COVID-19 et perspectives économiques : Mauvais temps pour la croissance mondiale

Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, la COVID-19 a fait monter la dette mondiale totale à son niveau record en 50 ans, avec un risque majeur de compromettre les futurs efforts d’allégement de la dette.

La Banque mondiale a publié en ce début d’année son dernier rapport « Perspectives économiques mondiales » pour les deux prochaines années. A la bonne nouvelle de la reprise économique de 2021 dans nombre de pays, se greffent les mauvaises nouvelles. Il s’agit du « ralentissement prononcé » de la croissance mondiale marquée par des déséquilibres macroéconomiques sans précédent, des inégalités croissantes des revenus entre et au sein des pays avec en toile de fond le recul des progrès en matière de lutte contre la pauvreté, l’« incertitude exceptionnelle » que traverse le monde du fait de l’émergence de la variante Omicron de la COVID-19.

Après un fort rebond en 2021, l’économie mondiale entre dans une phase de ralentissement prononcé dans un contexte marqué par la menace de nouveaux variants de la COVID-19 et une montée de l’inflation, de la dette et des inégalités de revenus qui pourraient mettre en péril la reprise dans les économies émergentes et en développement. Telle est la conclusion du dernier rapport du Groupe de la Banque mondiale, « Perspectives économiques mondiales », de janvier 2022.

Selon ce rapport, la croissance mondiale devrait ralentir sensiblement, pour s’établir à 4,1 % en 2022 et à 3,2 % en 2023, contre 5,5 % en 2021 ; avec une reprise économique qui sera plus difficile à mettre en œuvre que par le passé.

Il ressort que ce ralentissement économique va connaitre des taux de croissance disparates selon les régions, notamment entre économies avancées et économies émergentes et en développement. En effet, dans les économies avancées, les taux de croissance vont connaitre une baisse, passant de 5 % en 2021 à 3,8 % en 2022 et 2,3 % en 2023.

Dans les pays émergents et en développement, la croissance devrait reculer de 6,3 % en 2021 à 4,6 % en 2022 et 4,4 % en 2023. Quant au Burkina Faso, son taux de croissance s’établira à 5,6% en 2022 et à 5,3% en 2023, alors qu’il était de 5,7 en 2019, 1,9% en 2020 et de 6,7% en 2021, selon les estimations de la Banque mondiale.

Si à l’échelle mondiale, cette lente reprise ne sera pas suffisante pour rétablir les niveaux de production et d’investissement aux tendances observées avant la pandémie, d’ici à 2023, elle va néanmoins permettre aux pays développés de retrouver totalement leur niveau de production pré-COVID ; tandis que la performance des économies émergentes et en développement restera inférieure de 4 % à leur tendance pré-COVID, indique le rapport.

Pire, le recul sera plus important dans de nombreux pays moins avancés : la production des économies fragiles et touchées par un conflit et celle des petits Etats insulaires seront inférieures de respectivement 7,5 % et 8,5 % à leur tendance pré-COVID.

Inflation record

Au niveau macroéconomique, la montée de l’inflation avec des niveaux records, en plus de frapper sévèrement les travailleurs à faible revenu, entrave les mesures de politique monétaire.

A l’échelle mondiale et dans les économies avancées, l’inflation est à son plus haut niveau depuis 2008, tandis que dans les économies émergentes et en développement, elle est à un niveau record depuis 2011. Dans l’objectif de contenir ces pressions inflationnistes, nombre de pays émergents et en développement retirent leurs mesures de soutien à la relance, dans un contexte où la reprise économique est encore loin d’être acquise, constate le rapport de la Banque mondiale.

« Les services, le tourisme et le secteur manufacturier ont été particulièrement touchés par la pandémie, avec des pertes prolongées de revenus et d’emplois, tandis que l’inflation a freiné la reprise des dépenses de consommation.

