En Côte d’Ivoire, la Commission électorale indépendante (CEI) a désormais un nouveau président, Ibrahime Kuibiert Coulibaly. Celui-ci a été porté à la tête de l’institution à l’issue d’un vote au cours duquel il a obtenu la majorité absolue de 9 voix sur 15 contre 6 voix pour son adversaire Yoli-Bi Koné Klintio Marguérite. Le magistrat hors hiérarchie remplace ainsi Youssouf Bakayoko qui a passé 9 ans à la tête de la CEI. L’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel fera-t-il mieux que son prédécesseur ? Ce dernier, par l’évocation de son seul nom, Youssouf Bakayoko, revoie systématiquement à l’élection présidentielle controversée de 2010-2011. Un scrutin qui a plongé le pays de Félix Houphouët Boigny dans une crise qui a coûté la vie à plus de 3 000 âmes. Ce passé douloureux, les ivoiriens n’en veulent plus et compte sur une CEI véritablement indépendante pour la présidentielle de 2020 qui s’annonce déjà tendue. Et c’est justement là où il y a problème. La classe politique n’arrive toujours pas à accorder ses violons. La société civile et l’opposition réclament une réforme pour une “CEI équilibrée” comprenant 15 représentants (cinq pour l’opposition, cinq pour la mouvance présidentielle et cinq pour la société civile). Leur requête n’a pas eu un écho favorable. En effet, la nouvelle CEI, adoptée fin juillet, comprend 15 membres, contre 17 auparavant mais la composition est différente de celle souhaitée par l’opposition. Elle est composée d’un représentant du président de la République, un du ministre de l’Intérieur, six de la société civile, six des partis politiques équitablement répartis entre le pouvoir et l’opposition et un représentant du Conseil supérieur de la magistrature. Une organisation vivement critiquée par les partis politiques de l’opposition, membres de la Coalition pour la démocratie, la réconciliation et la paix (CDRP, plateforme portée par Henri Konan Bédié). Estimant que la CEI révisée est une copie pâle de la précédente, ils ont rompu les discussions avec le gouvernement et n’ont proposé aucun représentant. Et mieux, la coalition a ouvert une bataille judiciaire en saisissant la Cour africaine des droits de l’homme à l’effet de déclarer la non-conformité de la Côte d’Ivoire aux engagements internationaux. Cette même cour avait rendu en 2016 un arrêt jugeant l’ancienne CEI déséquilibrée et demandant au gouvernement de changer sa composition. En attendant le verdict dans cette affaire, les jours sont désormais comptés pour la nouvelle équipe qui doit aller au charbon. Elle peut s’appuyer sur les trois membres de l’opposition que sont Henriette Lajou, ancienne ministre de Laurent Gbagbo, Alain Dogou, également ancien ministre et Daudet Yapi-Yapo, ancien maire de Yakassé-Attobrou, considéré comme un proche de Gbagbo.
L’institution peut également compter sur son président qui a des connaissances en technologies électorales et qui se présente comme un homme d’expérience. Fort de ces atouts, il reste à cette nouvelle CEI de libérer son génie, pour éviter le spectre d’une seconde crise post-électorale qui pourrait compliquer la situation interne de la Côte d’Ivoire et celle des pays voisins qui subissent déjà les affres de la menace terroriste.

Abdoulaye BALBONE

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