« Contraceptions dites de discrétion »: L’implant et le DIU, les préférences des ‘’ados’’

Appelés contraceptifs de discrétion, l’implant et le dispositif intra-utérin (DIU)  sont prisés par les adolescents et jeunes qui fréquentent les centres d’écoute pour jeunes  ou  dans d’autres formations sanitaires.

 Assise sous un arbre  dans la cour du Lycée Philippe Zinda Kaboré (LPZK), Elisabeth Ouédraogo, âgée de 20 ans, révise ses leçons pour la conquête du baccalauréat 2020. En ce moment, rien d’autres ne la préoccupe. Fréquente-t-elle les centres d’écoutes pour jeunes ou une formation sanitaire afin de recevoir des conseils sur sa santé sexuelle ? Elle fait savoir qu’elle ne se voit pas devant un agent de santé, solliciter une méthode contraceptive, si ce n’est pas après son mariage, car elle dit opter pour l’abstinence. « J’ai eu honte de demander une fois à mon professeur de SVT, les raisons de mes douleurs pelviennes », se souvient-elle. Contrairement à Mlle Ouédraogo, elles sont nombreuses, celles qui utilisent des méthodes contraceptives. Aline Kaboré, 22 ans, est élève en classe de TleG dans un établissement d’enseignement technique à Ouagadougou. Après s’être tombée enceinte par ‘’accident’’, elle décide deux mois après la venue du bébé, d’utiliser l’Implant, une contraception de son choix en lieu et place des pilules qu’elle dit ne pas aimer. «Concernant les pilules, il faut respecter régulièrement les heures. Pour les injectables, il faut aussi se présenter devant l’agent de santé à chaque trois mois. Mais, l’Implant pour cinq ans, je suis tranquille », confie-t-elle avec timidité. Le Maïeuticien d’Etat en service à la maternité de l’hôpital Yalgado Ouédraogo, Boureima Kobré, par ailleurs membre de l’Association burkinabé des sages-femmes (ASBF) à la clinique des sages-femmes, souligne qu’à l’image de Elisabeth Ouédraogo, il y a des jeunes filles et des garçons, qui optent réellement pour l’abstinence. « Nous ne conseillons pas directement les contraceptifs aux jeunes. Nous leur préconisons généralement l’abstinence. C’est lorsqu’ils insistent que nous les accompagnons », précise-t-il. Samira Traoré 21 ans, fait la Tle au Lycée privé la Nouvelle Vision. Elle dit renoncer au préservatif parce qu’il n’est pas fiable et peut selon elle, se déchirer à tout moment pendant les rapports sexuels. Depuis août 2019, elle préfère l’Implant aux pilules, du fait que ces dernières lui donnent fréquemment des nausées et des vertiges.

Des effets secondaires

Le Maïeuticien d’Etat affirme que celles qui ont déjà eu des expériences amères, telles les Grossesses non désirées (GND), choisissent après leur accouchement, une contraception. Aline Kaboré qui a opté pour l’Implant est inquiète. Elle révèle que depuis qu’elle a commencé à utiliser ce contraceptif, elle ne voit plus ses menstrues, il y a de cela une année. Paniquée, elle retourne voir l’agent de santé qui lui fait comprendre que l’Implant ne s’adapte pas à tous les corps et la rassure que ce sont les effets secondaires du produit. « L’agent m’a conseillé de me protéger davantage avant tout rapport sexuel, soit le coït interrompu ou avec les préservatifs. Malheureusement j’ai eu des rapports sexuels récents non protégés et j’ai peur que ce ne soit encore une grossesse, parce que je sens que je suis dans ma période fertile », déplore Mlle Kaboré. M. Kobré renchéri que certaines filles, qui ne voient plus leurs menstrues avec l’insertion de l’Implant, estiment qu’elles sont enceintes. Il confirme également, que c’est l’effet du produit qui perturbe le cycle menstruel, tant que la méthode est utilisée. Il rassure que toutes les méthodes sont fiables, mais aucune n’est efficace à 100%. « Le DIU protège jusqu’à 96,98% et les Implants à 98% contre les grossesses. Nous n’avons pas encore vu une fille enceinte parce qu’elle a utilisé l’une de ces méthodes», explique-t-il. Samira Traoré souligne, que l’Implant a bouleversé son cycle qui n’est plus régulier. « La durée de mes menstrues est passée de 4 à 10 jours. Aussi, après les rapports sexuels, je peux saigner pendant au moins 4 jours », se préoccupe-t-elle.

