Dr Jacob Sanou, maître de recherche en agronomie à la retraite: « Ma plus grande satisfaction, c’est d’avoir vu le Président Ibrahim Traoré dans un champ de blé »

« Mon ambition est de travailler à ce que chacun puisse manger à sa faim ».

Maître de recherche en agronomie, amélioration des plantes, à la retraite depuis le 18 février 2024, Dr Jacob Sanou est l’actuel recteur de l’université Aube nouvelle de Bobo-Dioulasso. Sélectionneur de plusieurs variétés de céréales et de plantes fruitières, ce passionné d’agriculture a passé près de 40 ans à travailler à l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire au Burkina. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le 15 juillet 2025, dans la cité de Sya, cet homme discret mais chevronné lève un coin du voile sur son parcours professionnel, les résultats de ses recherches ainsi que d’autres projets qui lui tiennent à cœur.

Carrefour africain (C.A.) : Quels sont les postes que vous avez occupés dans l’administration publique ?

Jacob Sanou (J.S.) : Après mon intégration à la Fonction publique en 1986, j’ai été affecté au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) qui m’a envoyé à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) de Bobo- Dioulasso comme ingénieur de recherche. Le premier poste que j’ai occupé est celui de responsable de la section maïs du programme Sorgho- mil-maïs (SOMIMA), dont l’objectif était de développer le maïs et de créer des variétés qui allaient conduire le Burkina Faso vers une autosuffisance alimentaire.

Le deuxième poste a été celui de chef de programme, un programme qui s’occupe de plusieurs sections. J’ai occupé ce poste en 2000, parce qu’il était réservé à des chercheurs seniors. Avant que je ne passe d’ingénieur à attaché de recherche et à chargé de recherche, je ne pouvais pas être nommé chef de programme. Le troisième poste a été administratif et de gestion. J’ai été nommé chef du centre de recherches de Farakobâ, où j’avais à charge de gérer et l’administration et mon programme, puisqu’on ne m’avait pas trouvé de remplaçant. Cela a été le début d’une carrière administrative et de gestion qui m’a amené à être aussi directeur du centre deux fois. Donc de 2006 jusqu’en 2016, soit 11 ans à peu près, j’ai géré la station de Farakobâ. Mais  la  direction  régionale  de  l’Ouest  de  l’INERA  couvrait  à l’époque les régions des Cascades, de la Boucle du Mouhoun, du Sud- Ouest et des Hauts-Bassins.

C.A. : Vous avez aussi été directeur régional chargé de l’enseignement supérieur dans les Hauts-Bassins…

J.S. : Oui. Ça, c’est après que j’ai quitté en 2016 le poste de directeur du centre. J’ai dû faire six mois à peu près et le ministère m’a proposé la direction régionale de l’enseignement supérieur des Hauts- Bassins, qui couvrait à la fois les Hauts-Bassins, le Sud-Ouest et la Boucle du Mouhoun. C’est de là que je vais prendre ma retraite le 18 février 2024. Pour le programme de recherche à l’INERA, on l’a fait passer de SOMIMA à SOMIMAF, le F étant le fonio qu’on a ajouté. Et comme on rajoutait beaucoup de plantes, on l’a finalement appelé Programme céréales traditionnelles.

Il s’occupait de toutes les céréales, sauf le riz qui était un programme à part. Par la suite, j’ai fait évoluer ce programme en lui rajoutant le blé parce que dans l’évolution des pays, la démographie suit l’alimentaire. Quand on est un peuple en expansion, on mange beaucoup de sorgho et de maïs. Lorsqu’on commence à être un peu riche, on cherche la pomme de terre, les pâtes alimentaires, etc. Donc, j’ai ramené le blé dans le programme, même s’il n’est pas traditionnel chez nous.

C.A. : Qu’est-ce qui vous a particulièrement motivé à vous investir dans la recherche scientifique ?

J.S. : Ce qui m’a vraiment motivé, c’est de travailler à ce que chacun puisse manger à sa faim. Et ça, je peux dire que c’est quelque chose qui m’a piqué depuis la classe de CM1. C’est vrai qu’à l’époque, je ne mangeais pas toujours à ma faim, parce que ce n’est pas tout le temps qu’on gagnait les trois repas par jour. D’ailleurs, on ne parlait même pas de trois repas mais du repas principal à midi qui était fait surtout de «tô» (pâte de mil) et ce n’est que les jours de fête qu’on avait le riz. Depuis ce temps, je me suis dit qu’il faudrait vraiment qu’à la fois mes enfants et ceux des autres n’aient pas faim. La première réaction que j’ai eue, c’est de me dire qu’il ne faut pas redoubler à l’école, au risque d’avoir beaucoup faim. Parce que vous pouvez arriver de l’école à midi et il n’y a pas à manger.

