Le piège du système

Les déboires judicaires de Guillaume Soro et de ses proches continuent d’alimenter le débat politique ivoirien. Une semaine après la condamnation de l’ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire à 20 ans de prison ferme par le Tribunal correctionnel d’Abidjan, c’est au tour de son parti, Générations et peuples solidaires (GPS) d’être dans le viseur de la justice. Après le dossier de détournement de fonds publics, c’est le deuxième round de son procès qui s’ouvre, portant cette fois-ci sur des accusations d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Selon le procureur de la République, Richard Adou, les investigations menées au cours de ces derniers mois ont permis de retrouver au siège du parti, 50 kalachnikovs, 12 lance-roquettes, 4 fusils mitrailleurs et des munitions, cachés par des présumés insurgés. Dans cette affaire, 19 personnes proches de Guillaume Soro seront prises dans les filets de la justice dont 14 militaires. Quinze parmi elles ont été inculpées et placées sous mandat de dépôt le 17 avril 2020. Selon le parquet, l’enquête a permis d’établir que le siège du parti servait à entreposer des armes. Tout comme en Côte d’Ivoire, la justice de la République démocratique du Congo (RDC) est à la trousse de « deux poids lourds » de la politique congolaise. Il s’agit de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président de la RDC, arrêté depuis le 8 avril dernier pour détournement de deniers publics et de son bras droit, l’actuel ministre de l’Enseignement professionnel, John Ntumba, visé par une enquête. Ce proche de M. Kamerhe est soupçonné d’avoir détourné des fonds avant d’être nommé au sein du gouvernement, en août dernier. Ces deux situations, bien que se produisant dans deux pays différents présentent des similitudes. Ces leaders sont poursuivis pour dissipation de deniers publics, toute chose qui suscite moult réactions ou commentaires. L’on serait tenté de prime abord de tirer cette conclusion hâtive qu’il s’agirait de règlements de compte politique. Mais rien n’est à exclure même si c’est un scénario bien connu dans le milieu politique. Certains dirigeants n’hésitent malheureusement pas à utiliser ces moyens pour écarter ou faire taire des personnes ou des adversaires qui gênent leur pouvoir. Comme quoi en politique, tous les coups sont permis. En la matière, des exemples foisonnent mais nous nous contenterons d’un seul au Burkina Faso. Le procès de Halidou Ouédraogo au moment il était à la tête de la lutte du collectif pour la justice pour Norbert Zongo et ses compagnons assassinés le 13 décembre 1998. Pour se tirer d’affaire, le pouvoir en place d’alors en difficulté avait accusé le « président du pays réel » de fomenter un coup d’Etat avec l’aide d’un pays voisin. A cet effet, M. Ouédraogo aurait reçu, selon le pouvoir, 100 millions F CFA pour la mise en route de son funeste projet. Traîné en justice, le président du collectif n’aura son salut que grâce au verdict qui sera prononcé en sa faveur. Les leaders en pareille situation méritent d’être rétablis dans leur droit au nom de la démocratie. Par contre, d’autres leaders d’opinion ou politiques se trouvent être en réalité piégés par le système qu’ils ont mis en place et entretenu. Pour arriver au pouvoir ou accéder à certains postes, ils n’hésitent pas à profiter de privilèges qui s’avèrent être des cadeaux empoisonnés. Ils oublient qu’ils sont désormais mis sous coupe réglée, obligés d’être les griots du prince. Et si l’envie de s’affranchir du maître les prend un jour, ils devraient s’attendre aux conséquences. N’étant pas blanc comme neige, ils devront se préparer à faire face aux ennuis judiciaires et autres fausses manœuvres politiciennes. Que l’on ne s’apitoie pas sur leur sort. C’est en âme et conscience qu’ils ont choisi et s’ils clament leur innocence dans une affaire, qu’ils en apportent donc la preuve. Tout ce que l’opinion nationale est en droit de faire, c’est de s’assurer d’une justice impartiale. S’ils sont pris dans leur propre piège, que les règles du droit leur soient appliquées et que leur exemple serve de leçon aux autres. C’est le prix à payer et cela aura le mérite de lutter contre certaines tares de la société comme la corruption.

Abdoulaye BALBONE

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