Vaccination : cinq pays africains s’allient contre les enfants « zéro-dose »

Et si le numérique permettait de retrouver les enfants les plus difficiles à atteindre par les programmes de vaccination ? À Dakar, cinq pays africains ont placé la digitalisation au cœur de leurs stratégies de lutte contre les enfants « zéro-dose ». Suivi nominatif, croisement des données géographiques et vaccinales, registres électroniques, interopérabilité des plateformes : les innovations numériques apparaissent désormais comme un levier majeur pour identifier, atteindre et maintenir les enfants dans le parcours vaccinal.

Cinq pays africains veulent accélérer la lutte contre les enfants « zéro-dose ». Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Djibouti et la Gambie ont mis en commun leurs expériences et identifié des solutions susceptibles d’améliorer l’accès à la vaccination des enfants les plus difficiles à atteindre.

La rencontre, organisée par Galien Africa en collaboration avec le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique du Sénégal, a réuni pendant quatre jours des délégations des cinq ministères de la Santé, ainsi que plusieurs partenaires techniques, financiers et académiques, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF, l’Institut Pasteur de Dakar et la Fondation Gates.

Cette première mission régionale de benchmark s’inscrit dans la dynamique engagée lors du Dîner ministériel organisé en marge du Forum Galien Afrique 2025. L’objectif est de faire de l’apprentissage entre pays un levier pour accélérer la vaccination et réduire durablement le nombre d’enfants « zéro-dose ».

Des solutions observées sur le terrain

Durant les quatre jours de travaux, les délégations ont présenté leurs difficultés, leurs innovations et leurs bonnes pratiques. Elles ont également effectué des visites auprès de la Direction de la Prévention, notamment la Division de l’Immunisation, ainsi que dans le district Dakar Centre.

Les échanges ont notamment porté sur la gestion des stocks, le suivi de la chaîne du froid, la gestion des équipements et la distribution des vaccins. L’expérience sénégalaise a également mis en évidence l’importance de l’accompagnement humain dans l’utilisation des outils numériques.

Après un coaching de proximité, le taux d’utilisateurs actifs du Tracker est ainsi passé de 50 % à plus de 90 %, selon les informations communiquées par Galien Africa.

Dans le district Dakar Centre, les délégations ont également découvert des interventions mobiles organisées entre 16 heures et 20 heures. Une approche qui vise à adapter les horaires et l’offre de vaccination aux réalités des familles.

Les participants ont aussi accordé une attention particulière aux approches communautaires. La « Ronde des jeunes filles », basée notamment sur les relations entre pairs et la confiance, a été présentée comme une expérience destinée à renforcer l’adhésion à la vaccination contre le HPV.

Quatre leviers pour accélérer les résultats

Au-delà du partage d’expériences, les troisième et quatrième journée ont été consacrées à l’analyse des conditions nécessaires pour transposer certaines pratiques dans les différents contextes nationaux.

Les discussions ont notamment concerné le financement domestique et territorial de la vaccination, la mobilisation de nouvelles ressources, la participation des communautés, l’accès aux populations mobiles et frontalières, ainsi que la professionnalisation et la motivation des acteurs de santé communautaire.

Quatre leviers structurants ont finalement émergé des travaux : un financement domestique durable et innovant, une gouvernance multisectorielle, la digitalisation et l’interopérabilité des données, ainsi qu’une participation communautaire renforcée.

Au terme de la mission, les cinq délégations ont retenu 21 actions prioritaires. Deux orientations communes se dégagent de leurs feuilles de route nationales : le renforcement du

Vers une coopération régionale durable

La rencontre de Dakar ne devrait pas rester au stade du simple échange d’expériences. Les cinq pays ont identifié des domaines dans lesquels ils pourront apprendre les uns des autres.

Le Gabon, la Côte d’Ivoire et la Gambie souhaitent notamment s’inspirer de l’expérience sénégalaise en matière d’outils digitaux. De son côté, le Sénégal entend tirer des enseignements de l’expérience gambienne dans la cartographie des enfants « zéro-dose ». Le Gabon prévoit également de partager son manuel de maintenance de la chaîne du froid une fois celui-ci validé.

Une matrice régionale commune doit permettre de suivre les actions retenues, leurs responsables et leurs indicateurs. Une première revue est prévue dans trois mois, suivie d’une seconde à six mois afin d’évaluer les effets obtenus sur l’identification, l’accès aux services et la vaccination des enfants « zéro-dose ».

Pour les participants, l’enjeu dépasse désormais le simple échange de bonnes pratiques. Il s’agit de transformer ces expériences en résultats mesurables sur le terrain : identifier davantage d’enfants, les atteindre, les vacciner et les maintenir dans le parcours vaccinal.

Synthèse :BS

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