Faire un sacrifice ou se sacrifier ?

Depuis que 2020 a sonné et que tout le monde veut 20/20, tous les coups sont permis. On ne peut plus faire un pas en ville sans croiser des tas de sacrifices de toutes sortes. De l’œuf de « poulet africain » aux galettes de petit mil et autres « gnama gnama » insolites en passant par toutes les céréales du terroir, Ouagadougou est devenue « risquée » et il faut savoir où mettre le pied. Rien ne sert de jouer au puriste croyant sans foi ; l’instinct superstitieux africain vous fera basculer à gauche pour vous épargner le mauvais œil. Depuis que 2020 a retenti, je marche en zigzag, parfois à cloche-pied comme dans un champ de mines antipersonnel. Chacun a son PNDES (Plan national de développement économique et social) et se bat en se débattant pour le réaliser. Tant pis si c’est au grand dam de la quiétude des autres. L’essentiel, c’est de faire briller son étoile haut dans les tréfonds du ciel et « kiffer » la vie à vive allure. L’essentiel, c’est de rafler la mise à ses adversaires et
remporter la victoire qui propulse au sommet.
Même s’il faut déposer un bébé vivant sur la voie publique dans la trajectoire du camion qui arrive en trombe. Même s’il faut troquer la vie de sa femme ou de sa propre mère pour émerger. Même s’il faut froidement égorger, de ses propres mains, son meilleur ami et vider son sang avant de prélever ses organes, pour devenir riche. Il y en a qui sont prêts à se faire gangréner le gros orteil ou simplement suspendre quelques années de leur maigre espérance de vie, pour vivre riche. Il y en a qui, toute honte bue et tout nu, prendront leur bain en plein carrefour sous le regard des passants désabusés, mais sous le contrôle de forces maléfiques qui abusent. Ne cherchez surtout pas à connaître la contrepartie de la compromission, on s’en fout, point barre ! La fin justifie les moyens et gare à celui qui se mettra sur le chemin de ces arrivistes sans foi ni loi. Très souvent, c’est pour l’argent, le pouvoir, la gloire. Et il paraît qu’il n’y a pas d’argent « sale » ; il semble même que le pouvoir vient de Dieu, mais si c’est le même Dieu que nous prions tous, il y a de quoi perdre la foi. Parce qu’on ne peut pas détenir son pouvoir de Dieu et n’avoir d’yeux que pour soi-même et être odieux envers les autres. Parce qu’on ne peut pas palper de l’argent « propre » et ne donner qu’avec la main gauche au pauvre qui ne demande qu’une pièce.
Ouagadougou est devenue une fourmilière sacrificielle, une ville sacrifiée sur l’autel des sortilèges d’impénitents privilèges. Ouagadougou est de plus en plus hantée par le spectre des mystères nourris par un irrationnel presque passionnel. La forme de certaines de ces pratiques dénote de l’intention lugubre qui s’y cache : un poulet vivant criblé d’aiguilles et saignant comme un bœuf au croisement du
carrefour ; un bouc noir étranglé et étouffé qui se meurt à petit feu en larmoyant au milieu de la route ; une poule noire transpercée de part et d’autre par une lance et plantée au milieu de la chaussée, etc. On ne peut pas faire le bien en usant du mal ; on ne peut pas s’épanouir au détriment d’autrui et s’estimer heureux. Malheureusement, de nos jours, l’homme est prêt à tout pour tout avoir même en prenant tout à son semblable. Ce monde est déjà un paradis pour celui qui vit dans le confort, à l’abri du manque et n’espère en rien au-delà de cette vie. De toute façon, pour ce dernier, l’enfer n’existe pas ; l’enfer, c’est les autres et tant pis pour celui qui verra en autrui l’image d’un Créateur omniscient et omnipotent.
Si seulement tous ces sacrifices n’étaient que de légitimes doléances à la Providence, à quoi bon se faire des scrupules ? Si tous ces sacrifices étaient au service de la nation, le Faso serait un eldorado. Et si ces offrandes n’étaient que l’expression d’une foi bienfaitrice pour soi et pour autrui, en quoi seraient-elles pècheresses ? Je sacrifierais alors cent bœufs pour que mon pays soit à l’abri de la moindre escarmouche. Je sacrifierais tout mon enclos pour que cesse la transhumance humaine des gueux. Mais à quoi servirait-il vraiment de sacrifier les autres quand on n’est pas capable de s’égratigner un tant soit peu pour eux. En effet, on peut se sacrifier au travail, on peut carburer, se tuer à la tâche comme un forcené, crapahuter comme un bagnard. Le résultat ne tombera jamais du ciel, il sera au pied de l’ouvrage. C’est cela le vrai sacrifice ! Mais combien sommes-nous, capables de faire ce sacrifice ? Quel est notre part de sacrifice au quotidien ?
Très souvent, rien ne sert de jeter l’innocent bébé vivant sous les roues d’un camion pour être ou rester le plus fort, le plus riche. C’est aberrant de troquer la vie de celle qui nous a portés, dorlotés et soignés contre espèces sonnantes et trébuchantes. Souvent, il ne sert à rien d’égorger l’ami intime pour émerger et toucher la cime. Quand on a le courage et la rage de vaincre, ……..

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