Marigot Houet: un équilibre écologique perturbé par la pollution

Cette douche est directement reliée au marigot par un tuyau.

Le marigot Houet, cours d’eau qui serpente à l’intérieur de Bobo-Dioulasso, chef-lieu de la région du Guiriko (ex- Hauts-Bassins), est d’un apport précieux pour la ville. Mais aujourd’hui, ce joyau naturel est affecté par la pollution qui menace l’équilibre écologique avec les silures sacrés, un symbole fort de la cité de Sya. Des efforts pour dépolluer le marigot rencontrent des obstacles, notamment l’incivisme des populations. Mais peu à peu, elles prennent conscience des enjeux.

Ce lundi 14 juillet 2025 à Bobo-Dioulasso, chef-lieu de la région du Guiriko, le ciel est gris. Une légère pluie tombe sur la ville. Le doux murmure du marigot Houet s’estompe
sur une réalité  : la pollution. En s’approchant de la rivière, le contraste est frappant. Un spectacle s’offre à nos yeux. L’herbe, autrefois verdoyante, perd sa couleur. Les brins jaunissent et se dessèchent. Ce phénomène n’est pas anodin. « Il est fort probable qu’il soit lié à l’emploi d’herbicides dans la zone », relève Paul Kaboré, directeur régional en charge de l’environnement du Guiriko. Les auteurs restent inconnus. Ernest Sanou, notre guide, soupçonne les arboriculteurs. L’eau est devenue trouble.

Les silures sacrés, jadis rois de ce milieu aquatique, « se cachent ». Il faut changer de lieu pour les voir. Notre guide indique que l’eau claire offre plus de chance d’apercevoir des silures. Nous quittons la rivière qui passe près du musée. Direction l’archevêché. La pollution est omniprésente. Les déchets s’accumulent sur les rives. Plastiques et autres débris ternissent sa beauté. Les eaux pluviales les emportent mais les végétaux
les retiennent. Cela crée un environnement malsain pour les poissons.

Des déchets charriés par les eaux et retenus sur les rives.

Le marigot Houet, un écosystème fragile, est confronté à une pollution croissante.
Mais, les déchets ne sont pas les seuls responsables. Les activités agricoles affectent gravement ses berges. Entre le mur de l’archevêché et le marigot, on cultive le maïs.
Les champs se multiplient le long des berges. L’arboriculture s’y développe aussi. Des pépinières foisonnent. La plupart des agriculteurs, soucieux de maximiser leurs rendements, utilisent des produits chimiques, foi de notre guide. Ces substances, en s’écoulant, contaminent le marigot et mettent en péril l’écosystème.

Un cimetière de silures sur les berges

Adama Sanou dirige une coopé-rative de maraîchers. Il utilise un herbicide appelé « sap sap ». Ce nom évoque une réaction rapide du produit. Pour lui, cet herbicide n’est pas dangereux. Il tue l’herbe en surface sans pénétrer le sol. La mairie intensifie les campagnes de sensibilisation. Certains comprennent, d’autres non. Grâce à ces efforts, Adama et ses camarades ne jettent plus les emballages des produits utilisés dans la nature. Ils les enterrent ou les brûlent. Adou Sanou, lui, cultive aussi sur les berges. Il reconnait que l’herbicide « sap sap » est nuisible pour l’environnement. Selon lui, il dégrade la terre. Il utilise des produits comme « pacha », « lambda », « acharis » et « ça va aller ».

Sans eux, il peine à obtenir de bons rendements à cause des insectes. Il pense, en outre, que la pollution du marigot Houet est un combat pour toute la communauté, pas seulement pour les riverains. Les services de l’environnement sont pleinement engagés dans la
lutte. Paul Kaboré avoue que les activités agricoles, en plus de favoriser l’ensablement du marigot, contribuent à la pollution de ses eaux par l’usage incontrôlé de produits chimiques. « Ces phénomènes entrainent l’assèchement des sources qui l’alimentent en saison sèche et la détérioration de la qualité de ses eaux comme en témoignent les pertes récurrentes de silures sacrés », avance-t-il. Un cimetière atypique, dressé au milieu du champ de maïs, attire l’attention.

Ce silure malade, agonise.

C’est le cimetière des silures sacrés. Ces poissons, autrefois abondants, ont connu une tragédie. Une unité industrielle a déversé ses eaux usées dans le marigot. De nombreux silures ont été tués. Les ‘’corps’’ sont désormais enterrés en ce lieu par la communauté Bôbô Mandarè qui vénère ces poissons. « Quand un poisson meurt, on l’ensevelit comme un être humain et on célèbre ses funérailles », lâche le guide Sanou. Mais la situation est plus sombre encore. L’agriculteur, en quête d’espace cultivable, a décidé de semer sur les tombes. Des pieds de maïs poussent là où reposent les silures. A en croire le guide Sanou, ce type de cimetière est monnaie courante sur les berges du marigot. « Les poissons sont enterrés sur le lieu où ils sont morts », indique Ernest Sanou, par ailleurs coordonnateur des chefs coutumiers de Bobo-Dioulasso.

