39e commémoration du 15-Octobre 1987 : « La meilleure manière de rendre hommage à Thomas Sankara et autres victimes est de poursuivre leur combat »

A l’occasion de la commémoration du 39e anniversaire de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et ses douze compagnons, le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a rendu hommage à l’illustre disparu. Il a indiqué que les idées du capitaine Sankara restent vivantes. Pour le chef de l’Etat, la meilleure manière de rendre hommage à Thomas Sankara et autres victimes est de poursuivre leur combat.

Camarades,
Le 15 octobre 1987, à pareille heure et en ce lieu- même, c’était également un jeudi comme aujourd’hui, l’impérialisme et ses valets locaux ont prétendu nier une conviction fondamentale : qu’un peuple d’Afrique puisse être un peuple digne, et qu’un pays dit « sahélien » puisse parler au reste du monde d’égal à égal.
Ils se sont trompés lourdement !
Car une idée ne meurt pas sous les balles assassines de l’adversité ; elle meurt seulement lorsqu’on cesse de la défendre. Cet après-midi, en nous rassemblant ici, nous ne commémorons pas seulement une date. Nous affirmons, trente-neuf années après, que la voix qui fut brisée ce jour-là, n’a jamais cessé de porter. Elle a traversé les frontières, les générations, les continents. Elle résonne toujours, chaque fois qu’un peuple conscient, quelque part, refuse de plier l’échine.
Souvenons-nous de ce qu’était notre Pays en 1983 : un pays qu’on disait condamné ; un pays classé parmi les derniers à tous les niveaux de développement ; un pays dont on se moquait jusqu’au nom.
Et souvenons-nous de ce que ce peuple a accompli en quatre années seulement : des millions d’arbres plantés ; des villages dotés de dispensaires et d’écoles ; des femmes dans les plus hautes sphères de décision ; un chemin de fer construit à la force des bras et de la volonté ; une dignité reconquise.
Ce n’était pas un miracle. C’était la preuve vivante qu’aucune pauvreté ne prédestine un peuple à la mendicité ; qu’aucune géographie ne condamne une nation au silence. Thomas SANKARA l’a dit ici même : « Qui ne s’aime pas, ne peut pas aimer les autres. » Et il a montré qu’un peuple qui s’aime se met debout et marche comme un seul homme.

Camarades,
Gardons cette date gravée dans notre mémoire, avec courage et détermination ; mais aussi avec lucidité. Thomas SANKARA n’est pas tombé sous les coups de l’ennemi qu’il combattait à visage découvert. Il est tombé sous les coups de ceux qui partageaient sa table, son uniforme et son serment.
La leçon du 15 octobre est éloquente : une révolution ne meurt pas seulement de la méchanceté de ses ennemis du dehors ; elle meurt, avant tout, de la division fratricide de ses propres gardiens.
Quand la confiance se fissure entre camarades, l’ennemi n’a plus besoin d’assaut : il attend que le doute naisse dans les esprits, que la confiance cède à la méfiance, que l’harmonie fasse place à la cacophonie et que l’unité tant chère vole en éclat. Oui, quand l’ambition personnelle prend le pas sur le serment collectif, la porte s’ouvre de l’intérieur.
C’est pourquoi, je le dis haut et fort : la fidélité au combat est d’abord la fidélité entre nous. La vigilance commence par le refus de la calomnie, du soupçon entretenu, du mot malveillant qui divise. Un révolutionnaire qui sème la division parmi les siens travaille, qu’il le veuille ou non, pour l’adversaire.
Il est temps que ceux qui travaillent à nous diviser comprennent que le Burkina Faso de 2026 n’est pas celui de 1987. Vous l’avez suffisamment prouvé par votre mobilisation historique du 30 septembre dernier, lors de la célébration des quatre (04) ans de la Révolution Progressiste Populaire. Ce qu’ils ont cru détruire s’est régénéré. Ce qu’ils ont cru ensevelir, est ressorti de terre, plus fort, plus conscient, plus déterminé.

Camarades,
La meilleure manière de rendre hommage à Feu le Capitaine Thomas SANKARA et aux autres victimes des événements tragiques du 15 octobre et les jours d’après, n’est pas de les pleurer, mais plutôt de poursuivre leur combat. Ce combat, vous l’accomplissez déjà sur le théâtre des opérations au front, dans les champs, dans les bureaux, dans les usines, dans les ateliers, dans les salles de classe, dans les médias, sur les réseaux sociaux, et j’en oublie.
Je salue nos braves Forces de Défense et de Sécurité, nos vaillants Volontaires pour la Défense de la Patrie qui, chaque jour, se sacrifient au prix du sang, pour que vive la patrie. Je salue les paysans qui produisent contre vents et marées, les artistes et artisans qui façonnent notre imaginaire, les Serviteurs du peuple qui servent effectivement ; chacun à son poste, avec responsabilité et dévouement, les travailleurs du secteur privé dont la contribution est réelle et hautement stratégique, les jeunes qui innovent pour relever les défis de toute une génération, les femmes qui refusent de faire de la féminité un handicap ou une excuse et se battent dignement et sans complexe aux côtés des hommes pour porter au firmament notre idéal commun : la Liberté !
À chaque fois qu’un Africain choisit de produire plutôt que de mendier, de demeurer digne plutôt que de se désavouer, de servir plutôt que de se servir, c’est Thomas SANKARA qui se révèle. Et sa leçon économique demeure intacte sur le marbre de l’histoire : « consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons », tel est l’antidote de la pauvreté, la formule du développement endogène.
Parce que, chaque tonne de céréale récoltée sur notre sol, chaque atelier ouvert, chaque entreprise créée par nos propres fils et filles, chaque denrée importée en moins, est une victoire sur la dépendance. L’émancipation ne se décrète pas dans les discours ; elle se construit dans les champs, dans les usines, dans les laboratoires.

