Redorer le blason de la démocratie béninoise

La Commission électorale nationale autonome (CENA) du Bénin, a fixé l’élection présidentielle au 11 avril 2021. Pendant que cette date avance à grands pas, la classe politique béninoise n’arrive toujours pas à accorder ses violons pour un scrutin inclusif. En effet, à trois mois de l’échéance, des partis de l’opposition et non des moindres, ne savent pas encore à quel saint se vouer. La cause : la révision constitutionnelle opérée en 2019 continue de diviser le paysage politique. Cette réforme fait obligation aux candidats d’obtenir les parrainages d’au moins 10 % du total des députés et des maires, soit 16 parrainages. Et si l’on s’en tient au calendrier dévoilé par la CENA, les prétendants au fauteuil présidentiel béninois ont jusqu’au 4 février pour recueillir les parrainages nécessaires et déposer leur candidature.

Pour l’instant, seul le président sortant, Patrice Talon, est théoriquement sûr de pouvoir réunir ces conditions, parce que les 160 élus composés de 83 députés et 77 maires, appartiennent quasiment à la majorité présidentielle. Seuls 6 maires membres des Forces Cauris pour un Bénin émergent sont de l’opposition. Si les choses devraient rester en l’état, ce serait un boulevard qui est ainsi tracé pour le président sortant pour sa réélection. Vouloir aller à une élection dans de telle situation où l’on se retrouve sans un adversaire sérieux, reviendrait à triompher sans gloire. Le président Talon en est certainement conscient. Il a promis de trouver des parrainages aux candidats déclarés. Mais la question qui taraude l’esprit de l’opposition est : comment un concurrent peut-il donner des
« armes » à son adversaire pour le combattre ?

C’est en cela que cette main tendue est jugée par l’opposition comme une manière pour le pouvoir de choisir, à son avantage, ses propres adversaires. Habitués des supercheries de la majorité, les adversaires de Talon jouent la carte de la prudence. Eux, qui se sont fait rouler dans la farine à l’issue d’un dialogue politique après la crise née des élections législatives. Au bout de six mois de pourparlers, un accord était censé baliser les règles de participation aux élections. Mais quelle n’a pas été la surprise pour l’opposition ? Lors des municipales de 2020 dans les 546 arrondissements, seul le parti des Forces Cauris pour un Bénin émergent et les deux formations politiques composant l’équipe gouvernementale, ont pu franchir le seuil électoral de 10 % des voix au niveau national nécessaire pour obtenir des sièges. Les partis d’opposition craignent qu’on les traîne dans la boue.

D’où le bras de fer actuel avec le pouvoir pour que l’idée des parrainages soit définitivement abandonnée. Cette question qui pourrit l’atmosphère politique mérite d’être sérieusement traitée, au risque de mettre en péril la cohésion sociale. Chaque acteur de la classe politique gagnerait à laisser tomber son égo pour redorer le blason de la démocratie béninoise. A commencer par le chef de l’Etat actuel et ses partisans en organisant un scrutin pluraliste ouvert comme ce fut le cas en 2016 lorsqu’il était candidat pour la première fois à la présidentielle. Un parlement déjà monocolore en plus d’une présidentielle sans une opposition véritable sont des signes d’une démocratie au rabais. Et cela n’honore guère ce pays qui, dans un passé récent, donnait des leçons de démocratie à ses voisins.

Abdoulaye BALBONE

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