Dans la partie du marigot qui traverse le quartier Kuinima, la situation est aussi inquiétante.
Les déchets créent une odeur presque insupportable. Une ancienne décharge, désormais évacuée, continue de répandre des effluves nauséabonds. Sur ses restes, un nouveau tas de détritus apparaît. « C’est la nuit que les gens viennent déverser leurs ordures », se désole Mamadou Sanou, fils du chef. Pour y faire face, deux panneaux interdisant de jeter des ordures ont été fixés, mais sans effet. Le marigot, proche du marché de Kuinima, devient un véritable dépotoir. Des marchands, réalisant notre présence, s’empressent de nettoyer leur espace. Mais une question demeure : où iront-ils jeter ces déchets après notre départ ? Difficile d’y répondre.

Des douches reliées au marigot

Selon Amado Zida, la mairie a réussi à évacuer une vingtaine de tas sauvages sur les berges.

D’un quartier à un autre, le même décor. A Dioulassoba, quartier situé près de la mairie centrale, le marigot traverse des habitations. Ici également, les habitants avaient fait des efforts pour nettoyer son lit. Cependant, comme à Kuinima, de nouvelles décharges apparaissent sur les espaces déjà libérés et certains ménages déversent leurs eaux usées dans le marigot. Pire, des douches sont directement connectées au Houet par des tuyaux. A entendre Paul Kaboré, cette pratique concerne l’ensemble des quartiers traversés par le marigot. Toutefois, précise-t-il, elle est particulièrement préoccupante à Farakan, Dioulassoba, Kuinima, Bolomakoté et Sarfalao.

Pourtant, le marigot est un lieu de vie. Les femmes y lavent leurs vêtements et teignent des tissus. Les enfants jouent dans l’eau. Les animaux viennent s’abreuver à ses sources. Et ce n’est pas tout. C’est aussi un lieu de spiritualité. Les habitants le vénèrent profondément. Ils s’y rendent pour faire des sacrifices ou des vœux. Pendant notre visite, une dame arrive avec ses enfants. Elle se prosterne devant l’eau, fait des incantations. Puis, elle répand un liquide blanchâtre, semblable à du lait, sur l’eau. Cette pratique suscite des débats dans la communauté. La pollution remet en question ces rituels. Le marigot, entre traditions et pollution, raconte une histoire complexe.

Ernest Sanou, notre guide, ne semble pas bien apprécier le comportement de la dame. « Il y a des repas qu’il faut interdire parce qu’ils contribuent à polluer davantage le marigot », s’indigne-t-il. Au même moment, un gros poisson agonise. Il se débat et se retrouve sur la terre ferme. Pourrait-il survivre ? « Soigner un poisson malade n’est pas dans nos habitudes. Si c’était en Europe, il aurait plus de chance de vivre », témoigne, impuissant, Ernest Sanou. Ce tableau illustre les conséquences dramatiques de la pollution sur cet écosystème fragile. L’association « Sauvons le marigot Houet » se bat également contre la présence de certains repas dans l’eau. Son slogan est clair : « Donnons aux poissons ce qu’ils mangent ». Son credo, sensibiliser les riverains à ne pas jeter du n’importe quoi dans l’eau.

Une prise de conscience s’installe

Grâce à la sensibilisation, Adama Sanou et ses camarades ne jettent plus les emballages des produits chimiques dans la nature.

Les acteurs-pollueurs du marigot sont nombreux et éparpillés le long des berges. Selon le directeur de l’environnement, de l’eau et de l’énergie de la commune de Bobo-Dioulasso, Amado Zida, la mairie en a répertorié une dizaine, répartie dans plusieurs zones. « Comment amener tous ces acteurs à adhérer à la lutte ? C’est le défi que nous tentons de relever », soutient-il. En termes d’actions, M. Zida décline trois axes majeurs d’intervention de la mairie. Il s’agit premièrement des actions de salubrité à travers le nettoyage et le curage des sources d’eau.

Viennent ensuite des actions de renforcement des espèces végétales le long des berges et enfin, des actions de sensibilisation. Il ajoute que le schéma directeur de gestion des déchets, en cours de relecture, prend également en compte des paramètres complémentaires. Les services de l’environnement n’ont pas ignoré la situation. La nouvelle a été transmise au ministre en charge de l’environnement, Roger Baro.

