Le Cap-Vert vit actuellement au rythme de la campagne pour l’élection présidentielle du 15 novembre prochain, avec six candidats en lice, dont le chef de l’Etat sortant, José Maria Neves et Joana Rosa, leaders respectifs des deux éternels partis rivaux, le PAICV et le MPD. Cette pêche aux voix se déroule dans la quiétude dans cet Etat insulaire de l’Afrique de l’Ouest, réputé n’avoir jamais été le théâtre de violences électorales depuis son passage au multipartisme en 1991. Cité comme un modèle de démocratie sur le continent, l’archipel tient bien sa réputation et entend une fois de plus le démontrer à l’occasion de cette présidentielle à deux tours.
Remportant à tour de rôle les législatives et/ou les présidentielles, avec de fréquents scénarios de cohabitation, le PAICV et le MPD vont animer la scène politique comme à l’accoutumée. Cette fois-ci, leur rivalité politique semble tourner en faveur du parti présidentiel. Alors qu’il tenait le Parlement, ces dix dernières années, le MPD a échoué à garder la main aux législatives de mai dernier en prélude à la présidentielle, redonnant de l’avance au PAICV. Cette victoire met en confiance, le chef de l’Etat, qui était contraint à la cohabitation avec le MPD, si elle n’offre pas la possibilité à son parti de reprendre les pleins pouvoirs. La réélection de José Maria Neves est à portée de main. En l’absence de sondages d’opinion quasi-inexistants au Cap-Vert pour donner des tendances, il semble en bonne posture pour rempiler, à la lumière des acquis de sa gouvernance.
Le plus grand marché de prédiction au monde, Polymarket, prédit d’ailleurs son sacre au scrutin et pourrait avoir raison. Pour espérer rester aux commandes du pays, la figure de proue du PAICV met en exergue son expérience dans la gestion du pouvoir. Aussi, se positionne-t-il comme le garant de la stabilité et de la continuité démocratique au Cap-Vert. Si, José Maria Neves peut vanter ses atouts en bon politicien, les résultats de son premier mandat parlent véritablement pour lui. Sur le plan économique, l’archipel a fait des avancées remarquables, avec le tourisme comme secteur porteur.
Le Produit intérieur brut (PIB) du Cap-Vert a progressé de 6,3% en 2025 après une croissance soutenue en 2024, selon la Banque mondiale. L’année dernière, le Cap-Vert a connu son premier excédent budgétaire global depuis 2007 à hauteur de 1% du PIB. La dette publique cap-verdienne est également retombée à 100,7 % du PIB contre un niveau précédemment élevé. Les réalités changent positivement aussi sur le marché de l’emploi. Le taux de chômage est passé de 11, 90 en 2024 à 6, 2% en 2025. Le recul de la pauvreté a été également observé à cause de la reprise des services. A l’aune de ces progrès, l’archipel, qui fait montre d’une résilience économique, a rejoint la catégorie des pays à revenus intermédiaires de la tranche supérieure depuis juillet 2025.
Rare en Afrique subsaharienne, ce statut est de nature à mettre en grande confiance, les bailleurs, les investisseurs et les partenaires internationaux. Autant dire que le président sortant surfe sur de bons résultats, qui le placent en position confortable dans la course à sa réélection. La beauté envoutante des paysages au Cap-Vert ne saurait pourtant faire ombrage aux difficultés vécues par les populations. Il reste fort à faire pour, entre autres, lutter contre les effets du changement climatique, combattre davantage la pauvreté et le chômage et faciliter l’accès aux crédits.
José Maria Neves le sait très bien et pourrait, en cas de réélection, poursuivre ses efforts pour un Cap-Vert encore plus prospère. Les avancées enregistrées ces dernières années font manifestement de lui, le candidat le mieux placé pour l’emporter. La principale adversaire du chef de l’Etat sortant, Joana Rosa de la MPD, a-t-elle également fait cette lecture, au point de prédire et sans le dire ouvertement, une défaite de son camp à la présidentielle ? Le Cap-Vert fonctionnant selon un régime semi-présidentiel, elle a entamé un plaidoyer pour un équilibre du système, notamment à ce que la Présidence de la république soit un contrepoids, comme si les carottes étaient déjà cuites pour son camp. En tous les cas, le dernier mot revient aux urnes.
Kader Patrick KARANTAO