Le maïeuticien d’Etat de la clinique des sages-femmes, Boureima Kobré : « Nous invitons les ‘’ados’’ à fréquenter les structures sanitaires, pour des conseils sur leur sexualité ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

‘’Aucune contraception n’entraine la stérilité’’

A la clinique des sages-femmes, dans le couloir, est accrochée une affiche  sur le mur, avec le logo de l’ASBF et celui du projet Closing the Gap. Sur cette affiche on peut lire: ‘’Utilisation des méthodes contraceptives après un avortement par ordre d’efficacité’’ ou encore : ‘’Je suis jeune, j’ai des projets, j’opte pour la contraception à longue durée’’. Le maïeuticien confie que pendant l’année scolaire, 20 à 40 filles dont l’âge est compris entre 14 et 26 ans, peuvent être reçues par jour et la majorité vient pour des méthodes contraceptives. Celles qu’elles préfèrent le plus, sont les Implants ou le Jadelle ou l’Implanon et le DIU, compte tenu de leur discrétion. Parmi ces deux méthodes, il note que l’Implant est plus ‘’sollicité’’. « Il est gratuit à la clinique pour les élèves et les étudiants, bien avant que la politique de la gratuité des soins ne soit adopté par le gouvernement. Il a moins d’effet secondaire, sauf les cas de saignement et la prise de poids chez certaines filles. Mais pour celles qui sentent des effets secondaires, nous les prenons en charge», dit-il. Mlle Traoré du Lycée privé la Nouvelle Vision qui n’a pas encore d’enfant, craint qu’avec l’Implant, qu’elle ne puisse pas enfanter, lorsqu’elle se mariera. Mais Boureima Kobré clarifie, que la méthode ne protège pas contre les Infections sexuellement transmissibles (IST), qui peuvent conduire à la stérilité sans traitement. Il affirme que beaucoup de filles qui ont utilisé cette méthode, n’ont jamais eu de problème de procréation. Selon lui, la plupart des jeunes filles qui ont des petits amis ont déjà eu des rapports sexuels. Pour celles qui ont plusieurs  partenaires,  il leur est conseillé la double protection. Ainsi, la fille peut demander dit-il, à son partenaire d’utiliser un préservatif pour se protéger contre les IST. Une fille du projet ‘’Billi Now Now’’, qui mène des sensibilisations sur la Santé sexuelle et de la reproduction (SSR), avoue dans l’anonymat, que bon nombre de filles n’aiment pas que leurs partenaires utilisent les préservatifs. Pire, certaines sont hostiles aux méthodes contraceptives et font des rapports sexuels non protégés. Face à ce triste constat, M. Kobré souligne que la sexualité est une responsabilité. Il fait savoir que de nombreuses jeunes filles, ‘’brillantes’’ à l’école, ont perdu la vie, parce qu’elles ont eu recours à des avortements clandestins mortels, dus à des rapports sexuels non protégés. Toutefois, le maïeuticien conseille à celles qui ne peuvent pas s’abstenir et qui ne sont pas non plus prêtes, à avoir un enfant, à opter pour une méthode de leur choix. Il rappelle par ailleurs que la clinique et les Centres d’écoute pour jeunes, ne sont pas synonymes d’option de  méthodes contraceptives. Ceux qui les fréquentent avance-t-il, peuvent avoir des conseils sur le fonctionnement de l’appareil génital, les risques de tomber enceinte et des recommandations pour entretenir des relations, sans faire de rapports sexuels.

Afsétou SAWADOGO

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