Pour l’intérêt des peuples

La Confédération des Etats du Sahel (AES) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont ouvert, le 17 octobre 2026, à Dakar au Sénégal, une nouvelle page de leurs relations. La rencontre de Dakar marque une étape importante dans la recherche d’un cadre de coopération entre les deux organisations sous régionales.

Au-delà des divergences politiques et institutionnelles, le conclave traduit un impératif de préserver les intérêts des peuples ouest-africains.

Il s’agit là d’une initiative diplomatique à saluer à sa juste valeur. En effet, dans les relations entre Etats, le recours aux négociations n’est pas un aveu de faiblesse. Il est plutôt une manifestation de maturité politique, de lucidité et de responsabilité. Lorsque des décisions institutionnelles engagent l’avenir de millions de citoyens, le dialogue demeure un instrument essentiel pour prévenir des ruptures préjudiciables, désamorcer d’éventuelles tensions et rechercher des solutions mutuellement bénéfiques.

L’ouverture de ces échanges consacre également la reconnaissance d’une réalité politique désormais indiscutable. Il s’agit de l’existence de deux regroupements géographiques dans l’espace ouest-africain. D’un côté, la CEDEAO et de l’autre, la Confédération AES, constituée par le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Prendre acte de cette réalité revient simplement à entretenir une cohabitation fructueuse et à faciliter le dialogue. Cette donne ne signifie ni renoncer à ses convictions, ni renier ses choix souverains. Au contraire, elle consiste à se donner les moyens de construire des relations fondées sur le respect mutuel, la considération des intérêts réciproques, la recherche de solutions pragmatiques…

Cela est d’autant plus indispensable que les enjeux sont considérables. Ils touchent d’abord à la libre circulation des personnes et des biens, à la sécurité juridique des ressortissants établis de part et d’autre des frontières, ainsi qu’à la préservation des liens familiaux, sociaux et économiques. Ils concernent ensuite la continuité des échanges commerciaux et des approvision-nements, notamment en denrées alimentaires, en hydrocarbures et autres produits agricoles.

Pour des pays sahéliens, l’accès  aux corridors portuaires des pays côtiers demeure capital. De même, les pays côtiers tirent de leurs échanges avec les pays sahéliens des revenus substantiels issus du transit des marchandises, des activités portuaires, du transport, de la logistique et du commerce, tout en consolidant leurs marchés et leurs débouchés économiques. La fluidité des échanges entre les deux entités profite ainsi à l’ensemble des acteurs de la sous-région.

La sécurité constitue un autre défi majeur. Face aux menaces terroristes et criminelles qui ignorent les frontières, la coopération, le partage d’informations et le maintien de canaux de communication opérationnels doivent prévaloir sur les incompréhensions politiques. La protection des populations exige des réponses coordonnées, pragmatiques et adaptées aux réalités du terrain.

A cela s’ajoute la nécessité de clarifier les relations juridiques et institutionnelles entre les deux espaces, afin d’éviter les incertitudes susceptibles de fragiliser les échanges et les droits des citoyens. La poursuite des négociations, dans un esprit de franchise et de respect, sera déterminante pour consolider la confiance et prévenir les conséquences d’une fragmentation durable de l’espace ouest-africain.

La rencontre de Dakar rappelle déjà une vérité fondamentale qui est que la souveraineté et la coopération ne sont pas antinomiques. Lorsqu’elles s’exercent dans la prise en compte des intérêts légitimes de chacun, elles peuvent se renforcer réciproquement. L’avenir de notre sous-région ne se construira ni dans l’immobilisme ni dans la confrontation permanente, mais dans la capacité des dirigeants à dialoguer sans forcément renoncer à leurs principes et à rechercher, avec détermination, des solutions profitables à leurs peuples. C’est à cette exigence de responsabilité historique que les échanges de Dakar invitent désormais l’ensemble des acteurs ouest-africains.

Par Assetou BADOH

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.