Nous, on s’arrangeait pour avoir la clé du magasin. On remplissait nos poches de petit mil ou de sorgho qu’on partait manger. J’ai étudié au quartier Tounouma de Bobo- Dioulasso de la Sixième en Terminale. Les autres étaient à l’internat et le restaurant n’était pas accessible aux externes. Donc à midi, je rentrais à la maison pour manger. Quand tu arrives et que le repas n’est pas prêt, il faut croquer le mil avant de retourner à l’école. Je me suis dit qu’il ne faut pas que ça continue avec le temps. Dans les années 1978-1979, j’étais à l’école primaire et ce n’était pas facile. Mon papa était militaire mais les salaires n’étaient pas consistants. J’ai eu comme une lueur d’espoir de dire que si j’embrasse l’agriculture, au moins, je n’aurai pas faim. Voici ce qui m’a motivé à aller vers l’agriculture et ensuite la recherche.

« Nous avons fait passer le rendement du maïs de 900 kg à 12 tonnes à l’hectare ».

Effectivement, j’ai fini mes classes  sans jamais avoir redoublé. J’ai commencé le primaire à Ouagadougou et terminé à Bobo- Dioulasso. Au CM1, notre instituteur faisait des sorties tous les weekends avec nous dans des vergers et chez les maraîchers à Péni. A chaque fois qu’on revenait, il nous disait de faire une rédaction. Un jour, il nous a amenés dans une autre ferme à Kodéni. Et là, il y avait différentes variétés de fruits, un élevage de poules et d’autres animaux, du fourrage cultivé, etc. Le titre de la rédaction était : votre métier à la fin de votre école. Et j’ai dit que je veux être agriculteur. Cela m’a habité jusqu’en Terminale. Comme après le Baccalauréat, il fallait  obligatoirement  choisir  un métier et une filière, quand les inspecteurs qui orientaient les bacheliers sont arrivés, je suis resté sur mon mot : je veux être agriculteur. Quand j’ai prononcé cette phrase, dans la classe, tout le monde a ri.

A l’époque, quand tes parents voulaient te punir, ils disaient qu’ils allaient t’envoyer au village pour cultiver. Et là, les inspecteurs m’ont dit que le terme approprié n’est pas « agriculteur » mais plutôt « ingénieur ». Après le Bac, j’ai été à l’Institut supérieur polytechnique (ISP) de l’université de Ouagadougou en 1981 et je suis sorti en 1985. On a fait un long stage de 12 mois à l’INERA, sous la révolution du Président Thomas Sankara. L’INERA m’a retenu pour faire la production sur le maïs. C’est à l’issue de ce stage, qu’on m’a affecté à Farakobâ, à Bobo- Dioulasso. Jusqu’à ma retraite, je n’ai plus bougé de Farakobâ, sauf pour aller faire de petites formations ou le doctorat.

C.A. :Vous êtes devenu sélectionneur de plusieurs variétés de céréales et de plantes fruitières. En quoi consiste concrètement le travail de sélectionneur ?

J.S. : Le travail de sélectionneur est très captivant. Il est basé sur la génétique. Quand vous obtenez une formation solide en génétique et en amélioration des plantes, vous pouvez toucher à toutes les espèces végétales parce que le principe de base, c’est l’ADN, le gène. Celui qui sait suivre les gènes dans une plante peut décider d’isoler certains gènes et les regrouper dans ce qu’on appelle une variété et isoler d’autres gènes dans d’autres variétés. Et le travail du sélectionneur, c’est juste de pouvoir sélectionner dans une variété, des sous-types homogènes et rentables surtout pour les utilisateurs. Si vous sélectionnez et que ce n’est pas rentable, ça n’a aucun intérêt. J’ai vraiment pris à cœur ce métier et je me suis donné à fond dans la formation, parce que l’ambition de départ m’habite jusqu’à présent : manger à ma faim et faire manger mon peuple à sa faim.

Et c’est pour ça que j’ai travaillé sur le maïs. Normalement, chacun fait une carrière sur une plante. En 1998 déjà, j’ai eu un prix du ministère en charge de l’agriculture pour l’atteinte de la sécurité alimentaire avec le maïs. C’était lors d’un forum de la recherche scientifique. Maintenant, on est autosuffisant pour le maïs, mais est-ce qu’on l’est pour d’autres cultures ? C’est pourquoi, j’ai commencé à travailler sur diverses cultures que je pensais complémentaires pour les consommateurs de maïs. Il y avait des équipes qui travaillaient sur le sorgho, d’autres sur le mil ou le fonio. Je ne pouvais pas aller sur ce terrain. Alors, j’ai choisi de travailler sur des plantes que les gens négligeaient, notamment l’oseille. Avec mes étudiants que j’encadrais, nous avons collecté près de 600 échantillons dans plusieurs localités du pays. Et j’ai appliqué la sélection basée sur différents caractères. On a retenu 345 variétés différentes d’oseille et j’ai ressorti celles qui avaient le plus d’avenir économique : les oseilles rouges. Les Sénégalais les appellent bissap. Nous avons créé des variétés spécifiques à nous. Du Mali jusqu’en Guinée, ce sont nos variétés  d’oseille  qu’on  utilise.

