Pratique de la maraîcherculture : Le barrage n°2 de Tanghin s’assèche

Les barrages n°1, 2 et 3 ont été construits pour l’approvisionnement de la ville de Ouagadougou en eau potable. Le barrage n°2 qui se vide de ses eaux chaque année est soumis à la pression croissante des maraichers installés dans ses berges. Ce qui envase, pollue et détériore cet ouvrage.

Barrage n°2 de Tanghin secteur 17 de l’arrondissement 4 de Ouagadougou, il est 13h30 le dimanche 2 mai 2021.  Le ciel s’est assombri. Un nuage de poussière épaisse s’abat sur le barrage. Une grande partie de la superficie du barrage s’est vidée de son eau. Le sol effrité et fendillé. Sur cette vaste étendue asséchée, des maraichers tentent toujours, dans l’étang de profiter des dernières flaques d’eau pour arroser leurs planches aménagées à proximité.

Depuis des décennies, les populations riveraines utilisent les berges de ce barrage pour pratiquer de la culture maraichère. Aujourd’hui, ils exercent leurs activités dans le lit du barrage, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa capacité à retenir l’eau.  Zoenabou Ouédraogo, jardinière, veuve et mère de trois enfants enlèvent des feuilles de Boulvanka (nom scientifique : Corchus Oliruis) pour vendre. Elle a hérité ce travail de sa mère qui a exercé cette activité, il y a de cela 30 ans. « Je suis née lorsque mes parents travaillaient dans ce barrage.  Au départ, nous travaillions aux alentours des berges aujourd’hui nous travaillons dans son lit », dit Zoenabou.  « En avril et en fin mai, nous n’arrivons pas à exercer notre activité parce qu’il n’y a plus d’eau. Nous ne savons pas que faire », se plaint -elle. Elle exerce cette activité pour subvenir aux besoins de sa famille.

L’assèchement du barrage n°2 est un problème crucial pour les personnes qui ne vivent que de la maraîcherculture. Pendant que certains maraichers qui disposent de puits continuent de racler quelques litres d’eau, les autres, impuissants face à la situation, ont jetés l’éponge.

Ali Congo, maraîcherculteur et père de sept enfants fait partie des dernières cités. Il a abandonné l’activité en mi-avril puisqu’il ne dispose pas de puits. « Pour avoir la pitance quotidienne pour ma famille, je me suis reconverti en laveur d’engins à deux roues », a-t-il confié.

A qui la faute ?

Hadissia Salou ce jeune homme enthousiaste pense que le barrage s’assèche parce que l’eau coule vers une certaine direction. Il souhaite que le barrage soit curé et que l’on essaye de trouver une stratégie pour empêcher l’eau de partir.

Zoénabou Ouédraogo quant à elle accuse les maraichers qui utilisent des motopompes d’être responsables de l’assèchement du barrage n°2. Pour elle, ces derniers utilisent beaucoup plus d’eau qu’il n’en faut pour arroser les légumes. « L’eau que nous pouvons utiliser en une semaine, ces utilisateurs de motopompes l’utilisent en une journée. », martèle-t-elle.

Les Barrages 1,2, et 3 de Tanghin ont été réalisés en 1963.  Le Directeur général de l’Agence de l’eau du Nakambé, Christian Nikiema explique que la capacité initiale des barrages était de 14 960 000 m3 en 1963, elle est passée à 6 105 000 m3 en 1990 et 5 500 000 m3 en 2005, soit une baisse de 9 460 m3 en 42 ans d’existence. Cette régression est due selon lui, à l’ensablement (envasement) de la retenue et cela à cause des activités anthropiques autour du barrage. Le jardinage, les rigoles pour drainer l’eau vers les parcelles fragilisent aussi l’ouvrage, affirme-t-il.

Lire aussi: Barrage de Tanghin : un pôle économique menacé d’ensablement

http://lefaso.net/spip.php?article61118

Christian Nikiema indique que depuis toujours, des maraichers s’installent sur les berges du barrage pour mener leurs activités afin de survivre. Il affirme que ces pressions anthropiques, de plus en plus croissantes, sur le barrage n°2 entrainent la détérioration de l’ouvrage et pose du même coup le problème de la gestion durable des retenues d’eau et des infrastructures d’approvisionnement en eau potable.

Certains maraichers ont creusé des puits dans le barrage pour retenir l’eau afin de le réutiliser en saison sèche. C’est le cas de Hadissia un jeune homme de 30 ans qui exploite un puits vieux. « Avant, je cultivais les carottes de l’autre côté de la voie, quand l’eau est finie, je me suis approchée des berges du barrage. Aujourd’hui, je suis dans le lit du barrage à côté de mon puits pour exercer mon activité », raconte-t-il.

Cependant, la superficie sur laquelle il travaille est réduite parce qu’il n’y a plus d’eau. Actuellement, il travaille sur six planches de salades et d’oseilles. « Normalement, les maraîchers devraient observer une distance raisonnable d’environ 100 m (bande de servitude), dans lequel on ne peut mener aucune activité. Pour les petits barrages, la distance de 100 m peut être revue », signifie le directeur général de l’Agence de l’eau de Nakambé. Et de préciser que c’est les maraichers ne respectent pas toutes ces mesures que le barrage s’assèche chaque année.

 

Le Directeur général de l’agence de l’eau du Nakambé affirme que le fait de creuser des puits et faire des tranchées est un acte de vandalisme. « Malheureusement, ces actions sont souvent menées la nuit. Lorsque nous constatons, il est difficile de rattraper », dit-il. Pour lui, ces actions contribuent à ensabler le barrage et sont à l’origine de l’assèchement de la retenue d’eau. « Des poissons meurent parce que l’eau s’est retirée du barrage et ne peuvent plus vivre sur ce sol effrité », déplore-t-il.

La répression !

Catherine Kabré, domiciliée à Kamboinsin parcourt chaque jour, des dizaines de kilomètres pour rejoindre le barrage n°2. Elle déclare qu’elle a du mal à exercer son activité. « Je suis ici, parce que je n’ai pas autre activité à faire. Je fais le jardinage pour nourrir ma famille. Mais souvent, nous sommes réprimés par les responsables de l’eau. La police de l’eau a même retiré ma motopompe que j’utilisais pour arroser mes légumes », raconte-t-elle.

Christian Nikiema indique que son agence rencontre souvent les maraichers pour les sensibiliser sur les dangers de s’installer sur les berges du barrage pour faire du jardinage.  Il explique que sa direction fait intervenir la police de l’eau quand il n’arrive pas à les convaincre par la sensibilisation. « La police de l’eau constate d’abord les faits, montre les bonnes manières lorsque les recommandations qu’elle formule ne sont pas respectées, elle passe à la répression », explique-t-il. Pour le premier responsable de l’agence de l’eau du Nakambé, le jardinage sur les berges du barrage a des conséquences fâcheuses en ce sens qu’il contribue à l’assèchement rapide du barrage.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

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