens de plusieurs pays ont décidé de jouer le bon samaritain. Ils ont signé le lundi dernier une lettre ouverte pour inviter, depuis la Tunisie, les dirigeants des deux pays à mettre fin à l’escalade. Un conflit entre ces deux géants du Nord de l’Afrique aura sans nul doute un effet dévastateur dans le Maghreb mais aussi sur l’ensemble du continent africain. Vivement que cet appel soit entendu des deux côtés, car la stabilité de la sous-région passe avant tout autre intérêt.

Abdoulaye BALBONE

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