La Pergulaire tomenteuse, un arbrisseau sahélien à potentiel décoratif

Les plantes ont été des sources importantes de médicaments depuis l’aube de la civilisation humaine. Il existe une demande croissante de médicaments à base de plantes, de produits pharmaceutiques, de compléments alimentaires, de produits de santé, de cosmétiques, de végétaux de décoration, etc. La Pergulaire tomenteuse, appelée Funa, Funaaje en fulfuldé, Domoyo, Funa-funa en sonraï et Tazzert en tamashaq est une plante médicinale exploitée au Sahel et à potentiel décoratif. Description de la plante Pergularia tomentosa Linn. est un arbrisseau, grimpant à partir d’un rhizome ligneux.

Ce buisson vivace peut atteindre 1 m de haut. Les jeunes rameaux volubiles s’enroulent autour des tiges plus anciennes, lui donnant un aspect touffu. Ils contiennent du latex blanc. Au moindre contact, les feuilles et fruits sécrètent un fluide blanc collant (Benhouhou, 2005). Des poils courts recouvrent toute la plante. Les feuilles sont opposées, simples et entières, de couleur vert- amande et en forme de cœur. Le limbe foliaire est légèrement charnu, largement ovale, à sommet obtus à aigu, à poils courts denses sur les deux faces, gris argenté (photo 1). Les inflorescences en grappes abondantes au bout de longs pédoncules, sont de couleur blanche- jaunâtre. Les fruits habituellement composés de deux follicules, portent de petites pointes. (Ozenda, 1991 ; Oyen, 2013). A maturité, les fruits s’ouvrent et laissent échapper des graines à aigrettes de poils blancs, caractéristiques de la famille des asclépiadacées. Les graines sont ovoïdes, aplaties, de 7–9 mm × environ 6 mm, bords pâles, à poils courts denses, munies d’une touffe de poils à une extrémité, d’environ 3 cm de long (photo 2). Les feuilles contiennent des cristaux d’oxalate de calcium et de l’acide oléique. Les racines contiennent elles des cardioïdes, glucosides b-sitosterol, ghalakinoside, pergularines, coroglaucigenine, choline, terpénoïdes, saponine, polyphénols (flavonoïdes) et caroténoïdes (Laouedj, 2020).La plante était largement distribuée dans la Corne de l’Afrique (Gohar et al, 2000) jusqu’au Sinaï, en Jordanie et en Arabie saoudite (Al-Farraj et Al-Wabel, 2007). Elle est présente en Afrique subsaharienne et abondante dans les steppes sahéliennes de la zone de la mare d’Oursi, au Burkina Faso. La plante est toxique à cause du latex et de la substance cardioïde des racines. Le latex des tiges et des feuilles irrite la peau et les yeux et peut provoquer une inflammation (Mossallam et BaZaid, 2000). Alors, le latex est corrosif et nocif à la peau.

Utilisations de la plante

La plante est utilisée comme remède pour le traitement des plaies cutanées, de l’asthme et de la bronchite (Rayyan et al, 2018). Au Maroc, le latex est appliqué extérieurement pour les furoncles et abcès et pour retirer les épines de la peau. Les feuilles sont appliquées comme cataplasme contre les piqûres de serpents et de scorpions (Laouedj, 2020). Par ailleurs, la plante traite la tuberculose, soigne les rhumatismes, traite le cancer, permet de résorber les kystes et d’atténuer l’inflammation des articulations (op cit, 2020). Pergularia tomentosa est utilisé pour le tannage des peaux car le suc laiteux qui s’écoule de la plante brisée fait tomber les poils (Lahmar et al, 2017). Des produits issus de Pergularia tomentosa sont vendus sur les marchés de l’Afrique du Nord, souvent en tant que dépilatoire (Oyen, 2013). Pergularia tomentosa est broyé et administré en cas de diarrhée et le jus des feuilles est utilisé comme instillation oculaire et considéré comme un remède endogène pour les maux de tête (Burkill, 1985). Les racines étaient utilisées pour le traitement de la bronchite, de la constipation et des maladies de la peau et les feuilles la bronchite et la tuberculose (Benchelah et al, 2001).

Au Sahara central, une décoction de pâte de racine avec de la viande de chèvre se prend pour traiter la bronchite et la tuberculose. Un morceau de racine fraîche s’applique dans le rectum pour traiter les hémorroïdes. On laisse le malade se tordre jusqu’à ce qu’on voit du sang. En Côte d’Ivoire, la plante broyée, parfois avec l’ajout de piments, se boit ou se donne en lavement contre la dysenterie et comme vermifuge (Oyen, 2014). En Egypte, la plante était utilisée comme cataplasme, dépilatoire, laxatif, antihelminthique et abortif (J. Bellakhdar, 1988). La plante entière pilée, avec ou sans piment, est donnée en boisson et en lavement pour combattre les diarrhées dysentériformes. Le jus des feuilles, en instillations oculaires, serait un remède contre les céphalées. En Afrique du Nord la plante sert à provoquer l’avortement (Oyen, 2013). Les extraits d’alcaloïdes des parties aériennes de Pergularia tomentosa ont des effets bio- insecticides sur les larves du criquet migrateur Locusta migratoria selon Acheuk et Doumandji-Mitiche (2013). Les extraits aqueux et à plusieurs solvants organiques des feuilles, des tiges et des racines ont montré une activité antifongique contre une série de champignons pathogènes (Oyen, 2013), notamment contre Fusarium oxysporum f. sp. Lycopersici. Alors la plante pourrait devenir une alternative au fongicide synthétique pour lutter contre les maladies fongiques du genre Solanum (Lahmar et al., 2017). Sur le plan magico-médical, Pergularia tomentaosa, serait utilisée pour révéler les personnes ayant « quatre yeux » dans la communauté sonraï d’Oursi. En effet, les écorces racinaires sont épluchées, séchées et brulées dans le fourreau d’un bâton de cigarette. Cette action n’est réalisée que par les personnes à même de se défendre d’une éventuelle attaque mystique. Par ailleurs, les plantes qui seraient situées à proximité des villages et le long des voies, seraient dépouillées de leur faculté. En outre, le prélèvement racinaire doit se faire dans des conditions d’échange avec la nature et à un moment donné de la journée.

Culture de la plante

Pergularia tomentosa se multiplie par graines. Les fruits mûrs des plantes sauvages ont été récoltés juste avant la maturation et ont été placés dans un récipient et recouverts d’un maillage, pour une bonne ventilation et la prévention de la fuite des graines. Lorsque les fruits se rompent, les graines libérées sont conservées dans un endroit sec et bien ventilé, jusqu’à utilisation (Hifnawy et al, 2014). Le poids de 1000 graines est de 16 grammes (Oyen, 2013). Les graines de la plante ont été implantées dans de petits pots contenant un mélange de mousse de tourbe et de sable (1:1), germées dans des incubateurs sombres à 25°C. Il a été observé que le taux de germination augmentait après incubation dans l’obscurité de 50% à 90%). Les plantules d’environ 10 à 15 cm de long (âge moyen de deux mois) ont été transférées dans le sol dans les conditions climatiques de la station (Hifnawy et al, 2014). Au Sahara, Pergularia tomentosa fleurit toute l’année, mais vers les lisières nord et est, il fleurit au printemps (Oyen, 2013). Au Sahel la plante fleurit en saison des pluies. En culture ornementale, la plante a besoin de lumière et pourrait fleurir toute l’année.

Souleymane GANABA

Chercheur au CNRST

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