Après le maïs, c’est dans ce domaine que j’ai excellé. Ensuite, j’ai abordé la pomme de terre pour la remettre en activité. Parce que dans les années 1990, l’INERA avait arrêté de travailler sur ça. Puisqu’il n’y avait pas quelqu’un là-dessus. Et j’ai créé et sélectionné une douzaine de variétés qui ont été mises au catalogue. Cela a permis de relancer la culture de la pomme de terre. C’est le tubercule le plus simple. Si vous le faites bouillir, avec ou sans sel, c’est un aliment complet. Mais je suis un peu désolé, parce que les producteurs n’ont pas su rentrer dans cette production très vite et c’est devenu un aliment de luxe. Après la pomme de terre, je me suis intéressé aux variétés de sauces comme le gynandrou, qu’on appelle en dioula win-win ou kenebdo un mooré. Maintenant dans les cérémonies à Ouagadougou, il est un aliment qui accompagne le « tô ».

Il y a aussi le boulvanka, les piments, les légumes, etc. Dans les années 2000, on a cherché des plantes qui pouvaient apporter des nutriments qualitatifs à l’homme. C’est là que la recherche sur les fruits est intervenue. Mais, il fallait être prudent. A l’INERA, il y a un programme qui s’occupait des plantes à tubercules, des plantes fruitières et maraîchères. Alors, il ne faut pas aller se mettre sur une plante sur laquelle travaille un chercheur. Sur la mangue et la papaye, il y avait déjà quelqu’un. A chaque fois que je choisis une espèce, il y a quelqu’un dessus. J’ai pris le temps d’observer de 2010 jusqu’en 2015 et je ne voyais pas de résultats sur le terrain. Donc à un moment donné, j’ai décidé de travailler sur la papaye. J’ai commencé à titre privé à la maison.

« Nous avons créé 40 variétés différentes de papaye ».

J’étais alité à la suite d’un mal de dos et je disais à mon épouse que je voulais manger des fruits. Et elle m’amenait de la papaye. Quand je mange et que c’est bon, je mets de côté. Ça, c’est l’esprit du sélectionneur. Et après, je les ai plantés dans ma cour. Quand j’ai repris service, je suis allé les mettre dans mon petit jardin au bord des parcelles de maïs à Farakobâ. Jusqu’à ce que je commence, on importait tout de la Côte d’Ivoire, à l’image de la variété solo mais qui ne faisait pas le bonheur des agriculteurs.

J’ai pris le temps de brasser et au bout de huit ans, j’ai commencé à sélectionner les variétés de papaye avec l’appui d’une association que j’ai créée, Agro sans frontières Burkina. Aujourd’hui, nous avons 40 variétés différentes, 20 ont la chair jaune et les autres sont orange. Tout est riche en vitamine A, mais plus encore pour l’orange. Contrairement aux papayers qu’on avait qui fleurissent au bout de neuf mois, j’ai créé des variétés qui donnent des fleurs au troisième mois après leur semis. Au sixième mois, on a les premiers fruits sur une plante de 90 cm à peu près. Mais au fur et à mesure, elle grandit.

Nous les avons appelées Farakobâ papaye 1 pour la variété orange et Farakobâ papaye 2 pour la chair jaune. A l’exercice de production, les gens ont dit que c’est papayer nain. Alors que ça grandit. Et c’est ce nom qui a pris toute l’Afrique. On pourra peut-être dire papayer précoce. Les autres arbres fruitiers sur lesquels je travaille, c’est la pomme cannelle, le fruit de la passion, la goyave et les agrumes. Actuellement, on est en train d’établir la collection réelle du Burkina en matière d’agrumes.

C.A. : Vous avez aussi travaillé sur le blé. Pourquoi le choix de cette céréale ?

J.S. : Quand on a fini de travailler sur le maïs, on a créé des variétés que les gens vont exploiter encore 30 ans au minimum. Quand je partais de l’INERA en 2024, j’ai laissé des hybrides qu’on n’avait même pas encore montrés au public. Celui qui me remplace actuellement à l’INERA est l’un de mes étudiants, Dr Dao, qui a vraiment une grande possibilité de recherche. Il va sortir de nouvelles variétés de maïs. Les gens retiennent que j’ai amené les hybrides, comme Komsaya, Bondofa, qui ont permis de quitter les rendements de 3 à 4 tonnes, pour aller à 7 tonnes, voire 9 tonnes à l’hectare. On a créé d’autres hybrides qui sont à 12, voire 14 tonnes à l’hectare.