La montée de l’agitation sociale, de l’insécurité et des conflits internes, notamment dans la région du Sahel (Burkina Faso, Nord-Est du Nigéria, Niger, Mali, Mauritanie et Tchad) et en Ethiopie, a entravé les dépenses d’investissement », souligne les rapporteurs à propos de l’Afrique subsaharienne.

Autre phénomène macroéconomique engendré par la crise sanitaire est l’augmentation de la dette publique à l’échelle mondiale et la perte de recettes budgétaires, qui ont encore réduit la marge de manœuvre pour soutenir la reprise, notamment dans la région Afrique. En effet, les dernières « Perspectives économiques mondiales » soulignent que la COVID-19 a fait monter la dette mondiale totale à son niveau record en 50 ans, sur fond de complexité croissante de la composition des créanciers ; avec un risque majeur de compromettre les futurs efforts d’allégement de la dette.

La Banque mondiale, à travers son rapport, s’est également intéressée aux répercussions des fortes fluctuations des prix des produits de base pour les économies émergentes et en développement, dont la plupart dépendent fortement des exportations de matières premières. Ces fluctuations cycliques ont été particulièrement intenses au cours des deux dernières années, au contraire de l’effondrement des prix enregistré à la première année de la COVID-19.

Autre distorsion consignée dans les dernières perspectives économiques mondiales est l’impact de la maladie à coronavirus sur la montée des inégalités dans le monde ; avec pour conséquence, un recul des progrès obtenus depuis deux décennies.

Risque de montée des tensions sociales

Selon le rapport, la crise sanitaire liée à la pandémie de la COVID-19 a accentué les inégalités dans de nombreux domaines touchant au développement humain, notamment en matière de disponibilité des vaccins, de croissance économique, d’accès à l’éducation et aux soins de santé ; et de pertes d’emplois et de revenus, les femmes et les travailleurs peu qualifiés et informels ayant été plus durement touchés.

Dans plus d’un tiers des pays de l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigéria y compris, le revenu par habitant en 2022 restera inférieur au niveau d’il y a dix ans. En outre, cette hausse des inégalités pourrait laisser des séquelles durables, les pertes de capital humain causées notamment par les perturbations dans l’éducation pouvant se répercuter sur plusieurs générations.

Aussi, avec un risque accru de la volatilité des prix des produits de base du fait des dérèglements climatiques et des contraintes en matière d’approvisionnement, les tensions sociales pourraient augmenter sous l’effet de la hausse des inégalités due à la pandémie, expliquent les rapporteurs. Sans oublier, mentionne le dernier rapport de la Banque mondiale, que les faibles taux de vaccination contre la COVID-19 exposent les pays de la région Afrique à une résurgence et une aggravation des vagues épidémiques, ce qui pourrait ébranler à nouveau l’activité économique.

Source: Rapport Banque mondiale.janvier 2022

Conséquence, la prolongation de la pandémie risque d’exacerber les problèmes de développement et de santé existants sur le continent africain, d’enrayer ses réformes structurelles et budgétaires et d’entraîner des pertes de capital humain durables. Mais tout n’est pas sombre, laisse entrevoir le rapport de la Banque mondiale. « La bonne nouvelle est que la production de nombreux pays a rebondi en 2021 après une forte baisse en 2020. Les économies avancées et de nombreux pays à revenu intermédiaire ont atteint des taux de vaccination substantiels.

Le commerce international a repris et les prix élevés des produits de base profitent à de nombreux pays en développement. Les crises financières intérieures et les restructurations de la dette extérieure ont été moins fréquentes qu’on aurait pu s’y attendre en période de graves chocs mondiaux », souligne le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass. En ce qui concerne les pays émergents et en développement, la dynamique de la hausse des prix des produits de base pourrait donc leur être profitable à plus d’un titre.