Celui-ci a instruit l’Agence de l’eau du Mouhoun d’intervenir. Ainsi, une première opération de nettoyage a eu lieu, le 8 mai 2025. En outre, révèle le directeur régional en charge de l’environnement du Guiriko, Paul Kaboré, la mairie de Bobo-Dioulasso a obtenu un financement de 30 millions FCFA pour nettoyer le marigot. Une initiative positive qui pourrait permettre, de son avis, de mettre en œuvre des actions concrètes sur le terrain.

A ce propos, Amado Zida, affirme que la mairie, avec le soutien de l’Etat, des associations et des partenaires, a réussi à évacuer une vingtaine de tas sauvages sur les berges. Par ailleurs, l’association « Sauvons le Marigot Houet » a été équipée, selon Paul Kaboré, pour assurer des nettoyages réguliers.
Des travaux de nettoyage sont organisés chaque trois mois, à en croire les responsables de l’association. « Ce sanctuaire naturel, à la fois écologique, culturel et spirituel, était devenu un véritable dépotoir à ciel ouvert », rappelle M. Kaboré. Des riverains prennent peu à peu conscience de l’urgence. Leur santé et celle de l’environnement en dépendent.

Ernest Sanou, coordonnateur des chefs coutumiers de Bobo : « les riverains retournent à leurs anciennes pratiques après l’évacuation des tas sauvages ».

Des gestes simples, comme ne pas jeter ses déchets dans la nature, peuvent faire la différence. L’association « Sauvons le marigot Houet », engagée dans ce combat depuis sa création en 2020, se trouve en première ligne. Sa détermination est palpable. Ses membres souhaitent redonner vie au marigot. Tout comme la mairie, ils sensibilisent les riverains, nettoient le lit et collectent les déchets dans les quartiers environnants. Issouf Alphonse Sanou, vice-président de l’association, joue un rôle clé dans cette initiative. « Nous avons vu que le marigot se dégradait et perdait sa valeur.

Les silures étant menacés, nous avons décidé d’agir avant qu’il ne soit trop tard », note-t-il. Pour l’heure, il se réjouit des résultats engrangés à mi-parcours. « Nos actions ont porté fruit. Les tas d’immondices ont été enlevés. On peut dire que les gens nous ont compris », s’enthousiasme-t-il. En outre, martèle Issouf Sanou, chacun apportait, au départ, son matériel et 200 FCFA pour contribuer aux efforts. Sur le terrain, informe le DR environnement, « nous constatons désormais la construction de puisards et, par endroits, la fin des raccordements directs au marigot ».

Cependant, la dépollution du marigot Houet est plus complexe qu’il n’y paraît. M. Kaboré estime que des pratiques inciviques persistent. Des riverains continuent de rejeter les eaux usées domestiques directement dans le marigot, d’y déverser des déchets ménagers, artisanaux ou industriels, ou encore d’exploiter illégalement ses berges à des fins agricoles.

Le marigot Houet, un héritage à préserver

Omar Sanou, Secrétaire général (SG) de l’association, a participé à une étude sur les ménages qui déversent leurs eaux dans le marigot. Il ressort qu’en creusant les fosses septiques, on trouve de l’eau à seulement quelques mètres de profondeur. D’où le

Le guide Ernest Sanou tente de sauver un poisson piégé par les déchets.

raccordement des toilettes au cours d’eau par certains habitants. Cette situation souligne l’urgence d’une solution. « Nous entassons nos ordures dans des sacs à poubelles mais nous ne savons pas où les évacuer », déclare Ali Ouattara, Secrétaire général (SG) de la Coopérative des maraîchers et jardiniers de Bolomakoté. Face à l’absence de solutions pour évacuer leurs ordures, certains choisissent des raccourcis.

Ils profitent de la pluie pour déverser leurs déchets dans les caniveaux, espérant que l’eau de ruissellement les emporte. En saison sèche, ils se rabattent sur le marigot, seul « dépotoir » à portée de main. Cette pratique aggrave la pollution de l’eau. Ernest Sanou salue les efforts de la municipalité pour nettoyer le marigot Houet. Cependant, il dénonce la résistance de certains habitants à changer leurs habitudes. Amado Zida partage ce constat. « La majeure partie des déchets sont renouvelés.

A chaque fois qu’on nettoie, la population revient encore créer des dépôts sauvages »,

Paul Kaboré, DR en charge de l’environnement du Guiriko : « grâce aux mesures entreprises et à venir, nous restons confiants que la survie des silures ne sera plus menacée à terme ».

peste-t-il. Du coup, il estime que la lutte sera longue et implacable. Pour sa part, Ernest Sanou est optimiste quant à la sensibilisation des agriculteurs qui occupent les berges. Tous ont été sensibilisés aux enjeux environnementaux et il observe une amélioration tangible dans la protection des silures, avec « une baisse notable de leur mortalité ». Cela semble indiquer que les efforts de sensibilisations portent leurs fruits, quitte à restaurer une conscience collective et des mesures strictes pour la protection de l’environnement.