Mais ce qui vient après, c’est beaucoup plus important. Quand on a fini de créer les variétés de maïs, on regarde maintenant le complément. C’est là que le blé est venu. Le complément naturel du maïs, c’est le blé. Le maïs peut se mélanger à la farine du blé pour faire du pain ou des pâtes. Quand j’ai proposé, au début des années 1990, de faire des sélections et des créations sur le blé, mes collègues n’étaient pas très d’accord avec moi. Ils m’ont dit de m’occuper seulement du maïs, alors qu’on avait déjà suffisamment de variétés sur cette céréale. C’est grâce à un monsieur qui est décédé, Dr Nébié, qui était agronome, que j’ai pu entreprendre les recherches sur le blé, en complément du maïs. On a travaillé ensemble à la vallée du Kou et à Niofila pour adapter les variétés.

Au total, on a créé huit variétés de blé venues du Maroc, qu’on a adaptées. De ces adaptations, il y a deux qui sont actuellement très utilisées, Kanz et Achtar. J’ai créé aussi une variété appelée Bamba, qui a le meilleur rendement de toutes les variétés qu’on a. C’est une création burkinabè. Mon problème avec le blé, c’était comment porter mes résultats à l’échelle. Vous pouvez être à Farakobâ et avoir toujours le meilleur résultat. Mais si ce n’est pas connu, ça ne nourrit pas le Burkinabè. Et pour ça, je remercie la presse qui m’a accompagné dans la communication. La variété Bondofa a été primée par le forum de la recherche scientifique et le ministre de l’agriculture de l’époque, Salifou Diallo, a fait une opération spéciale sur ça. Et c’est parti. Toute l’Afrique de l’Ouest a défilé ici, pour regarder comment on crée des hybrides de maïs. Maintenant, les hybrides sont dans les habitudes des producteurs. Quand on a créé Komsaya aussi, c’était pareil. Il y a eu une opération où le ministère s’est engagé à le lancer, puisque lui, il est jaune, et Bondofa est blanc. C’est par des opérations comme cela, qu’on peut porter à l’échelle les résultats.

Pour le blé, j’étais vraiment désolé d’avoir fait une recherche très importante pour le Burkina et pour l’Afrique et qui n’est pas vulgarisée. Les autres pays nous enviaient, parce que c’est le seul endroit où il y avait un programme de recherche, mais le politique s’en fichait énormément. Mais quand je suis allé à la retraite et que le ministère de l’agriculture m’a approché pour dire qu’on va m’accompagner pour le blé, j’étais soulagé. Quand on a mis le premier hectare en place, alors j’étais sûr que ça allait prendre. Et quand j’ai vu le président du Faso dans un champ de blé, j’ai dit : ça, c’est bon. Donc, l’effort que j’ai eu à faire, pratiquement depuis 1998, n’est pas vain. Et je crois qu’aujourd’hui, le blé a de beaux jours.

C.A. : De façon succincte, quel est le processus par lequel on passe pour obtenir des semences améliorées ?

J.S. : Le processus est génétique. D’abord, quand vous prenez une espèce donnée, le maïs par exemple, les grains contiennent des gènes de couleur. On connait le maïs blanc, le jaune, le violet, le rouge, etc. Si vous prenez un épi de maïs chez un paysan, il est mélangé. Alors, le processus de sélection simple pour créer un maïs de couleur uniforme, c’est de sélectionner les grains de même couleur, de les semer et de contrôler leur fécondation. Si je prends les grains jaunes pour semer dans un endroit, j’évite que les abeilles apportent du pollen d’une autre plante. Je mets des sachets pour que ce maïs jaune se croise par lui-même. Et quand il va se croiser, je regarde pour voir si d’autres couleurs ressortent. Si c’est le cas, je les élimine. C’est ce qu’on appelle la sélection. Et si vous faites ce processus pendant un certain temps, vous obtiendrez un maïs qui est jaune pur, ou blanc pur, ou violet pur.

Là, on dit que vous avez sélectionné pour la couleur. Mais chacun des caractères que vous regardez dans le maïs, la longueur, la largeur et la couleur de la feuille, la hauteur de la plante, est gouverné par des milliers de gènes. Il faut arriver à homogénéiser dans une seule variété certains caractères. Mais, il y a plusieurs techniques de sélection. La plus simple que nos étudiants et même les paysans utilisent, est la sélection massale. J’entre dans un champ, je choisis mes épis, mes graines, et je les multiplie. J’évite que d’autres insectes viennent les polluer avec d’autres sources de gènes. C’est ça qu’on fait simplement en production de semences. Il y a la sélection massale et la sélection généalogique, en suivant la mère ou le père. Le sélectionneur, c’est quelqu’un qui est très observateur. C’est la première qualité. Le processus de sélection peut être trop long. Le minimum, c’est entre 10 et 14 ans. Maintenant, on peut travailler trois fois dans l’année, en saison sèche froide, en saison sèche chaude et en saison humide. Donc, il faut diviser ce temps par trois.

En résumé, le processus de création et de sélection, c’est de regrouper dans un végétal, l’ensemble des gènes nécessaires à la bonne production pour avoir une qualité de vie et satisfaire les besoins des consommateurs.

C.A. : Pour le maïs, est-ce qu’on peut dire que vous avez atteint les objectifs ?

