Nous avons des VDP sur le champ de bataille contre les forces du mal, mais qui sont les VDP dans nos familles et où sont-ils ? Nous sommes en guerre contre le terrorisme depuis une décennie mais dans nos familles, on se tire à balle réelle et à bout portant les uns sur les autres, entre frères de sang, parfois dans un silence assourdissant, parfois avec un vacarme inédit qui attire les foules.
De la jalousie déplacée et mal placée à la rivalité malsaine en passant par les coups bas fratricides, nos familles sont minées de rancunes inopportunes. Ce texte est plus qu’une chronique, c’est un coup de gueule et un cri du cœur lancé à la face de nos familles pour une prise de confiance. Ma plume saigne, les mots me manquent face aux maux qui rongent nos vies de famille.
Quand un père de 70 ans ne parle plus avec sa femme, une mère de 60 ans révolus, que peut-on retenir d’une histoire d’amour aux sentiments désuets, effrités par les grands vents du temps ? Quand le mari attentionné d’antan finit sa course sentimentale dans un duel de dos à dos en grelotant dans les bras solitaires d’un amour délétère, dites-moi, c’est quoi l’amour ? Qu’est ce que le mariage s’il peine à être un alliage, mieux un attelage ? Il y a des foyers où le mari subvient convenablement aux besoins de sa famille sans daigner manger la nourriture de sa femme par dégoût ou par méfiance. Quand le plat de madame n’est plus au goût de monsieur et quand madame réduit monsieur au rang de tocard pour son infortune, son infirmité ou sa pauvreté, quelle langue digne va bénir les enfants de l’union ? Quel cœur les portera en prière quand la haine y a élu domicile ?
J’ai vu des frères se détester avec sincérité au point de faire de la haine un héritage légué à leurs enfants pour la postérité. Sur son lit d’hôpital, du haut de ses 50 ans, il jure de ne jamais pardonner et intime aux infirmiers et à sa femme de ne jamais laisser son frère aîné franchir le seuil de la porte de sa chambre d’hôpital. Après deux semaines d’agonie sur son grabat, il rendit l’âme mais avant d’émettre son dernier souffle, il signa de son sang son intransigeance en guise de dernière volonté : « dites à mon frère que je ne veux pas le voir s’incliner sur ma dépouille, de surcroît sur ma tombe ». De vie à trépas, il y a des frères et sœurs du même « ventre » qui se détestent tellement bien, qu’ils se jettent de mauvais sorts pour jouir de leur haine mutuelle.
Parfois, ils ont l’argent mais leur richesse ne sert à personne, si ce n’est pour payer de grands marabouts pour venir à bout de l’autre sur l’autel sanglant du désamour intime et fidèle. Ce qui est curieux, dans ces familles, chacun se dit
« croyant pratiquant ». Il y en a même qui sont allés à Rome ou à la Mecque ! Dès l’entrée de la maison, une croix majestueuse du Christ occupe le fronton de la porte. Chaque dimanche, il se bousculent à l’église mais ne s’asseyent jamais sur le même banc. A l’heure de la communion, ils se bousculent encore pour happer le corps du Christ en scandant un « amen » grandiloquent, plein de vanité. Dans la même catégorie, il y en a qui ont érigé une mosquée dans la cour familiale, mais c’est dehors que Dieu lui-même rôde sans daigner entrer dans le sanctuaire de cacophonie familiale.
Nos familles sont devenues le front des oppositions bestiales de toute nature. Entre la belle-mère et la belle-fille, il n’y a plus rien de beau, tout est peint en noir ; même le bien est vu comme un leurre au revers maléfique. La relation entre la mère et la belle-fille ressemble à un duo de coépouses.
Quand les deux partagent la même concession, chaque jour est un jour de guerre latente ou ouverte sous le regard
inquisiteur des belles-sœurs pyromanes, alliées sûres de la belle-mère. Il y a comme une tradition de rivalité entre ces femmes et beaucoup de foyers ont volés en éclat. Dans cette compétition de basse altitude, la famille se déstructure et se réduit parfois en lambeaux, en affectant tout une fratrie sous le regard désabusé des familles alliées.
Finalement, l’homme est un loup pour l’homme comme se méfiait Thomas Hobbes. Nous vivons à peine 80 ans pour
les plus chanceux, mais nous passons parfois la moitié de notre vie à détester, à convoiter, à bouder. Nous prétendons croire en un Dieu que nous ne voyons pas et nous crions sur tous les toits notre amour pour Lui, mais nous détestons avec un certain plaisir le visible prochain que nous voyons et côtoyons. Mais heureusement, il y a des familles paisibles, parfois même sans un sou vaillant, mais le cœur des membres est rempli d’humanisme et d’amour. Il y a des familles qui ne brandissent pas leur foi mais sont mille fois plus en joie que les folkloristes spirituels de la vanité. En attendant que toutes les familles en crise enterrent la hache de guerre, soyons des solutions plutôt que des problèmes dans nos relations humaines.
Clément ZONGO
Clmentzongo@yahoo.fr



