Décidément le rendez-de-vous de Pau est en train de démanger la peau des plus sensibles aux éruptions diplomatiques. Si seulement ils savaient que la diplomatie est un jeu d’influence et d’impression, ils allaient baisser la pression et éviter d’en faire une passion inutile. C’est comme si 2020 était décrétée année internationale de la clarification où tout sera dit sans tabou et jusqu’au bout. C’est comme si on nous prenait par la peau du cou et à fleur de peau on nous caressait dans le sens inverse des poils. Mon voisin est déjà clair là-dessus : c’est le pot de terre contre le pot de fer, mais il ne faudra surtout pas tourner autour du pot, même s’il faudra payer les pots cassés. Mais entre nous, à quoi sert de vendre cher sa peau quand on ne sait même pas combien elle vaut et coûte ? Un proverbe moaga ne dit-il pas que le lièvre ne peut pas grossir au-delà des proportions de sa propre peau ? Pourquoi donc demander à David de terrasser Goliath s’il n’a jamais pensé le faire un jour ; si David lui-même a toujours pensé que le plus fort restait plus fort ? Il paraît que mille fourmis réunies peuvent faire peur à un éléphant, mais à quoi sert mille fourmis si leur nombre n’est qu’un tas d’égos épars sur un sentier où les uns poussent et les autres tirent ? Il paraît que ceux qui dressent leur chien le jour de la battue rentrent bredouille et au meilleur des cas avec un hérisson. Rien ne sert de croiser les bras et confier son sort au ciel.
Si j’étais convoqué, pardon «invité» à Pau, j’organiserais une rencontre préparatoire à Pô avec tous ceux qui ont mal dans leur peau, en vue d’accorder la gamme de do et tout peaufiner pour éviter de se donner dos à Pau et prendre une tannée dans le dos. Si j’avais la chance d’aller à Pau, je ferais d’abord un tour à Pô, sac au dos, comme un commando, je gravirais le Pic du Nahouri avec furie pour dire aux plus ahuris qu’à Pau je ne jouerai pas au jeu de Tom et Jerry. A Pau, je parlerai comme Tom, mais Thom Sank ! Comme Jerry, mais Jerry Rawlings ! Comme N’Krumah ou Lumumba ! Parce qu’il n’y a qu’un seul jour pour entrer dans l’histoire. Le reste n’est que calculs de déboires et scrupules de manoir. Point barre ! Que l’on me secoue comme Sékou pour le OUI mal ouï qui nuit, j’encaisserai les coups et je dirai NON pour que l’histoire se répète mais désormais avec le ton qui respecte et à perpète.
A quoi sert l’amitié quand les amis ne se rendent service que devant leurs intérêts perso ? Quel ami est capable d’attendre le coup de canif pour accourir retirer la dague qui fera saigner à blanc ? A tort ou à raison, l’enfer, c’est les autres, mais peut-on être sincère avec un ami tout en lui cachant le mystère qui est en soi ? Quand la case de l’ami brûle, on n’a pas besoin d’eau propre pour éteindre les flammes. Les bons amis veillent les uns sur les autres ; ils ne se surveillent pas. Les vrais amis ne se regardent pas en plongée, il n’y a pas de grands et de petits amis ; il n’y a que des amis. Malheureusement, entre les Etats, il n’y a pas d’amitié ; il n’y a que des intérêts. Le plus fort te courtisera pour ce que tu as, ce que tu incarnes ou représentes pour lui et non pour ce que tu es et comptes être pour les tiens.
Il t’encensera au point de t’enivrer d’éloges pour mieux te tenir en laisse dans ton domaine giboyeux, aurifère, diamantifère ou pétrolifère. Face aux remous et aux tintamarres des cymbales geignards, il peindra ton territoire selon la couleur de ses humeurs pour ajouter une pincée de terreur à la terreur.
Il appellera les siens à ne plus fouler ton bourbier naguère havre de paix et rapatriera les plus vulnérables des siens en commençant par ses mômes et ses muses. Face à la marée haute d’adrénaline de tes compatriotes, il sifflera l’antijeu sans voir l’antinomie de son propre rôle dans le même jeu.
Il t’enverra un communiqué laconique ô combien condescendant, te rappelant tout ce que ton peuple ne sait pas, tout en te faisant miroiter le spectre de la disgrâce. Si jamais t’épouses un tant soit peu les désidérata de ta meute, il te jettera en pâture à ta propre écurie ou contre la fratrie de ta propre patrie. Dans ta noyade sans bouée, il te jettera une corde d’accords qui sont en désaccord avec toi-même mais qui te maintiendront en sécurité ad vitam aeternam dans le cocon douillet des poules mouillées pendant que l’insécurité fait son nid et son lit autour de toi. Début 2020 ne sera certainement pas la fin du monde, mais à cette période, naîtra ou mourra un espoir si et seulement si nous allons à Pô avant d’aller à Pau !

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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