J.S. : Je ne peux pas me jeter des fleurs, mais si vous causez avec les producteurs, vous vous rendez compte qu’ils sont satisfaits des résultats que nous avons produits à l’INERA. D’abord, en termes de nombre de variétés. Quand je commençais, le Burkina comptait trois variétés, qui étaient des variétés locales qu’on a améliorées. Mais le rendement n’était pas bon. C’était entre 1,5 et 3 tonnes. Donc, de trois variétés, on est passé à 50. Mais on ne peut pas s’arrêter à ce résultat, parce que ce n’est pas le nombre de variétés qui compte. 12 variétés sont activement utilisées chaque année au Burkina. Leur rendement va de 5 à 12 tonnes à l’hectare, alors qu’il était de 900 kg/ha quand je commençais à travailler. Il y a eu une amélioration. On peut dire, de ce point de vue, qu’on a élevé le niveau de la production.

L’autre indicateur qui montre que l’équipe a été performante est qu’à l’époque, c’est le « tô » de sorgho qu’on mangeait dans les villes. Mais aujourd’hui, on n’en trouve plus. Parce que le maïs a tellement bien marché que les gens ne consomment plus le sorgho. Et le maïs est plus facile à transformer que le sorgho. Quand je commençais, la production nationale en maïs était de 350 000 tonnes. Mais en 2024, elle était presque à 2 millions de tonnes. Un autre indicateur est que les variétés qu’on avait étaient juste pour faire le « tô ». Maintenant, on a créé des variétés pour les industries agroalimentaires. L’autre élément est qu’on a amélioré et diversifié le maïs. Avant, c’était du maïs à « tô », maintenant, c’est du maïs à griller, du maïs pop-corn, du maïs sucré de conserve, etc. On n’a plus besoin de les importer.

C.A. : Vous avez choisi des noms locaux comme Sanem, Wari, Bondofa, Komsaya…, pour baptiser vos variétés de maïs. Qu’est-ce qui justifie cela ?

J.S. : Nous sommes dans un pays où l’alphabétisation en français ne touche que 10 à 20 % des locuteurs. Et les producteurs surtout ne parlent pas Français. Le nom de Bondofa, c’est FBH34-SR. Vous croyez qu’un paysan peut vraiment prononcer ça ? On a fait l’expérience avec une variété qu’on appelait SR-22, qui a fait aussi le beau jour de la production. Mais les paysans prononçaient RS-22. Et ça, en souvenir de la moto qu’on appelait BBRS. Donc, pour que les gens adoptent les variétés, il faut leur donner des noms traditionnels, des noms dans nos langues. Au début, beaucoup de collègues se sont gênés mais, moi, j’appelle mes variétés du nom le plus facile.

D’ailleurs, les paysans se sont associés pour donner ces noms. Bondofa a été donné par des paysans de Koro qui ont été les premiers à produire la variété. C’est là-bas qu’on a fait la première fois un hectare d’hybride. Ils ont récolté le maïs à notre absence, parce qu’il y avait beaucoup de termites, et ils ont rempli tous leurs greniers. A notre arrivée, une dame nous accueille avec de l’eau et nous dit : « votre maïs-là a rempli tous nos greniers ». Elle le dit en dioula : « A ta kaba ne yaa nta bondo bèè fa ». J’ai dit qu’on va l’appeler Bondofa alors.

Il y a eu quelques critiques sur la façon dont on a écrit Bondofa. Mais en tous les cas, les paysans arrivent à le prononcer. Comme les recherches sont faites pour les producteurs et les consommateurs, j’ai tout le temps pour chercher à donner des noms locaux. Il en est de même pour les hybrides Komsaya, en mooré, qui veut dire que la faim est finie. Et à chaque fois, ces noms sont traduisibles dans toutes les langues. On a ensuite Wari, l’argent en dioula, parce que ça donne de l’argent. Avec un hectare, vous avez facilement 3 millions F CFA. On a essayé aussi le meilleur hybride qui s’appelle Sanem, l’or en mooré.

C.A. : Est-ce qu’aujourd’hui, des producteurs ont adopté la variété Sanem et l’expérimentent sur le terrain ?

J.S. : Pas encore. Parce qu’il y a un souci avec la semence. Jusqu’à présent, l’INERA n’a pas réussi à la produire en grande quantité pour qu’on la mette à la disposition des gens. Mais on produit les semences à l’INERA pour des expérimentations. C’est le souci qu’on a avec la nouvelle génération d’hybrides, qui sont des hybrides simples. Parce que c’est le croisement de deux matériels très homogènes. Pour cela, le rendement n’est pas élevé. Si on produit un hectare de Sanem, on ne va pas récolter plus de 300 kg de semences. Alors que Wari, c’est six tonnes et demie dans un hectare. C’est cette difficulté qui fait que, jusqu’à présent,  cette  variété  n’est  pas accessible aux producteurs. Celle qui commence à être actuellement accessible, c’est la variété Kabako. Son rendement est extraordinaire. Il fait plus de 12 tonnes à l’hectare alors que Sanem est entre 11 et 12 tonnes.

