39 ans après, Sankara vit encore !

Cela fait 39 ans que le père de la Révolution burkinabè a passé l’arme à gauche. Le 15 octobre 1987, un rêve s’est brisé, un mythe est tombé sous une pluie de plombs déversée par une amitié « sincère » sous le couvert d’une fraternité suicidaire. Le 15 octobre, l’espoir de tout un peuple s’est retrouvé dans une tombe de 47 centimètres de profondeur. Douze de ses compagnons ont fait les frais de l’inimitié intime entre sublimes frères d’armes, entre alter ego à vie pour un pouvoir à vie, sans survie.

39 ans après, l’ombre de Sankara plane toujours sur le Burkina Faso et « ravive » l’esprit de ses concitoyens. Sankara est devenu aujourd’hui le cri du cœur d’un changement qui prend forme dans le brouhaha de l’incrédulité qui tonne. Certains de ceux qui ne juraient que par son nom se sont refugiés dans un silence assourdissant qui étonne l’histoire. Ceux qui avaient fait de son nom le mot de passe ou un slogan de marketing politique, ou encore ces accrocs aux tee-shirts estampillés de l’effigie de Sankara marchant aujourd’hui presqu’à ras le sol, pendant que la lutte bat son plein. Il y en a même qui « décoraient » leurs discours politiques avec les citations les plus viriles du héros ; aujourd’hui ils peinent à psalmodier le seul bout de phrase de l’homme avec l’entrain d’antan.

Thomas Sankara n’a pas triché pour entrer dans l’histoire. De son vivant, il était l’homme du peuple qui ne faisait rien pour lui mais tout pour le peuple. Il suffit de tenter d’énumérer ses avoirs et son héritage pour se rendre compte qu’il était pauvre par principe et que cette pauvreté était sa plus grande richesse. Il suffit de comparer ses richesses avec celles de ses successeurs pour tout
comprendre.

39 ans après sa mort, Thomas Sankara continue d’inspirer plus d’un président. Même ceux qui le persécutaient savaient reconnaitre son courage et sa volonté de changer le destin de son peuple. Il n’est pas parvenu au pouvoir par la voie des urnes, mais en quatre ans, il a éveillé la conscience des Burkinabè et tracé la voie de la liberté sans tutelle. En quatre ans de Révolution, il a su imprimer en chaque Burkinabè le sens du patriotisme avec comme boussole, l’intégrité. Pour lui, il n’y a rien de plus grand pour un homme que d’être libre de penser et d’agir. Compter sur soi pourrait être le slogan de sa vision du développement, pendant que d’autres tendaient la main pour des broutilles qu’ils grignotaient avant de laisser tomber les miettes pour le peuple. Sankara le disait avec conviction : « il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous ».

Malheureusement, ceux qui  l’entouraient n’étaient pas tous  convaincus du même idéal et ils soulevaient le poing pour scander la devise du Burkina, c’était pour l’asséner sur le sincère icône révolutionnaire qui semblait venir d’une autre planète. Les gens voulaient manger, frimer, s’enrichir et jouir du pouvoir et de la vie. Entre le treillis et les costumes haut de gamme à la cravate de soie, le choix relevait d’un secret de polichinelle ; entre les bottes militaires et les souliers de classe mondaine, la glissade était très facile et cerise sur le gâteau, désormais les bulletins de vote remplaceront les armes. Et la démocratie l’emporta sur la Révolution avec  à la clé, la liberté qui frise la permissivité, le droit qui se moque du devoir et le tout dans une transparence à peine visible à la loupe.

Pendant plus de 30 ans, le Burkina Faso a chancelé entre stabilité précaire et développement en pointillés, jusqu’à ce qu’une guerre lui soit imposée avec des bandes armées, malicieusement qualifiées de « groupes armées non étatiques ». Le pays est vite peint en rouge par
ceux-là même qui s’y pavanaient en villégiature et nous traitaient de bons élèves de la démocratie. Les élections étaient contestées mais
les bénédictions de la métropole sanctifiaient les résultats et remettaient le pays sur les rails de la  légalité. Et avec les mêmes maîtres à penser, nous ne pouvions même pas acheter une « kalash » sans faire la courbette même avec notre argent.

Pendant ce temps, les institutions de la république étaient démocratiques, le gouvernement était démocratique, mais une partie du peuple était sous blocus terroriste et nous faisions les choux gras des éditions spéciales des médias occidentaux avec des titres sensationnels aux relents d’horreur. Le Burkina Faso était au bord du chaos, jusqu’à un certain 30 septembre 2022, quand un digne fils du pays, décida de prendre ses responsabilités et sauta de plein pied dans le bateau qui chavirait. En 4 ans de Révolution progressiste populaire, les résultats n’ont pas de senteur démocratique mais ils ont l’éloquence d’un engouement populaire. Capitaine Ibrahim Traoré, restez concentré et continuez à pédaler !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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