Camarades,
Loin d’être un lieu de deuil, cette place est un temple du savoir et de la vie, pour la jeunesse burkinabè, africaine et du reste du monde.
J’aperçois régulièrement des centaines et parfois même des milliers de jeunes venir se ressourcer en ces lieux. Ils viennent du Burkina, d’Afrique et d’ailleurs. Ils viennent contempler, écouter, méditer, pour repartir avec une conviction neuve selon laquelle un homme peut vivre debout et un peuple peut se libérer par son propre travail.
Depuis l’ouverture des visites du Mémorial Thomas SANKARA au public, le 19 mai 2025 jusqu’au 30 septembre 2026, plus de 200 000 visiteurs ont été enregistrés, générant environ 130 millions de francs CFA au profit du Projet de construction des infrastructures du Mémorial Thomas SANKARA (PCIM-INTS). Quant à la participation populaire à l’édification du Mémorial Thomas SANKARA, je salue les ministères, les institutions, les organisations et les personnes physiques pour leurs apports inestimables à travers la campagne “Ma brique pour SANKARA”.
Je lance un appel à l’endroit de tous les Burkinabè et aux sympathisants du père de la révolution d’Août 1983, à prouver une fois de plus notre capacité à réaliser nos ambitions, en participant massivement à cette campagne.
Je félicite le Ministère chargé de la Culture et du Tourisme pour les initiatives visant à embellir l’avenue qui longe le Mémorial et je l’engage à poursuivre la réalisation des infrastructures prévues, afin d’améliorer la capacité d’accueil du site et d’en faire un lieu d’épanouisse-ment pour tous ses visiteurs.
Que le Mémorial devienne aussi une bibliothèque à ciel ouvert de la mémoire, un espace de débat pour la jeunesse, un lieu où l’on vient apprendre à servir.
Je saisis cette occasion pour traduire la reconnaissance du peuple burkinabè,
à la municipalité du troisième arrondissement de Rome qui a baptisé récemment un parc au nom du Héros de la Nation burkinabè.
Ce geste, posé à des milliers de kilomètres d’ici, prouve que Thomas SANKARA appartient désormais au patrimoine de l’humanité tout entière. D’autres villes du monde s’honorent de son nom ; c’est notre devoir de veiller à ce que son message y soit fidèlement gravé et enseigné.

Camarades,
Je ne saurai oublier les autres victimes des jours qui ont suivi le 15 octobre 1987, ici-même à Ouagadougou, à Koudougou et à Pô. Que leur mémoire demeure vivante et vivace dans nos cœurs à jamais !
À toutes les familles endeuillées, je réitère notre solidarité et notre gratitude éternelles. Leur douleur n’a jamais été vaine ; elle s’est muée en devoir.

Camarades,
Nos ennemis ont voulu que le 15 octobre marque la fin d’une espérance. Nous en faisons, chaque année, le point de départ d’une marche longue, difficile, mais qui nous mènera vers notre libération totale.
Cette libération, nous savons qu’elle a un nom : souveraineté.
Souveraineté sécuritaire, pour chasser de notre territoire ceux qui veulent compromettre nos efforts de cohésion sociale et de vivre-ensemble.
Souveraineté alimentaire, pour ne dépendre d’aucune main étrangère, pour nourrir nos enfants.
Souveraineté économique et monétaire, pour que nos richesses servent d’abord nos peuples.
Souveraineté culturelle, pour que nos langues, nos savoirs et nos valeurs ne soient plus jamais des objets de folklore mais des vecteurs d’identité et des instruments de puissance.
Alors, souvenons-nous-en ! Et surtout, travaillons-y ensemble et sans relâche ! Car l’hommage le plus fidèle n’est pas entaché de larmes ni de discours : il est fait de soldats qui tiennent la ligne de front sans fléchir, de champs cultivés, d’usines qui transforment nos matières premières, d’enfants qui apprennent pour être utiles demain, de citoyens qui refusent la corruption et la division pour sauvegarder notre intégrité dans toute son intégralité.

Gloire éternelle au Héros de la Nation et à nos martyrs !
Victoire pour le peuple debout !
La Patrie ou la mort, nous vaincrons !

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