C.A. : Est-ce que vous avez eu des projets de recherche que vous n’avez pas pu mettre en œuvre et qui vous tiennent toujours à cœur ?

J.S. : Il y a des projets, mais je ne peux pas dire qu’on n’a pas mis en œuvre. On a tout commencé et on continue. Actuellement, sur le maïs, on continue de créer de nouvelles variétés avec l’équipe qui est en place à l’INERA. Les  nouveaux  hybrides  qu’on va utiliser dans 30 ans, nous sommes en train de travailler sur la création de leur matériel actuellement. J’ai commencé un volet sur l’amélioration des espèces animales, notamment le lapin. Depuis 1988, j’ai conservé une race de lapin, appelée race bobo, parce qu’on l’a trouvée ici. Elle est rustique et je la conserve telle que je l’ai obtenue. J’ai commencé à travailler avec les spécialistes de l’INERA pour son exploitation. Mais, il faut que l’INERA nous donne plus de moyens pour que ça réussisse. Et pourquoi le lapin ? Parce que j’avais prévu des évolutions positives en aviculture. Et dans le temps, on ne travaillait que pour la consommation humaine. Avec mon programme, j’ai rajouté la consommation animale et industrielle.

J’aurais voulu que l’INERA mette plus de chercheurs sur le lapin parce que l’ère de la consommation du poulet va passer à un moment ou à un autre. Les gens en auront marre. Et ce sont les animaux comme le lapin, l’agouti ou même les souris qui vont venir diversifier la consommation alimentaire en protéines. C’est quelque chose de très important, parce que la viande rouge est en train de montrer ses limites aujourd’hui avec certaines maladies, comme la goutte. Donc, il faut aller à la viande blanche et il n’y a rien de mieux que le lapin. Dans 10 ans, le lapin va être quelque chose de très important. J’aurais également voulu avoir plus de temps pour travailler sur les plantes émergentes. Parce que dans les années 2000, j’ai rajouté les plantes émergentes à la section maïs-blé. Pour la simple raison que beaucoup de jardiniers dans nos villes et campagnes introduisent des plantes qui ne sont pas traditionnellement cultivées ici. Par exemple, l’ananas, l’avocatier, le cacaoyer, etc. Mais ce ne sont pas des chercheurs de profession. Le danger de ces jardins particuliers est qu’ils peuvent introduire des maladies dans le pays. Il faut que la recherche s’y penche. J’ai donc créé la section maïs-blé-plantes émergentes. Mon souhait est que l’INERA fortifie toujours cette section. On a aussi développé le curcuma et le gingembre et aujourd’hui, le Burkina Faso en produit.

Les premiers essais qu’on a faits sur l’ananas sont devenus maintenant des choses courantes. Des gens produisent des hectares. On n’a pas particulièrement travaillé sur le cacao, mais on l’avait ciblé comme une plante émergente. Il y a aussi le café, le thé, la cola, les agrumes, etc. qu’on peut développer. Et comme j’ai formé beaucoup de gens, ils vont poursuivre.

C.A.  :  Avant,  on  taxait  les chercheurs burkinabè de chercheurs qui ne trouvent pas. Est-ce à dire que cette époque est révolue ?

J.S. : Pour moi, elle est révolue, parce que la boutade du Président Thomas Sankara a été mal interprétée. Il chahutait pour amener les gens à travailler plus. Sinon, à son époque, quand il est venu à Farakobâ, il nous a dit personnellement : « là, au moins, il y a des chercheurs qui ont trouvé ». C’était devant un panneau de variété de maïs que j’avais affiché. Et effectivement, dans ma section, il n’y a pas de chercheurs qui ne trouvent pas. La plus grande reconnaissance d’ailleurs que nous gardons dans cette section, c’est le témoignage des producteurs. Aujourd’hui, je ne peux pas aller dans une région ou me trouver dans un espace public sans que quelqu’un m’interpelle sur telle ou telle variété. Ça, c’est la plus grande félicité.

C.A. :Est-ce que cette boutade n’est pas souvent liée à la faible vulgarisation des résultats de vos recherches ?

J.S. : Absolument. C’est parce que les sélectionneurs donnent souvent des noms que les gens ne peuvent pas appeler. Pour le maïs, beaucoup peuvent dire le nom de la variété qu’ils veulent. Mais pour le riz par exemple, ils sont restés sur les sigles de sélection, FKR. C’est compliqué. Ce sont des problèmes de vulgarisation qui font qu’on ne trace pas les technologies des chercheurs. Si on va dans les cultures maraîchères aussi, on ne connait pas les noms des variétés de piment ou de gombo. Parce que ce sont des noms rébarbatifs. Cette anecdote est plus liée à la vulgarisation et au processus. Quand le processus est fait en intégrant les bénéficiaires qui vont donner des noms, facilement, on dira que les chercheurs ont trouvé.

