5 avril 1984 – 5 avril 2019. Le quotidien Sidwaya souffle ses 35 bougies. A l’occasion de cet anniversaire, le «Journal de tous les Burkinabè» est allé à la rencontre de quelques pionniers qui ont marqué de leurs empreintes l’entreprise publique de presse.

Le «Journal de tous les Burkinabè» a 35 ans. Il a été créé sous l’égide du président Thomas Sankara, le 5 avril 1984. «Nous avons reçu une mission du président du Conseil national de la révolution de créer un journal. Il aimait beaucoup la presse et nous avons travaillé ensemble. Lorsque nous avons veillé pour sortir le premier numéro le 5 avril, c’était extraordinaire», se souvient le premier directeur des rédactions, Luc Adolphe Tiao. Plein d’émotions, il ajoute : «c’est comme une femme qui venait d’accoucher. C’était à la fois une très grande joie parce qu’il y avait des journalistes de très bon niveau. Certains ont, tout de suite, qualifié Sidwaya de journal de propagande». Certes, il faisait de la propagande révolutionnaire, dit-il, mais il y avait des articles de très belle facture. Travailler à Sidwaya était une fierté en ce sens que le journal avait aussi beaucoup de liberté contrairement à ce qu’on pouvait penser, ajoute celui qui deviendra en 2011 Premier ministre du Burkina. «Si je revois le contenu des articles de Sidwaya de l’époque, par rapport à certains journaux gouvernementaux de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Togo, il n’y avait pas de comparaison du point de vue du ton et de la liberté», confie l’ex-président du Conseil supérieur de la communication (CSC) de 2001 à 2008. Plus de trois décennies après sa création, ce journal s’est imposé dans l’univers médiatique burkinabè. Le quotidien d’Etat a grandi, se réjouissent les pionniers.

Michel Ouédraogo, député et ancien directeur général des Editions Sidwaya ne cache pas sa joie d’avoir apporté sa touche au rayonnement du journal. «Merci au seigneur qui m’a donné l’opportunité de diriger le quotidien d’Etat Sidwaya. Belle entreprise, belle œuvre, j’ai essayé d’apporter ce que je pouvais pour donner une vision au journal de tous les Burkinabè», affirme-t-il fièrement. Il explique que partout en Afrique, les quotidiens d’Etat ont mauvaise presse, car certaines opinions croient que ce sont les gouvernants qui dictent la ligne éditoriale et le traitement de l’information. «Le quotidien Sidwaya est un produit de la Révolution qui avait une vision centraliste. A partir de 1987, mieux en 1990, il y a eu des évolutions et le retour à la démocratie. Dans le contexte démocratique, certains ont voulu appliquer les principes révolutionnaires qui se sont révélés contradictoires», relate-t-il. A son arrivée à la tête des Editions Sidwaya, son objectif était d’assurer une liberté dans le traitement de l’information.
«Cela n’a pas été une chose aisée», se souvient M. Ouédraogo. Car, il fallait accepter les remontrances, mais aussi donner un souffle nouveau à Sidwaya. «Des devanciers comme David Barry, Luc Adolphe Tiao, nous ont inculqué cette vision professionnelle de la liberté d’information», lance-t-il. Les beaux souvenirs, Michel Ouédraogo en garde de son passage à Sidwaya. Les plus mémorables, après la «libération» de la ligne éditoriale du journal, c’est d’avoir été le premier quotidien d’informations de la sous-région à paraître en couleurs. «L’arrivée de la couleur a laissé une empreinte sur l’ensemble des quotidiens et journaux burkinabè. Aujourd’hui, paraître en couleurs est un jeu d’enfants. Mais à l’époque, c’était un grand défi. Cela a été une grande satisfaction», se rappelle-t-il.

«J’ai échappé à un dégagement»

Ancien journaliste de Sidwaya, l’ex-présidente du Conseil supérieur de la communication (CSC), Béatrice Damiba, garde également des souvenirs indélébiles du journal qu’elle a vu naître. Le rythme effréné de travail, la disponibilité de tous, la confraternité, l’ont beaucoup marquée. «Nous étions comme une famille», témoigne Béatrice Damiba. Des «frayeurs», elle en a eues. A cause de sa liberté d’opinion, elle a falli être «dégagée» par les autorités politiques. «J’ai échappé à un dégagement à cause de mes écrits qui sortaient de la ligne prescrite par le ministre Adama Touré, sous la Révolution.

Mon licenciement n’a pas abouti parce que le président Sankara appréciait bien ma liberté de ton, de critique et de propositions. Il n’a donc pas accepté que je sois sanctionnée», lance-t-elle. Le Burkina Faso a traversé des époques ayant parfois remis en cause la liberté de presse, soutient Michel Ouédraogo. «Le progrès d’un journal, c’est la liberté de presse, d’écriture… Sidwaya a progressé dans cette dynamique», insiste-t-il. «Ce qui est fondamental dans un journal, c’est de sentir à l’intérieur que les journalistes écrivent avec liberté, qu’ils sont sûrs de leurs opinions, ont vérifié leurs informations. C’est ce que j’appelle le progrès pour un journal. Que le quotidien continue dans ce progrès», soutient l’actuel député du Congrès pour la démocratie et le progrès.

«Une référence pour l’histoire»

Pour avoir dirigé le CSC, Béatrice Damiba a une appréciation positive de Sidwaya parce qu’il n’a pas été très souvent sanctionné par l’organe de régulation. Fort de ce constat, elle souhaite que le professionnalisme, le respect des règles de l’éthique, de la déontologique soient davantage renforcés…Toutefois, elle conseille aux journalistes d’avoir un certain courage de leurs opinions, de critiquer, de faire des propositions, même les plus osées. «Que Sidwaya soit une référence pour l’histoire du pays. Il faut être très méticuleux pour ne pas faire des erreurs.

Que Sidwaya grandisse toujours en sagesse et en professionnalisme», a formulé la journaliste à la retraite. Michel Ouédraogo souhaite que la jeune génération prenne son destin en main. Pour lui, c’est dommage que certains médias d’Etat soient en train de perdre leur identité et crédibilité. «Je sens de plus en plus qu’il y a un laisser-aller politique vis-à-vis des médias d’Etat. Sont privilégiés aujourd’hui, certains médias privés en terme d’exclusivité surtout gouvernementale et cela pose un problème. Cela met en cause non pas le professionnalisme des journalistes, mais l’existence de ces médias», souligne-t-il. Quelle fierté avez-vous lorsqu’un message émanant du gouvernement est donné par les médias privés, s’interroge-t-il ? «Sur la question essentielle du terrorisme, ce sont les médias privés qui donnent l’exclusivité. Il faut que les autorités politiques se ressaisissent. Parce que les médias publics appartiennent aux Burkinabè», alerte M. Ouédraogo. Toutefois, il souhaite que le média public travaille beaucoup pour son autonomie financière et œuvre pour que le journal soit une référence pour les annonceurs publicitaires tout en s’ouvrant à
l’international.

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr

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