Ecoulement du pagne tissé : Un casse-tête pour les tisseuses

Pour la présidente de la CMA-BF, Germaine Compaoré, l’insécurité a porté un coup à la filière tissage.

Le tissage est devenu l’une des activités principales des femmes au Burkina Faso. Individuellement ou en association, des milliers de femmes s’adonnent à cette activité qui a connu un développement ces dernières années grâce à certaines mesures prises par le gouvernement. Toutefois, des difficultés subsistent dans le secteur, notamment les problèmes d’écoulement des produits.

L’art du tissage du coton est ancien au Burkina Faso. A l’origine, les tisserands étaient des hommes mais depuis quelques décennies, le visage du tissage au pays des Hommes intègres est devenu féminin. Regroupées en association ou individuellement, des milliers de femmes des zones urbaines et rurales s’adonnent à cette activité qui est pour la plupart la principale source de revenus.

Depuis quelques années, les produits issus de cette activité connaissent un regain d’intérêt tant au plan national qu’international grâce aux différentes mesures de promotion de la filière mises en place par le gouvernement. Il s’agit notamment des subventions accordées aux différentes associations de tisseuses, du port des tenues traditionnelles par les membres du gouvernement, de la labellisation du faso danfani, etc.

Toutes ces mesures ont permis de développer la filière pour en faire une véritable source de revenus pour de nombreux ménages. Cependant, force est de constater que quelques difficultés subsistent. Il s’agit notamment de l’écoulement des produits qui constitue un casse-tête chinois pour les productrices. En effet, si les différentes mesures mises en place par les autorités ont permis d’accroitre la production et d’améliorer sa qualité, les produits issus du tissage peinent cependant à être évacués par les acteurs.

Pour la présidente de la Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina Faso, Germaine Compaoré/Bonkoungou, par ailleurs secrétaire générale de la fédération nationale des tisseuses du Burkina et présidente de l’association des tiseuses Teega-wendé, ce problème est réel et touche la plupart des acteurs de la filière. A titre d’exemple, elle a noté que depuis quelques années, la célébration de la Journée internationale des droits de la femme constitue une occasion pour les tisseuses d’augmenter leurs chiffres d’affaires grâce à la commercialisation du pagne tissé du 8-Mars.

« Habituellement, grâce à mon association et à mon entreprise spécialisée dans la commercialisation du faso danfani, je pouvais vendre plus de 27 000 pagnes tissés en une édition. Mais cette année, je ne suis même pas sûr de vendre 10 000 pagnes », a-t-elle déploré. La situation nationale pointée du doigt Pour la responsable de l’association Teega-wendé, plusieurs raisons sont à l’origine du non engouement des femmes pour le pagne tissé de 2022.

« Beaucoup de structures n’ont pas demandé parce qu’il n’y a pas de logo ni de thème sur les pagnes tissés de cette année. Pourtant eux ils sont dans la dynamique d’accompagner le pagne par un message », a-t-elle indiqué. Une autre raison qui pourrait expliquer la mévente du pagne tissé selon Mme Compaoré est l’incertitude qui plane sur la célébration de cette année. « Compte tenu de la situation nationale et du fait qu’il n’y a actuellement pas de ministère de tutelle, beaucoup de femmes se demandent s’il y aura une célébration nationale cette année.

Au vu donc de ces différentes incertitudes, elles n’ont pas acheté le pagne », a-t-elle déploré. C’est sans doute cette incertitude autour de la célébration de la Journée internationale des droits de la femme au Burkina et les faibles recettes enregistrées lors de la dernière édition qui ont conduit les responsables de la boutique « Palais de la Sap » sise à Paglayiri à ne pas commander le pagne tissé de cette année. « Les pagnes de l’année passée sont toujours là et personne ne veut encore.

Cette année, nous avons décidé de ne même pas en prendre », a confié Mounira Naré gérante de la boutique. De ce qu’elle a dit, les pagnes traditionnels actuellement qu’ils soient du 8-Mars ou d’autres motifs, manquent d’acheteurs. « Je peux faire une semaine sans vendre un seul pagne », a-t-elle déploré. Essayant de donner des explications à cette situation, Mme Compaoré a noté que la plus importante est l’insécurité qui mine le pays.

En effet, a-t-elle regretté, la situation sécuritaire a occasionné l’annulation ou le report de certaines festivités telles que le Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO) qui est destiné à la promotion de l’artisanat au Burkina. Des opportunités fermées De l’avis de Mme Compaoré, ces festivités constituaient de très bonnes occasions d’écoulement pour les productrices dans la mesure où elles réunissent pas mal de monde et surtout des étrangers.

Par ailleurs, ces rencontres étaient également des opportunités pour les commerçants d’agrandir leurs carnets d’adresses. « Mais s’il n’y a plus tout cela, c’est difficile », a-t-elle déploré. Par ailleurs, l’insécurité a entrainé une baisse du nombre de touristes au Burkina Faso. Ces touristes constituaient pourtant de potentiels clients pour les tisseuses dans la mesure où chacun, de passage au pays des Hommes intègres, mettait tout en œuvre pour repartir avec un pagne faso danfani, identité culturelle du pays.

A l’insécurité, la présidente de la CMA-BF a ajouté le manque de moyens pour prendre part à certaines foires régionales et internationales telles que la Foire internationale de Dakar (FIDAK) au Sénégal. « Lorsqu’il y a ce genre de foire, ce sont très souvent des représentants des directions et services rattachés à l’artisanat qui y prennent part pour le compte du Burkina » a-t-elle déploré notant que les acteurs eux-mêmes n’ont pas toujours les moyens d’y aller.

« Habituellement, le stand à lui seul s’achète à environ 800 000 FCFA sans compter le transport. Sans soutien, il est difficile pour une tisseuse d’y aller de son propre chef. Pourtant, c’est à travers ce genre d’activité qu’elle peut arriver à écouler facilement ses produits », a-t-elle estimé. Mme Compaoré a donc plaidé pour que des mesures d’accompagnement soient prises en faveur des organisations de tisseuses afin qu’elles puissent prendre part à ce type de foires.

« Lorsqu’il y a le SIAO, la SNC, etc, les délégations étrangères se mobilisent pour venir mais quand elles organisent leurs salons, les artisans burkinabè n’y sont jamais assez représentés. Ce n’est pas bien vu et il y a lieu qu’on travaille à corriger cela », a-t-elle plaidé. La présidente de la CMA-BF a par ailleurs invité les nouvelles autorités à poursuivre la dynamique de promotion engagée par le gouvernement afin de combler les lacunes et développer davantage le secteur.

Nadège YAMEOGO

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