C.A. : Outre l’insuffisance des moyens financiers, quelles sont les autres difficultés que vous rencontrez dans le domaine de la recherche scientifique ?

J.S. : La première difficulté, c’est la faible reconnaissance par l’autorité même de la valeur de notre travail. Aujourd’hui, il est plus facile à une autorité de ressortir cette anecdote concernant les chercheurs qui cherchent et qui ne trouvent pas.

Tout le monde a retenu cela. Et ça décourage les chercheurs. Le manque de moyens aussi est un élément important. C’est pourquoi au début des années 2000, à chaque fois que j’avais l’occasion de parler à la presse, j’invectivais pratiquement les autorités et les invitais à donner plus de moyens à la recherche. On n’a jamais eu un budget de recherche. Peut-être que maintenant, ils ont commencé. Sinon, même les frais d’entretien des infrastructures, il n’y en avait pas. Pour le laboratoire des chercheurs, ce sont souvent eux qui vont vendre leur expertise à un bailleur de fonds pour pouvoir acheter un microscope ou autre matériel. C’est ce qui a amené, entre-temps, des gens à dire que notre recherche n’est pas souveraine. Mais depuis un certain temps, quand même, il faut reconnaître qu’on a commencé à aller dans le sens du financement de la recherche.

Il y a des fonds compétitifs qu’on a créés. On devrait d’abord mettre en place un fonds de souveraineté afin que chaque chercheur ait un minimum de budget sur lequel on peut l’interroger. Cela n’existe pas jusqu’à présent. Par contre, les fonds de compétition existent, mais ce n’est pas suffisant. Pour le fonds d’équipement, nous avons pris 14 milliards F CFA avec la Banque mondiale dans les années 1990 pour restructurer la recherche. Ce fonds est fini en 2006. Mais cela a été un saupoudrage. Pour quatre instituts, c’est peu. D’ailleurs, ça concernait essentiellement l’INERA et l’IRSAT, les deux autres instituts (INSS et IRSS) n’en ont  pas  bénéficié.  Mais  grâce à la coopération avec ce nouveau gouvernement, il y a des fonds qui sont alloués à la recherche et aux universités. Actuellement, on est en train de bâtir de nouvelles infrastructures dans toutes les universités.

Après, doit suivre le programme d’équipement des laboratoires. Dans notre première université, on n’avait pas de microscope électronique. Alors que c’est un matériel essentiel. Ce n’est que maintenant qu’on l’a. Il fallait aller à Dakar pour regarder ses préparations. Le billet d’avion aller- retour, c’est déjà un budget pour un chercheur. Outre les équipements et les infrastructures, il faut d’autres fonds pour gérer les stations de recherche, les laboratoires de recherche et les universités. Un effort particulier doit encore être fait dans le recrutement des chercheurs et des enseignants-chercheurs. On le fait, mais ce sont de petits volumes. Aujourd’hui, nos universités forment à tour de bras des gens en master et en doctorat. Mais quand on veut recruter pour le CNRST, c’est une vingtaine de personnes pour cinq régions de recherche.

Il faut également améliorer la sécurité dans les centres de recherche. J’ai beaucoup souffert de l’insécurité à Farakobâ les trois dernières années avant ma retraite. Comme le centre est proche de la ville et n’est pas clôturé, il y a la divagation des animaux, les vols, les délinquants qui le fréquentent, etc. Des gens viennent nuitamment couper les haies vives que nous avons entretenues pendant 30 ans. Mais, il y a une lueur d’espoir avec ce gouvernement qui, vraiment, travaille.

C.A. : Dans le cadre de vos travaux de recherche, quelle a été votre plus grande satisfaction ?

J.S. : Ma plus grande satisfaction, il faut le dire, c’est d’avoir vu le Président Ibrahim Traoré dans un champ de blé. Parce qu’il a assuré l’extension, la vulgarisation et la pérennisation de la culture du blé au Burkina. Les gens vont dire que tout le monde ne mange pas le blé. Mais c’est faux. L’aliment le plus consommé par les Burkinabè, c’est le pain. Si vous allez en campagne et que vous n’amenez pas une baguette de pain, les enfants vont vous regarder comme un extraterrestre. Le blé est le dernier produit dont je voulais voir l’accélération de la vulgarisation. Cela a été ma plus grande satisfaction. J’ai bénéficié aussi de médailles tout au long de ma carrière.

J’ai été fait Chevalier des palmes académiques, Chevalier de l’ordre national et Officier de l’ordre national. J’avais vraiment des craintes de partir à la retraite sans voir le gros pan que j’ai mis sur le blé sortir. Mais, je suis aux anges. Je souhaite surtout que d’autres chercheurs s’inscrivent dans ce parcours. Il n’y a rien de secret, c’est juste le travail. Vous demanderez à mes collègues, ils vous diront que c’est le monsieur qui arrive tôt et qui part tard. Il y en a même qui m’ont dit que l’INERA n’est pas ma propriété. Mais je fais mon travail. Je ne fréquente pas les bars ni les boîtes de nuit. Mon lieu de travail, c’est en même temps un lieu de sport. Quand je sors dans la journée, je peux faire 15 km dans mes parcelles.

