Femme, c’est pas femme !

De plus en plus, notre société regorge de femmes spéciales et atypiques dont les seuls atouts se limitent aux rondeurs, à la beauté de la « carrosserie » et aux talents de séduction incontestables. Pour certains et pas des moindres, ce portrait-robot suffit pour être la vraie femme. Parce que la vraie femme, c’est celle qui traine dans les salons de coiffure, de manucure et de pédicure. C’est celle qui s’éclaircit la peau pour faire peau neuve, se sentir dans sa peau et faire la peau aux mâles dominés. La vraie femme, c’est celle qui aiguise l’appétit et suscite le désir, juste pour le plaisir. Mais à quoi cela sert-il vraiment d’être la plus belle femme si cette beauté ne sait pas se servir de ses cinq doigts ? A quoi bon être une femme qui ne sait pas poser une marmite au feu ? Comment dans notre société, une fille peut-elle grandir sans savoir faire ni la vaisselle ni la cuisine ? Elles sont nombreuses dans nos villes, ces filles ou femmes qui n’ont presque jamais franchi le seuil d’une cuisine, de surcroît préparer le plus simple des plats. Il y en a qui ne savent pas comment découper des ognons sans se couper le doigt. Il y en a qui ne peuvent pas préparer du riz ; et ne leur demandez pas de vous préparer une « sauce pili-pili » ; elles vous serviront de la « ratatouille » sans sel et trop aigre.

De nos jours, il y a des femmes qui ne savent ni préparer ni laver le plus petit des torchons. Mêmes leurs sous-vêtements sont frottés et palpés à la mousse par de mains étrangères. Parfois on a envie de cracher par-dessus le plat quand, à la place du haricot, on vous sert de la bouillie potassée mal cuite. Parfois, c’est ridicule de voir que c’est devant ses invités que la bonne dame étale ses carences cachées en recettes culinaires. On peut avoir des filles de ménage à son service, des cuisiniers à sa disposition, même une machine à préparer… Sous nos tropiques, une femme qui ne sait pas remuer une louche dans une marmite équivaut à un gâchis. De nos jours, il y a des femmes qui mangent toujours au restaurant d’à-côté. Non seulement elles ne savent pas préparer, mais aussi, elles ne savent pas économiser. Elles ne se sont jamais fait brûler aux doigts devant une marmite. De toute façon, leur cuisine sert de débarras, parce qu’elles ne savent pas cuire un œuf. Une fois mariées, elles reçoivent mensuellement une allocation pour la popote à hauteur de centaine de mille. Mais c’est encore au restaurant qu’elles iront se goinfrer. Comme c’est pitoyable et indignant à la fois ! Quand vous les voyez dehors, elles sont tirées à quatre épingles mais effilochées de l’intérieur. Elles ont parfois étudié jusqu’à la fin de la connaissance, mais elle n’ont acquis aucun savoir. Drôle de paradoxe ! Mais à qui la faute ?

La faute est d’abord aux parents ; ces parents qui éduquent leur fille comme on collectionne des poupées. Certains parents n’ont rien appris à leur fille, soit par négligence, soit parce qu’eux-mêmes n’ont rien reçu de leur parents. Comment peut-on être une mère et laisser sa fille pousser tous les attributs de femme sans véritablement en être une ? Et puis, qu’est-ce qu’une mère peut transmettre à sa fille si elle-même n’a jamais plongé la main dans une eau de vaisselle, balayé la cour et nettoyé le plancher ? Que peut-on demander de plus ou de trop à la plus belle fille si ce qu’elle peut donner n’est pas à l’aune de ce qu’elle est ? Cette chronique est peut-être mal « cuite », mais elle ne dit pas que toutes les femmes doivent passer par la corvée d’eau ou de bois de chauffe. Elle ne dit pas que la femme doit dès l’aube piler le mil ou le maïs et marcher des kilomètres pour faire moudre le grain de la pitance journalière.

Elle ne dit pas que la femme doit souffrir pour réussir ou être digne. Elle dit qu’être femme ne se résume pas à un tas de chair en mouvement assortie de fioritures superficielles. Elle dit que la femme, la vraie, c’est celle qui sait attacher aussi bien le pagne que la ceinture ; c’est celle dont les simples doigts donnent du goût à la sauce. C’est celle qui, même avec du peu sait réunir toute la cour autour du grand plat. Avec du sel et du soumbala, un peu de farine et de feuilles d’oseille, ma mère faisait des miracles dans l’antre de la disette. Grand-mère cueillait et froissait dans sa paume magique de succulentes feuilles sèches qu’elle assaisonnait d’arômes et d’épices naturels pour chasser la faim des ventres creux. C’était une recette à base de sel et d’eau plate qui se dégustait à froid avec du tô rassis. Mais il fallait goûter à ce délice pour croire que nos mères avaient des talents cachés. Qui a dit que Femme égale à femme ?

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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