Ainsi, bien que des progrès aient été réalisés, Ernest Sanou considère qu’il est crucial de maintenir une vigilance constante et de renforcer les pratiques de conservation pour assurer la pérennité du marigot et de ses écosystèmes. La pluie s’est arrêtée, notre mission s’achève. Nous avons pris des photos, documenté la situation. Chaque image raconte une histoire. Celle d’un marigot qui souffre mais aussi celle d’une communauté qui se bat pour sa préservation. En regardant autour de nous, nous réalisons que le marigot Houet est bien plus qu’un simple cours d’eau. C’est un symbole de vie, de culture et d’identité. Il représente un héritage que les habitants doivent transmettre aux générations futures. Alors, il est temps d’agir pour le sauver, lui et ses poissons emblématiques.

Ouamtinga Michel ILBOUDO
omichel20@gmail.com


La mort d’un silure était un évènement rare

Ernest Sanou, coordonnateur des chefs coutumiers de Bobo-Dioulasso, reste nostalgique du passé glorieux du marigot Houet et de la richesse de sa biodiversité. Il évoque un aspect culturel profondément enraciné dans la gestion de l’environnement. Selon lui, il fut un temps où la mortalité des silures était un évènement rare et préoccupant. Lorsqu’un silure mourait, la communauté se mobilisait et les sages du village prenaient l’initiative d’envoyer des messagers consulter les devins.

Cette pratique était considérée comme essentielle pour déceler les causes de cette mortalité inattendue, souvent perçue comme un signe annonciateur de déséquilibres environnementaux ou de catastrophes imminentes. Aujourd’hui, Ernest déplore que la situation ait radicalement changé. Il constate qu’il y a tellement de facteurs liés à la mortalité des silures, allant de la pollution à l’urbanisation non régulée, que leurs morts ne suscitent plus de réelles inquiétudes au sein de la communauté.

Notre guide interpelle donc la collectivité sur l’importance de reprendre conscience de la gravité de la situation et d’agir pour restaurer l’équilibre du marigot Houet. Le retour à une approche communautaire et respectueuse des ressources naturelles, à l’image des pratiques d’autrefois, pourrait, à son avis, constituer une réponse efficace face aux menaces actuelles qui pèsent sur cet écosystème précieux. En revitalisant les traditions de protection et de respect de la faune aquatique, il espère raviver l’engagement et la responsabilité collective envers l’environnement.

O.M.I


Sanctionner pour l’exemple

La gestion des déchets reste une réelle préoccupation dans les villes du Burkina et plus particulièrement à Bobo-Dioulasso. Le 12 juin 2025, le président de la délégation spéciale, Laurent Kontogom, présentait la nouvelle stratégie de gestion des déchets ménagers et assimilés aux chefs coutumiers et aux organisations de la société civile (OSC). Elle repose sur un principe simple : « Faire en sorte que toute personne résidant dans l’espace urbain soit dans l’obligation de s’abonner à un service d’enlèvement des ordures, d’avoir une poubelle et de maintenir son cadre de vie propre. »

En facilitant l’abonnement des ménages aux services des pré-collecteurs, la ville pourrait mieux maîtriser et réduire les déchets, améliorer le cadre de vie et créer des emplois. Selon lui, cela pourrait rapporter au bas mot 450 000 F CFA par mois aux sociétés coopératives d’enlèvement des ordures. L’arrêté municipal qui encadre la gestion des déchets prévoit des sanctions pour les contrevenants. Tout comme le prévoit d’ailleurs la législation burkinabè en instituant des amendes pour les infractions liées à la gestion des déchets, notamment le fait de jeter des ordures dans les rues ou de ne pas raccorder son immeuble à un réseau d’assainissement collectif.

Ainsi, la loi n°006-2013/AN du 02 avril 2013 portant code de l’environnement au Burkina Faso dispose en son article 136 : « Est passible d’une amende de 500 000 à2 000 000 F CFA, quiconque s’abstient de raccorder son immeuble ou son établissement à un réseau collectif d’assainissement en violation des dispositions de l’article 80 de la présente loi ». Bien que cette loi existe depuis douze ans, ils sont nombreux les Burkinabè, qui vident toujours leurs fosses septiques dans la rue, surtout après une forte pluie.

Pour le moment, la mairie de Bobo-Dioulasso évite de manier le bâton en lieu et place de la carotte en maximisant sur la sensibilisation. Toutefois, son directeur de l’environnement estime que toute personne reconnue coupable de pollution s’expose à des sanctions allant de la réparation de la pollution à la compensation. Le marigot Houet respirerait mieux si toutes ces dispositions étaient scrupuleusement respectées.

O.M.I