Nommé le 21 janvier dernier à la tête du gouvernement, le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, sera aujourd’hui 16 mai 2019, devant la Représentation nationale, pour son Discours sur la situation de la nation (DSN). Après s’être soumis à l’exercice républicain du 18 février, sa Déclaration de politique générale (DPG), le chef du gouvernement sacrifie à une autre tradition constitutionnelle. En effet, selon l’article 109 de la Constitution burkinabè, «Le Premier ministre expose directement aux députés la situation de la Nation lors de l’ouverture de la première session de l’Assemblée nationale. Cet exposé est suivi de débats et ne donne lieu à aucun vote».

L’exposé des grandes lignes de la politique générale de son gouvernement ayant été fait «30 jours après sa nomination», comme le stipule la loi fondamentale, Christophe Dabiré revient donc à la charge pour faire un diagnostic sans complaisance d’un Burkina, assailli de toutes parts par des «individus armés non identifiés». Le pays est en guerre contre un ennemi inconnu depuis maintenant trois ans et de toute évidence, la préoccupante situation sécuritaire, marquée par les attaques terroristes, sera le plat de résistance du premier discours du genre du chef du gouvernement.

Dans sa feuille de route dévoilée en février devant les députés, le Premier ministre signifiait clairement que la paix et la sécurité sont des conditions indispensables à la mise en œuvre d’un programme de développement. Il s’était donc engagé à apporter des réponses «vigoureuses et diligentes» à la sécurisation du territoire national. Si le front de l’Est, où les attaques étaient quasi-quotidiennes, semble visiblement connaître une accalmie avec l’opération «Otapuanu», ce n’est pas le cas dans la Boucle du Mouhoun, le Centre-Nord, le Nord et le Sahel. C’est en somme un tableau quelque peu assombri par les assassinats, enlèvements, affrontements communautaires, destructions d’édifices publics, privés et confessionnels, mettant en péril la paix et la sécurité des personnes et des biens dans plusieurs parties du pays, que le Premier ministre dépeindra à l’Hémicycle.

Convaincu comme Thomas Sankara, que «notre peuple uni et mobilisé constitue une force inébranlable, une puissance capable de prendre en main son propre destin», Christophe Dabiré devra appeler les Burkinabè au dialogue, à l’union sacrée dans un contexte national également caractérisé par une fronde sociale toujours en ébullition. Après la «baisse de la tension» au Ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID), de nombreux partenaires sociaux du gouvernement, notamment les greffiers, les avocats, les GSP, le personnel des ministères en charge de l’éducation et de la santé ont recommencé à donner de la voix. Tous exigent de l’équipe gouvernementale, qu’elle mette la main à la poche pour satisfaire leurs revendications. Alors que la situation sécuritaire fragile du pays ne facilite déjà pas la tâche aux gouvernants.

Symbole de la gravité de la situation nationale, le Premier ministre en était arrivé même à verser des larmes devant les parlementaires lors de sa DPG. Jusque-là, la mise en œuvre annoncée à compter de janvier 2019 des conclusions de la remise à plat de la rémunération des fonctionnaires, censée être la panacée aux revendications tous azimuts, n’est pas encore effective. Mais le gouvernement a rassuré que le processus, remis en cause depuis le récent accord avec les financiers, ira à son terme.
Sur le «front» politique, les prémices de dialogue engagé par le gouvernement avec les différents partis politiques, témoignent de sa prédisposition et sa conviction que la réconciliation nationale serait d’un apport inestimable à la stabilité, à la paix et au développement économique du pays.

Même si les débats qui suivront le DSN ne donneront pas droit à un vote, Christophe Dabiré devra trouver des réponses aux préoccupations liées, entre autres, à la date de début effectif du dialogue, au retour des exilés et à la main tendue de l’ancien président Blaise Compaoré pour résorber la question sécuritaire. Reste aussi la question de la justice, dont les Burkinabè ont soif avec, en premier plan, le procès du putsch qui piétine depuis peu, en raison du mouvement d’humeur des avocats qui dénonçent un des dysfonctionnements sans précédent du système judiciaire.
En un mot comme en mille, c’est l’autopsie d’une nation en guerre que le Premier ministre fera aujourd’hui. Et là-dessus, son diagnostic, tout comme ses propositions à remettre le pays sur les rails, sont fortement attendus du peuple burkinabè.

Jean-Marie TOE

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