C.A. : Y a-t-il eu des regrets ?

J.S. : Le seul regret que j’ai eu, c’est au commencement. Quand je suis arrivé en 1988, l’Institut de recherches agronomiques tropicales (IRAT), qui travaillait pour le Burkina, repliait en France, parce que les Français avaient pronostiqué à l’époque que ce n’était pas nécessaire de travailler sur le maïs et certaines cultures ici. Parce que le changement climatique allait faire que dans cette zone du monde, ce serait des sécheresses successives. Et avant de partir, ils ont essayé de convaincre nos autorités scientifiques de ne pas mettre un chercheur sur le maïs. Comme j’ai été stagiaire à l’IRAT, j’avais gardé mon matériel. Mais des collègues ont dit que tout leur  matériel a été emmené en Europe. Ça, c’est un grand regret, pas pour moi, mais pour les autres. Au Niger, quand les Français rentraient, ils ont jeté toutes les ressources phyto-génétiques dans des puits. J’ai regretté que dans cette corporation de chercheurs, des gens puissent agir de la sorte. On a perdu des ressources génétiques.

C.A. : Après plusieurs années de service, vous êtes appelé à faire valoir vos droits à la retraite. Mais apparemment, vous ne vous reposez pas…

J.S. : D’abord, il faut savoir que les Africains et particulièrement les Burkinabè sont en retard. Si on pouvait travailler deux ou trois fois plus, on résorberait en très peu de temps notre retard. Il faut regarder juste quelques indicateurs. Est-ce qu’au Burkina, aujourd’hui, tout le monde a de quoi manger trois repas dans la journée ? Bien sûr que non. Et cela dépend de quelques travailleurs. Si tu es sélectionneur, tu dois pourvoir à manger aux gens. On doit prendre conscience de cela. On se repose, mais en faisant un autre travail. Quand vous sortez de l’Afrique et que vous vous rendez compte du gap, du retard que nous avons, au retour, si vous êtes conscient, vous ne pouvez pas vous reposer.

La retraite, c’est un changement d’activité. Maintenant, on ne va pas travailler comme quand on avait vingt ans. L’effort physique ne sera pas le même, mais au contraire, avec l’âge, avec l’expérience et l’acquisition de compétences, c’est maintenant que les chercheurs ou les travailleurs qui sont à la retraite devraient fournir le maximum. Parce que tu n’as pas besoin de courir pour partager ton expérience. Sauf que j’ai gardé le travail de la recherche qui est un peu champêtre. C’est mon sport aussi. J’accueille beaucoup d’étudiants que je forme. Pour moi, la retraite n’est pas synonyme de la chaise longue pour se reposer.

C.A. :Est-ce que vous avez des anecdotes qui vous ont marqué au cours de vos travaux et que vous voudriez partager avec nous ?

J.S. : Pour la vulgarisation du maïs à griller, il a fallu d’abord convaincre mes collègues qu’on peut créer un maïs à part qu’on va griller. Il y a eu beaucoup de réticences. Ils n’y croyaient pas. Je leur ai dit que le maïs qu’on mange aujourd’hui, n’est pas le bon à griller. Ils m’ont contesté. Dans mon laboratoire, j’ai travaillé sur les critères et j’ai réussi à sortir la première variété de maïs à griller. Et j’ai souhaité que lors d’une visite officielle d’une autorité du pays, on sorte ce maïs et qu’on le grille. Et un jour, il y a eu une visite du président de l’Assemblée nationale, Mélégué Traoré, sur la station de Farakobâ. Nous avons allumé un feu dans le champ de maïs et on a placé un fourneau à griller et une marmite à bouillir.

Quand le visiteur est arrivé, pendant que les chercheurs l’attendaient pour le saluer, il a fait le tour et est allé directement prendre le maïs sur le fourneau. Et il dit : « c’est ça les bonnes recherches ». Tout le monde a ri. Donc les collègues qui me contestaient ont adopté le résultat. Et ils étaient fiers de le présenter à l’autorité. L’autre anecdote, c’est sur la papaye. Quand je commençais mes recherches, j’avais des papayers à la maison. Traditionnellement, il est reconnu que les feuilles de papayer sont utilisées en thérapie contre la jaunisse et le paludisme. Alors, une bonne dame venait prendre les feuilles chez moi. Finalement, je me suis dit pourquoi ne pas lui donner un ou deux pieds pour qu’elle plante chez elle ? Quand elle est venue, ma femme lui a proposé de prendre quelques plants. Elle a dit non, parce que des génies viennent dormir dedans la nuit. Et elle est partie sans prendre les papayers. Parce qu’elle est convaincue que la nuit, les papayers marchent et reviennent avec des génies.

Interview réalisée par Mady KABRE