Accélérer l’allègement de la dette des pays pauvres

L’analyse fait d’ailleurs remarquer que l’ampleur des phases de boom, depuis les années 70, a en général été plus importante que celle des phases de chute des cours. Ce constat offre des perspectives considérables de croissance plus soutenue et durable dans les pays exportateurs de matières premières ; mais à condition d’adopter des politiques rigoureuses en période de hausse des prix pour tirer parti de cette manne.

« Face à ce mélange de nouvelles encourageantes et troublantes, il est clair que des temps difficiles s’annoncent pour l’économie mondiale, et en particulier pour les pays en développement, alors que la relance économique ralentit et que les conditions de crédit se resserrent. Placer davantage de pays sur une trajectoire de croissance favorable nécessitera une action internationale concertée et un ensemble complet de réponses politiques nationales », préconise le président Malpass.

Pour ce faire et pour mieux juguler les risques de résurgence générale de la pandémie, de nouvelles perturbations de l’offre, de désencrage des anticipations d’inflation, des tensions financières imprévues et la survenue de catastrophes climatiques qui pèsent sur les perspectives de croissance mondiale, il importe, surtout pour les économies émergentes et en développement, de mener des réformes visant à atténuer leurs vulnérabilités aux chocs sur les cours des produits de base, réduire les inégalités et à améliorer la préparation aux crises.

Pour atténuer l’augmentation des inégalités mondiales, M. Malpass invite à des actions concertées au niveau international pour la mobilisation des ressources extérieures et l’accélération des efforts d’allègement de la dette. « La récente reconstitution de 93 milliards de dollars de l’Association internationale de développement (IDA) — le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres—est une étape clé à cet égard.

Des progrès supplémentaires sont toutefois nécessaires dans la mise en œuvre du cadre commun du G20 pour la restructuration de la dette des pays à faible revenu en difficulté. Rien qu’en 2022, environ 35 milliards de dollars de paiements au titre du service de la dette bilatérale et privée deviendront exigibles sur la dette publique et à garantie publique des pays IDA.

Compte tenu de ce fardeau, les pays vulnérables auront de plus en plus de mal à soutenir la reprise ou à orienter les ressources vers la santé, l’éducation, la protection sociale et le climat », préconise-t-il.

Miser sur le numérique

Ce qui demande donc un effort d’ajustement de leurs politiques budgétaires et monétaires, devant se solder par des mesures de renforcement des investissements, du capital humain, de réduction des inégalités de revenus et de genre et de lutte contre les effets du changement climatique.

« Pour permettre les dépenses sociales tout en investissant davantage dans les infrastructures, l’adaptation au climat et l’énergie propre, il faudra un examen minutieux et une hiérarchisation des dépenses publiques, des subventions et des mesures visant à élargir l’assiette fiscale. Il sera tout aussi important de renforcer les systèmes financiers et de restructurer la dette pour étaler les remboursements et réduire les risques de change », précise David Malpass.

Une attention soutenue à la sécurité alimentaire notamment dans les pays fragiles et touchés par des conflits, l’accès à l’eau potable et une meilleure nutrition constituent également des actions essentielles pour réduire le retard de croissance, poursuit-il. Pour le patron de la Banque Mondiale, certaines des mesures les plus importantes pour contenir les inégalités et renforcer les systèmes de protection sociale et les services de santé et d’éducation peuvent provenir de la croissance intérieure, de l’innovation, de la révolution numérique, à travers notamment des initiatives de e-administration qui pourront faciliter l’accès aux services publics pour les pauvres et encourager les entrepreneurs.

En dernier ressort, la communauté internationale doit réaliser d’énormes progrès en matière d’accès universel au vaccin contre la maladie à coronavirus, nécessaires pour restaurer la mobilité et surmonter les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. « Début 2022, l’offre de vaccins augmente sensiblement, mais les nouvelles variantes et les goulots d’étranglement du déploiement des vaccins restent des obstacles majeurs, ce qui fait que l’incertitude sur la santé persistera longtemps dans l’avenir », prévient le président de la Banque mondiale.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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